04 juillet 2011

LE SANG DE L'AGNEAU


Alexandrina Maria da Costa
« Ce sont ceux qui viennent de la grande épreuve : ils ont lavé leurs robes et les ont blanchies dans le sang de l'Agneau ». (Ap. 7, 14)

Présentation

La vie d’Alexandrina Maria da Costa est une source inépuisable d’“eau vive” à laquelle on peut “boire” beaucoup d’eaux très différentes, mais toutes salutaires et sanctifiantes.
Les charismes dont elle a bénéficié sont nombreux et, chacun d’eux mériterait une étude approfondie de la part d’auteurs compétents et versés en ascétique et mystique : ils y trouveraient matière à une réflexion intense, mais aussi des merveilles divines qui les instruiraient dans cette science dont ils sont des maîtres incontestés.
Nous ne possédons pas cette science, mais nous osons en parler et partager avec ceux qui liront ces pages, notre amour envers Alexandrina, “canal” incontestable des grâces et sciences divines. Pour cela même, et pour éviter des commentaires qui pourraient “scandaliser” ceux qui en cette même matière sont des spécialistes, nous utiliserons, tant que cela nous sera possible, les textes de la “Petite Malade de Balasar” qui, plus que nous, même si elle ne possédait que l’instruction primaire la plus rudimentaire, est “doctoresse en sciences divines”, comme Jésus lui-même l’a affirmé à plusieurs reprises.
Le titre donné à ce travail pourra surprendre ceux qui connaissent peu — ou même rien du tout — de la vie et des charismes d’Alexandrina, mais, nous sommes certains que la lecture terminée, ils auront compris le pourquoi du titre et nous espérons également que chacun puisse s’émerveiller de tout ce que le Seigneur a opéré d’extraordinaire et de notable en cette âme d’exception.
Nous n’avons pas le moindre scrupule à affirmer que les écrits d’Alexandrina ne souffrent d’aucun ombre quand placés à côté de ceux des plus grands mystiques de l’Église catholique, tels que sainte Thérèse d’Avila, docteur de l’Église, saint Jean de la Croix, la bienheureuse Angèle de Foligno, sainte Gertrude la “grande” ou sainte Mechtilde d’Hacker-born, car il est facile de remarquer aisément que la “Source” est la même et que par cette raison même la “concurrence” ne se justifie pas.
Alexandrina, tel que l’a dit Jésus, est en vérité une “Maîtresse en Sciences divines”[1].
La matière que nous chercherons à développer ici n’est pas des plus faciles, mais nous espérons qu’avec l’aide de Dieu, la protection et l’inspiration de la bienheureuse Alexandrina, nous pourrons en dire quelque chose et expliquer le charisme extraordinaire que peu ou même aucun mystique — sauf peut-être la bienheureuse Angèle de Foligno — n’a bénéficié : la transfusion du Sang divin comme aliment de l’âme mais aussi du corps de son épouse de Balasar, comme nous le verrons plus loin.
Pour ce qui concerne la bienheureuse Angèle de Foligno, nous avons trouvé dans le livre de ses “Visions et instructions” ce court et unique texte qui fait référence à ce charisme qui ne semble pas avoir duré bien longtemps, étant donné que dans le reste de l’œuvre on n’en trouve pas trace :

« Comme j'étais debout dans la prière, le Christ se montra à moi et me donna de lui une connaissance plus profonde. Je ne dormais pas. Il m'appela et me dit de poser mes lèvres sur la plaie de son côté. Il me sembla que j'appuyais mes lèvres, et que je buvais du sang, et dans ce sang encore chaud je compris que j'étais lavée. Je sentis pour la première fois une grande consolation, mêlée à une grande tristesse, car j'avais la Passion sous les yeux. Et je priai le Seigneur de répandre mon sang pour lui comme il avait répandu le sien pour moi » [2].

Eugenia Signorile, grande spécialiste de la Bienheureuse de Balasar, dans son excellent livre “Seulement par amour !” évoque longuement ce phénomène mystique exceptionnel. Elle l’annonce ainsi :

« Le phénomène de l’Eucharistie réelle donné mystiquement s’était déjà vérifié avec quelques âmes très élevées dans la spiritualité, dotées d’une sensibilité spéciale pour les réalités célestes. Par exemple, sainte Véronique Giuliani, sainte Gemma Galgani, et en 1916 Jésus a choisi la petite Lucie de Fatima pour se donner à elle par l’intermédiaire de l’Ange du Portugal. Mais la bienheureuse Alexandrina reçoit encore un autre aliment pour le corps et pour l’âme : un ensemble de sang, vie, amour, sous la forme d’une vraie transfusion de sang et une effusion d’amour. C’est la première âme mystique à jouir d’un tel phénomène »[3].

L’un des plus grands Docteurs de l’Église, sainte Catherine de Sienne, parle du Sang du Seigneur et de ses effets, en ces termes :

« Ce sang précieux est la source de tout bien ; il sauve et rend parfait tout homme qui s'applique à le recevoir ; il donne la vie et la grâce avec plus ou moins d'abondance, selon les dispositions de l'âme ; mais il n'apporte que la mort à celui qui vit dans le péché. C'est la faute de celui qui vit dans le péché. C'est la faute de celui qui reçoit, et non pas la faute du sang ou la faute de ceux qui l'administrent ; ils pourraient être plus coupables sans en altérer la vertu ; leur péché ne peut nuire à celui qui reçoit, mais à eux seulement, s'ils ne se purifient pas dans la contrition et le repentir » [4].

Nous pouvons — et devons peut-être — nous demander et demander à ceux qui pourraient douter un instant de la véracité d’un  tel charisme : “Que dit l’Évangile à ce sujet ?” La réponse nous surprendrait vraiment. Écoutons ce que nous en dit Jésus Lui-même :

“En vérité, en vérité, je vous le dis, si vous ne mangez la chair du Fils de l'homme et ne buvez son sang, vous n'aurez pas la vie en vous. Qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle et je le ressusciterai au dernier jour. Car ma chair est vraiment une nourriture et mon sang vraiment une boisson. Qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui”[5].

Ce charisme semble avoir été précédé de prémices diverses qui, ne l’annonçant pas — il n’était pas connu — préparaient toutefois sa venue de façon durable.
Il est utile de faire remarquer que les textes tirés des écrits d’Alexandrina que nous allons vous présenter par la suite ne seront pas sortis de leur contexte, car cela risquerait de nuire à la bonne compréhension de ceux-ci et même perturber le lecteur. Il ne faudra donc pas s’étonner si certains seront plus longs que d’autres.
Ces textes seront maintenus dans l’ordre chronologique où ils se trouvent dans le journal spirituel d’Alexandrina.


[1] Sentiments de l’âme : 15 décembre 1944.
[2] Bienheureuse Angèle de Foligno : Visions et révélations ; chap. 14.
[3] Eugénia Signorile: Seulement par amour. ChaP. 9.
[4] Sainte Catherine de Sienne : Dialogue, chap. XIV, 3.
[5] S. Jean : 6, 53-56.

24 juin 2011

PARTAGER LES DOULEURS DE MARIE

« Je veux t'associer à moi... »

La Petite-Maman m’a prise dans ses bras comme une petite enfant, m’a caressée et m'a embrassée très tendrement.

J’ai pu voir que son Cœur très saint était tout criblé de flèches. Et, pleine de compassion, pendant qu'elle m'embrassait, je les Lui enlevais, avec beaucoup, beaucoup de précaution et les plantais ensuite dans mon propre cœur.

— O non, ma Maman chérie, l'enfant qui aime sa mère, s'il le peut, ne la laisse pas souffrir. Je veux, moi, endurer vos douleurs et celles de Jésus.

― Je veux, mon enfant, t'associer à moi et je veux que tu répares, par ta souffrance, pour le Cœur de mon Jésus : Il est si offensé ![1] Souffrons ensemble, unies dans la même douleur, comme un seul cœur.
Si seulement tu savais combien l'acte héroïque de ta bonté qui consista à m'enlever les flèches si aiguës qui me blessaient terriblement, réjouit mon Cœur et celui de Jésus ! Comme récompense Je t'offre mon amour, Je te donne tout ce que J'ai : distribue-le comme tu le voudras ; donne-le comme prix à ceux que tu aimes et qui te défendent. Moi aussi je les aime et Je leurs promets ma protection, ainsi que celle de Jésus...[2]


[1] Rappel du message de Marie à Fatima.
[2] Journal du 3 août 1949.

LES CINQ PREMIERS JEUDIS

  • « Mon enfant,... fais que Je sois aimé... »


― Mon enfant,... fais que Je sois aimé, consolé et réparé dans mon Eucharistie. Dis, en mon Nom, qu'à tous ceux qui, remplis d'une sincère humilité et d'un fervent amour, feront, pendant les cinq premiers jeudis de cinq mois consécutifs, une bonne communion, et passeront une heure d'adoration devant mon Tabernacles, intimement unis à Moi, Je leur promets le Ciel.

Dis aussi à tous qu'à travers l'Eucharistie ils honorent mes saintes Plaies... Qu'au souvenir des mes Plaies, ils unissent celui des Douleurs de ma Très Sainte Mère. A tous ceux qui demanderont des grâces spirituelles ou corporelles, Je promets de les exaucer, à moins que celles-ci portent préjudice au salut de leurs âmes. Au moment de leur mort ma Très Sainte Mère viendra avec Moi, afin de les défendre...[1]

  • « Courage, ma fille... »

Courage, ma fille, courage, épouse si chère ! Offre-moi ta douleur, offre-moi ton martyre, ta croix sans pareille. Tu n'est pas seule sur celle-ci, comme je te le fais sentir : je suis avec toi et veille sur toi, ainsi que ma Mère bien-aimée. Te souviens-tu comment Elle t'est apparue dans la nuit du 16 au 17 en Immaculée Conception, titre que toi tu aimes tout particulièrement ? Elle est venue te réconforter, sans que tu le voies, Elle est venue veiller sur toi, comme une mère empressée veille auprès de son enfant endormi. Elle est venue te câliner et te couvrir de son manteau. Et toi, tu n'en a pas parlé dans le Journal que tu as dicté : je ne veux pas que tu agisses ainsi.

Avec une grande tristesse je Lui ai dis :

― Pardonnez-moi, mon Jésus : j’ai douté de moi-même, je craignais qu'il ne s'agisse que d'un rêve. O combien j'en suis attristée ! Si Vous me réprimandiez pour mes péchés, je ne serais pas davantage attristée.

― Je ne te réprimande pas pour tes manquements : ceux-ci sont permis par moi; mais je te réprimande parce que je veux que tu dises tout ce qui se passe en toi: c'est pour le bien des âmes.[2]


[1] Journal du 25 février 1949.
[2] Journal du 20 mai 1949.

28 mars 2011

LA SPIRITUALITE DE PADRE PIO

On cherche Dieu à travers les livres; par la méditation on le trouve.
La vie du chrétien n'est qu'un effort perpétuel contre soi. L'âme ne s'épanouit qu'au prix de la douleur.
A quelqu'un qui craignait de s'être trompé, Padre Pio disait : "Tant que vous avez peur, vous ne pécherez pas." Cette personne ajouta — "Peut-être, mon Père, mais je souffre tellement". Certes, on souffre : mais il faut distinguer entre la crainte de Dieu et la peur de Judas. Trop de crainte nous fait agir sans amour ; trop de confiance nous empêche de pallier, avec une intelligente attention, au danger que nous devons dominer. Elles doivent s'aider l'une l'autre, comme deux sœurs...
Si vous réussissez à vaincre la tentation, c'est comme si vous laviez votre linge sale.
Celui qui ne médite pas — disait-il un jour — m'a tout l'air d'un homme qui ne se regarderait pas dans la glace avant de sortir, peu soucieux de sa tenue, et paraîtrait en négligé, sans le savoir.
La personne qui médite et tourne son esprit vers Dieu, qui est le miroir de son âme, dépiste ses fautes, les corrige de son mieux, modère ses impulsions et met sa conscience en ordre.
Quelqu'un demanda un jour au Père : "Comment peut-on distinguer la tentation du péché ? Comment être sûr de ne pas être tombé dans le péché ? "Le Père sourit et répondit : "Comment distinguez-vous un âne d'un être raisonnable ? — L'âne se laisse guider, tandis que l'être raisonnable tient les rênes. — Parfait, reprit le Père. — Mais pourquoi la tentation, une fois passée, laisse-t-elle une sensation de souffrance ? "Alors le Père donna un exemple : "Avez-vous jamais ressenti les effets d'un tremblement de terre ? Tout était sens dessus dessous, vous aussi, mais vous n'avez pas été enseveli sous les gravats."
Par notre calme et notre persévérance nous trouverons, non seulement nous mais nos âmes, et Dieu Lui même.
Un homme vint un jour prier le Padre de guérir sa mère, lui en montra la photo et dit "Si je le mérite, bénis-la." Père Pio répliqua : "Ma che merito ! En ce monde, nul de nous ne mérite rien. C'est le Seigneur qui est assez aimable, dans son infinie bonté, pour nous combler de ses grâces, parce qu'il pardonne tout."
Padre Pio abhorre la maxime : "Chacun pour soi; Dieu pour tous". C'est trop égoïste, trop de ce monde pour lui. Il lui oppose celle-ci, de son cru " Dieu pour tous : mais personne pour soi seul."
Un jour, "interviewé" sur la pénitence et la mortification, le Père s'exprima en ces termes : "Notre corps, c'est comme un âne qu'il faut battre, mais pas trop : parce que, s'il tombe, qui nous portera ?"
Le démon n'a qu'une porte pour entrer dans notre âme : la volonté ; il n'y a pas d'issues secrètes. Aucun péché n'est un péché sans le consentement. Quand il n'y a pas participation du libre arbitre, il n'y a pas péché, mais faiblesse humaine.
Quelqu'un se lamentait d'être torturé par le souvenir de ses fautes : "Ça c'est de l'orgueil, trancha le Père ; c'est le démon qui vous inspire ce sentiment, ce n'est pas une vraie tristesse. — Mais comment délimiterai-je ce qui vient du cœur, ce qui est inspiré par Notre Seigneur et ce qui, au contraire, ressortit au diable ? — A ce signe, sans hésiter : l'esprit de Dieu est un esprit de paix... L'esprit du démon excite, exaspère, nous injecte une sorte d'angoisse contre nous-même, alors que notre première charité nous concerne d'abord; donc, si certaines pensées vous agitent... tenez pour assuré qu'elles viennent du diable.
A quelqu'un qui avait charge d'âme et lui demandait comment agir envers ceux qui sont sourds aux appels de la vérité et de la bonté, le Padre répondit : "Essayez de les attirer par l'amour et la charité, donnant sans compter, et si vous échouez, grondez-les. Le Christ, notre modèle, a fait le Paradis, mais aussi l'enfer. "Une bonne réprimande est parfois plus nécessaire qu'un aimable rappel à j'ordre.
En certaines circonstances le Padre dit à ses enfants spirituels : "Du pain et des coups aident souvent à faire de beaux garçons."
Un jeune homme lui avoua qu'il craignait de l'aimer plus que Dieu. Ce à quoi le Padre répliqua : "Vous devez aimer Dieu d'un amour infini à travers moi. Vous m'aimez parce que je vous guide vers Dieu qui est le bien suprême. Je ne suis qu'un moyen. Si je vous guidais vers le mal, vous cesseriez de m'aimer."
Signorina Maria Pennisi, un jour, se plaignit de ne pouvoir demeurer loin de Padre Pio tant sa présence la rendait heureuse. Il observa : "Pour les enfants de Dieu il n'y a pas de distance." Comme elle ne paraissait pas convaincue, Père Pio sortit sa montre : "Dites-moi, que voyez-vous au milieu, là ? — Le pivot, mon Père. — Exactement. Le pivot est comme Dieu, inamovible, et les aiguilles courent, reliées au centre, et les aiguilles mesurent le temps. L'espace entre les chiffres et le centre est négligeable, en somme... Dieu est le centre, les chiffres les âmes, mais il y a aussi un Padre Pio qui fait le pont..."
La prudence a les yeux, l'amour les jambes. L'amour qui a les jambes voudrait courir à Dieu, mais son élan est aveugle et l'on trébucherait s'il n'était conduit par la prudence, qui a les yeux...
Une jeune et jolie femme, mariée à un membre du parlement qui mourut très jeune, écrasée de chagrin, souhaitait se retirer du monde et fonder un Ordre. Elle consulta Padre Pio : "Madame, avant de sanctifier les autres songez à vous sanctifier vous-même." Cette dame est aujourd'hui Carmélite.
A un franc-maçon converti, Padre Pio dit : "Tous les sentiments, quelle que soit leur source, ont du bon et du mauvais. A vous de n'assimiler que le bon pour l'offrir à Dieu."
Une dame voulut bien reconnaître qu'elle avait quelque penchant à la vanité, le Père commenta ainsi sa réflexion : "Avez-vous jamais vu un champ de blé en pleine maturité ? Vous remarquez que certains épis se tiennent bien droit ; d'autres ploient vers le sol. Essayez les plus fiers, vous vous apercevrez qu'ils sont vides, mais les fléchissants, les humbles, sont lourds de grain..."
Une dame demanda au Padre quelle prière Dieu appréciait le plus. Le Père répondit : "Toute prière est bonne quand elle est sincère et continue."
On lui répéta des phrases qui lui étaient attribuées. Alors : "On déforme souvent mes dires." Et quand on lui demandait des prières : "Je prierai pour vous. Mais vous, priez pour moi. Priez et priez encore, pour ne pas vous rouiller, pour rie pas me refroidir à votre endroit... Je vous paierai de la même monnaie."
L'homme, dit le Padre, est tellement orgueilleux que lorsqu'il est heureux et puissant, il se croit l'égal de Dieu. Mais, dans le malheur, abandonné à lui-même, il se souvient de l'existence de I'Etre suprême.

Dieu enrichit l'âme qui a fait le vide en elle.

Dans la vie spirituelle on doit toujours foncer, jamais reculer; sinon il arrive ce qui arrive quand un bateau perd son gouvernail, il est refoulé par les vents.
Ce n'est pas manquer de patience qu'implorer de Jésus la fin de nos maux quand ils excèdent nos forces; il nous restera toujours le mérite d'avoir offert notre souffrance...

Le mensonge est la progéniture de Satan.

La manie des "Pourquoi ?" a été calamiteuse pour le monde.

L'humilité est vérité. La vérité est humilité.

Une bonne action quel qu'on soit le motif, a pour mère la Providence.

La prière... est la clef qui ouvre le cœur de Dieu.

N'oubliez pas : l'axe de la perfection, c'est l'amour. Celui qui est centré sur l'amour vit en Dieu, car Dieu est amour., comme dit l'Apôtre.
En mars 1923 une pénitente demandait au Père ce qu'elle devait faire pour se sanctifier. "Dénouez vos liens d'avec le monde." Une amie, sachant la vie retirée qu'elle menait, fit un geste de surprise. Le saint se tourna vers elle et lui dit assez froidement : "Écoutez, on peut se noyer en haute mer, on peut aussi s'étrangler jusqu'à étouffement avec un verre d'eau. Où est la différence ? N'est-ce pas la mort des deux façons ?"
"Souvenez-vous, dit le Padre à un de ses pénitents, que la mère commence à faire marcher son enfant en le soutenant ; mais, plus tard, l'enfant doit marcher seul. Vous devez apprendre à raisonner sans aide."
A une zélatrice qui manifestait son regret de ne rien pouvoir faire pour lui : "Le général est seul à savoir quand et comment employer un soldat. Guettez votre tour."
"Pécher contre la charité, c'est comme si l'on trouait la pupille à Dieu", et il ajouta : "Qu'y a-t-il de plus délicat que la pupille de l’œil ? Péché contre la charité cela équivaut à un crime contre nature."
L'amour et la crainte doivent être connexes : la crainte sans amour devient couardise ; l'amour sans la crainte devient présomption. L'on ne sait plus où l'on va.
Sans obéissance, pas de vertu; sans vertu pas de bien. Sans bien pas d'amour. Sans amour pas de Dieu. Et sans Dieu, pas de Paradis.
Sur une image pieuse représentant la croix le Père écrivit un jour ces mots : "Le bois ne vous écrasera pas ; et si vous chancelez sous le faix, sa Puissance vous redressera."
Pour M. Andrea Lo Guercio, un visiteur venu d'Amérique, sur une reproduction du Sacré-Cœur "Humilité, pureté sont les ailes qui nous enlèvent vers Dieu et nous divinisent, presque. N'oubliez pas : mon sang !”
Un instituteur sicilien, très intelligent, qui enseignait depuis plusieurs années dans un joli bourg non loin de Bologne avait entendu parler de Padre Pio. Mais, rationaliste par principe et réaliste par éducation, rien ne l'attirait au Monte Gargano ; il lui semblait que tous ces racontars relevaient d'une mentalité "mystico-prélogique". Soyons juste, sa répugnance ne visait pas l'homme. Un jour, quelqu'un lui prêta Dal Dubbio alla Fede (Du doute à la foi) d'Alberto del Fante. Le soir du 27 août 1940, après en avoir terminé la lecture, il s'endormit tout plein de son sujet.
Vers trois heures du matin, le sentiment d'une présence le réveilla : en face de lui un Capucin, identique à celui de la couverture du livre, montait la garde. Il se frotta les yeux, pas très rassuré. "Seriez-vous par hasard Padre Pio ? demanda-t-il timidement. — Oui, répondit le moine en s'asseyant sur le bord du lit, parfaitement! Ne vous étonnez pas, ma mission consiste à consoler les affligés, spécialement les affligés en esprit. Je vois que vous cherchez loyalement le bonheur et la vérité, en d'autres termes, Dieu. Pour le bonheur, il faut attendre un peu, cette terre est une vallée de larmes où nous devons porter notre croix. Le bonheur en fait n'est pas de ce monde. Mais Dieu, vous le trouverez si vous voulez. Vous vous êtes trompé de route : la connaissance qui n'a pas pour objet CELUI QUI EST, à quoi bon ? Pauvre chose que la science, mon fils, moins que rien comparée au mystère formidable de la Divinité ! Suivez un autre sentier. Purifiez votre cœur de toute passion humaine. Humiliez-vous, priez, vous obtiendrez, je vous le certifie, la paix en ce monde et la béatitude éternelle. J'AI PARLÉ. Je dois partir, car d'autres malheureux languissent; auparavant, je bénis cette demeure où règnent la bonne volonté et la probité. LOUÉ SOIT JÉSUS-CHRIST !"
Dès que l'évocation eut disparu, l'instituteur sauta de son lit et nota tout ce qui lui avait été dit, tremblant d'oublier. Il lui sembla que l'on guidait sa main quand il n'était pas sûr du mot exact. Le matin, il se mit à feuilleter la Bible, et constata que, les prophètes emploient justement la formule CELUI QUI EST, formule à lui jusque-là inconnue, pour désigner Dieu. Il montra ces feuillets à del Fante qui lui confirma l'emploi fréquent de ce coupant "J'AI PARLÉ" quand un pénitent du Padre lui cherchait de mauvaises raisons. Les derniers mots de l'entretien "LOUÉ SOIT JÉSUS CHRIST" servent généralement de conclusions aux homélies franciscaines.
A signor Natal Selvatici, de Bologne, Arcovegio 1084 "N'oubliez pas que l'homme a un esprit, qu'il a un cerveau pour raisonner, un cœur pour sentir, qu'il a une âme. Le cœur peut être commandé par la tête, mais pas l'âme. Ainsi doit-il exister un Etre suprême qui la dirige..."
Dans la vie de l'esprit, plus on court moins on s'essouffle ; comme un prélude à l'éternelle paix, la joie décuple l'ardeur du fort autant que son ascèse l'épanouit.
A un pénitent qui avait précédemment vécu dans le vice, et qui lui demandait si, en changeant de vie, il obtiendrait son pardon et mourrait dans la foi, il répondit : "Les portes du paradis sont ouvertes là toute créature. Souviens toi de Marie-Madeleine."
A Signorina Carmencita Borgognos, secrétaire Je l'Action catholique à la paroisse de Cartegna, Espagne, avait écrit à Padre Pio ; il lui fit savoir qu'elle n'avait qu'à frapper à la porte du tabernacle, suppliant Jésus de l'aider en sa tâche d'apostolat et conclut : "La charité est l'étalon auquel Notre Seigneur mesure toutes choses."

Le temps qu'on perd en l'honneur de Dieu à récupérer des âmes n'est jamais bêtement perdu.

Enfouissez au fin "fond de votre esprit les, paroles de Notre Seigneur ; à force de patience, vous posséderez votre âme." Appelez-en à Dieu quand votre croix vous meurtrit... Vous imitez ainsi le Fils qui, à Gethsémani, implora quelque allégement. Mais, comme lui, soyez prêt à dire : Fiat !
Jésus vous guide vers le ciel par champs ou par déserts, quelle importance ?... Arrangez-vous avec les épreuves qu'il Lui plait de vous envoyer comme si elles devaient être les compagnes de toute votre vie... Au moment où vous vous y. attendrez le moins, les voilà résolues...

Les grands cœurs ignorent les griefs mesquins.

L'attrait de la paix éternelle est légitime et saint, mais doit être modéré par une totale résignation aux desseins du Très-Haut : mieux vaut accomplir la Volonté divine sur la terre que se réjouir au Paradis. "Souffrir et ne pas mourir" était le leitmotiv de sainte Thérèse. Le Purgatoire est un lieu de délices quand on le subit par choix d'amour.

Le démon est comme un chien à la chaîne; gardez vos distances, vous ne serez pas mordu...

Tentations, tracas, soucis, sont les armes de notre ennemi. N’oubliez pas : s'il fait tant de bruit, c'est signe qu'il est dehors et pas dedans. Ce qui doit nous effrayer, c'est que la paix et l'harmonie règnent entre notre âme et le démon.
Les tentations émanent de l'ignoble et des ténèbres; les souffrances du sein de Dieu : les mères arrivent de Babylone, les filles de Jérusalem. Méprisez les tentations, recevez les vicissitudes à bras ouverts. — Non. enfant, non ! Laisse le vent souffler : tu confondais le friselis des feuilles avec L'écho de la bataille.

Golgotha. Un sommet dont l'escalade nous réserve une vision béatifique de notre cher Sauveur.

Si Jésus se manifeste à vous, remerciez; s'il se dérobe, remerciez. C'est tout le jeu d'amour pour nous attirer suavement à son Père. Persévérez jusqu'à la mort, jusqu'à la mort avec le Christ sur la Croix.
Non seulement la divine Sollicitude ne repousse pas les âmes repentantes, mais elle part à la recherche des plus endurcis.
Le don sacré de la prière est dans la droite du Verbe, notre Sauveur; selon que vous videz votre Moi de vous même, c'est-à-dire de l'attachement des sens et de votre volonté propre, vous enracinant en la sainte humilité, le Seigneur parle à votre cœur.
Pratiquez avec persévérance la méditation, à pas menus, en attendant que vous ayez de bonnes jambes, ou plutôt des ailes... Ainsi de l’œuf pondu dans la ruche, qui deviendra tôt une abeille adulte, industrieuse de miel.
Le cœur de notre divin Maître ne connaît que la loi d'amour, de douceur, d'humilité. Mettez votre confiance en la divine bonté de Dieu, et soyez assuré que la terre et le ciel manqueront plutôt que la protection de votre Sauveur.
Cheminez simplement dans les voies du Seigneur, ne vous torturez pas l'esprit... Vous devez haïr vos péchés, mais avec une calme assurance, non pas avec une inquiétude lancinante...
Reposez comme la Vierge au pied de la Croix et vous serez consolés. Même là, Marie n'était pas abandonnée. Au contraire, son Fils l'aima plus encore pour ses souffrances.

Extraits du livre de C. Mortimer. Carty : PADRE PIO le stigmatisé.

05 mars 2011

IMITATION DE JESUS-CHRIST - II

LIVRE PREMIER

AVIS UTILES POUR ENTRER DANS LA VIE INTERIEURE

2. Avoir d'humbles sentiments de soi-même

1. Tout homme désire naturellement de savoir; mais la science sans la crainte de Dieu, que vaut-elle ?

Un humble paysan qui sert Dieu est certainement fort au-dessus du philosophe superbe qui, se négligeant lui-même, considère le cours des astres.

Celui qui se connaît bien se méprise, et ne se plait point aux louanges des hommes.

Quand j'aurais toute la science du monde, si je n'ai pas la charité, à quoi cela me servirait-il devant Dieu, qui me jugera sur mes oeuvres ?

2. Modérez le désir trop vif de savoir; on ne trouvera là qu'une grande dissipation et une grande illusion.

Les savants sont bien aise de paraître et de passer pour habiles.

Il y a beaucoup de choses qu'il importe peu ou qu'il n'importe point à l'âme de connaître; et celui-là est bien insensé qui s'occupe d'autre chose que de ce qui intéresse son salut.

La multitude des paroles ne rassasie point l'âme; mais une vie sainte rafraîchit l'esprit et une conscience pure donne une grande confiance près de Dieu.

3. Plus et mieux vous savez, plus vous serez sévèrement jugé, si vous n'en vivez pas plus saintement.

Quelque art et quelque science que vous possédiez, n'en tirez donc point de vanité; craignez plutôt à cause des lumières qui vous ont été données.

Si vous croyez beaucoup savoir, et être perspicace, souvenez-vous que c'est peu de chose près de ce que vous ignorez.

Ne vous élevez point en vous-même, avouez plutôt votre ignorance. Comment pouvez-vous songer à vous préférer à quelqu'un, tandis qu'il y en a tant de plus doctes que vous, et de plus instruits en la loi de Dieu ?

Voulez-vous apprendre et savoir quelque chose qui vous serve ? Aimez à vivre inconnu et à n'être compté pour rien.

4. La science la plus haute et la plus utile est la connaissance exacte et le mépris de soi-même.

Ne rien s'attribuer et penser favorablement des autres, c'est une grande sagesse et une grande perfection.

Quand vous verriez votre frère commettre ouvertement une faute, même une faute très grave, ne pensez pas cependant être meilleur que lui; car vous ignorez combien de temps vous persévérerez dans le bien.

Nous sommes tous fragiles, mais croyez que personne n'est plus fragile que vous.

04 mars 2011

FUMEES DE SATAN

Un vieux document, mais toujours actuel...
 
« Devant la situation de l'Église d'aujourd'hui, nous avons le sentiment que, par quelques fissures, la fumée de Satan est entrée dans le peuple de Dieu. Nous voyons le doute, l'incertitude, la problématique, l'inquiétude, l'insatisfaction, l'affrontement. On n'a plus confiance dans l'Église, mais on la met dans le premier prophète profane venu qui vient vous parler d'un mouvement social […]
 
Le doute est entré dans les consciences et il est entré par des fenêtres qui devraient être ouvertes à la Lumière. La critique et le doute sont venus de la science, pourtant faite pour nous donner des vérités qui non seulement ne nous éloignent pas de Dieu, mais le font chercher encore davantage et le célébrer encore plus intensément… […]

L'enseignement devient source de confusion et de contradictions parfois absurdes. On célèbre le progrès pour devoir ensuite le démolir…[…]

On croyait qu'après le concile, le soleil brillerait sur l'Église, mais au lieu du soleil, nous avons eu les nuages, la tempête, les ténèbres, la recherche, l'incertitude…

Nous prêchons l'œcuménisme, et nous nous séparons toujours davantage les uns des autres ; nous cherchons à creuser des abîmes au lieu de les colmater…

Comment cela a-t-il pu se produire ?

Une puissance adverse est intervenue, dont le nom est le diable : cet être mystérieux dont saint Pierre fait allusion dans sa lettre. […] Nous croyons à l'action de Satan qui s'exerce aujourd'hui dans le Monde, précisément pour troubler, pour étouffer les fruits du concile œcuménique et pour empêcher l'Église de chanter sa joie d'avoir repris pleinement conscience d'elle-même…»

Paul VI

06 février 2011

L’IMITATION DE JÉSUS-CHRIST



LIVRE PREMIER

AVIS UTILES POUR ENTRER DANS LA VIE INTERIEURE

1 QU'IL FAUT IMITER JESUS-CHRIST, ET MEPRISER TOUTES LES VANITES DU MONDE

1 Celui qui me suit ne marche pas dans les ténèbres, dit le Seigneur. Ce sont les paroles de Jésus-Christ, par lesquelles il nous exhorte à imiter sa conduite et sa vie, si nous voulons être vraiment éclairés et délivrés de tout aveuglement du cœur.

Que notre principale étude soit donc de méditer la vie de Jésus-Christ.

2 La doctrine de Jésus-Christ surpasse toute doctrine des Saints : et qui posséderait son esprit y trouverait la manne cachée.

Mais il arrive que plusieurs, à force d'entendre l'Évangile, n'en sont que peu touchés, parce qu'ils n'ont point l'esprit de Jésus-Christ.

Voulez-vous comprendre parfaitement et goûter les paroles de Jésus-Christ ?

Appliquez-vous à conformer toute votre vie à la sienne.

3 Que vous sert de raisonner profondément sur la Trinité, si vous n'êtes pas humble, et que par-là vous déplaisez à la Trinité ?

Certes, les discours sublimes ne font pas l'homme juste et saint, mais une vie pure rend cher à Dieu.

J'aime mieux sentir la componction que d'en savoir la définition.

Quand vous sauriez toute la Bible par cœur et toutes les sentences des philosophes, que vous servirait tout cela sans la grâce et la charité ?

Vanité des vanités, tout n'est que vanité, hors aimer Dieu et le servir lui seul.

La souveraine richesse est de tendre au royaume du ciel par le mépris du monde.

4 Vanité donc, d'amasser des richesses périssables et d'espérer en elles.

Vanité, d'aspirer aux honneurs et de s'élever à ce qu'il y a de plus haut.

Vanité, de suivre les désirs de la chair et de rechercher ce dont il faudra bientôt être rigoureusement puni.

Vanité, de souhaiter une longue vie et de ne pas se soucier de bien vivre.

Vanité, de ne penser qu'à la vie présente et de ne pas prévoir ce qui la suivra.

Vanité, de s'attacher à ce qui passe si vite et de ne pas se hâter vers la joie qui ne finit point.

5 Rappelez-vous souvent cette parole du Sage : L’œil n'est pas rassasié de ce qu'il voit, ni l'oreille remplie de ce qu'elle entend.

Appliquez-vous donc à détacher votre cœur de l'amour des choses visi-bles, pour le porter tout entier vers les invisibles, car ceux qui suivent l'attrait de leurs sens souillent leur âme et perdent la grâce de Dieu.

Thomas a Kempis

17 janvier 2011

CATHERINE DE SIENNE

Religieuse dominicaine, Mystique, Sainte
1347-1380

Je voudrais aujourd’hui vous parler d’une femme qui a eu un rôle éminent dans l’histoire de l’Eglise. Il s’agit de sainte Catherine de Sienne. Le siècle auquel elle vécut — le XIVe — fut une époque tourmentée pour la vie de l’Eglise et de tout le tissu social en Italie et en Europe. Toutefois, même dans les moments de grandes difficultés, le Seigneur ne cesse de bénir son peuple, suscitant des saints et des saintes qui secouent les esprits et les cœurs provoquant la conversion et le renouveau. Catherine est l’une de celles-ci et, aujourd’hui encore, elle nous parle et nous incite à marcher avec courage vers la sainteté pour être toujours plus pleinement disciples du Seigneur.

Née à Sienne, en 1347, au sein d’une famille très nombreuse, elle mourut dans sa ville natale en 1380. A l’âge de 16 ans, poussée par une vision de saint Dominique, elle entra dans le Tiers Ordre dominicain, dans la branche féminine dite des Mantellate. En demeurant dans sa famille, elle confirma le vœu de virginité qu’elle avait fait en privé alors qu’elle était encore adolescente, et se consacra à la prière, à la pénitence et aux œuvres de charité, surtout au bénéfice des malades.

Lorsque la renommée de sa sainteté se diffusa, elle fut protagoniste d’une intense activité de conseil spirituel à l’égard de toutes les catégories de personnes: nobles et hommes politiques, artistes et personnes du peuple, personnes consacrées, ecclésiastiques, y compris le Pape Grégoire XI qui à cette époque, résidait à Avignon, et que Catherine exhorta de façon énergique et efficace à revenir à Rome. Elle voyagea beaucoup pour solliciter la réforme intérieure de l’Eglise et pour favoriser la paix entre les Etats: c’est pour cette raison également, que le vénérable Jean-Paul II voulut la déclarer co-patronne de l’Europe: pour que le Vieux continent n’oublie jamais les racines chrétiennes qui sont à la base de son chemin et continue de puiser à l’Evangile les valeurs fondamentales qui assurent la justice et la concorde.

Catherine souffrit beaucoup, comme de nombreux saints. Certains pensèrent même qu’il fallait se méfier d’elle, au point qu’en 1374, six ans avant sa mort, le chapitre général des Dominicains la convoqua à Florence pour l’interroger. Il mirent à ses côtés un frère cultivé et humble, Raymond de Capoue, futur maître général de l’Ordre. Devenu son confesseur et également son «fils spirituel», il écrivit une première biographie complète de la sainte. Elle fut canonisée en 1461.

La doctrine de Catherine, qui apprit à lire au prix de nombreuses difficultés et à écrire à l’âge adulte, est contenue dans le Dialogue de la Divine Providence, ou Livre de la Divine Doctrine, chef d’œuvre de la littérature spirituelle, dans ses Lettres, et dans le recueil de Prières. Son enseignement contient une telle richesse qu’en 1970, le Serviteur de Dieu Paul VI, la déclara Docteur de l’Eglise, titre qui s’ajoutait à celui de co-patronne de la ville de Rome, par volonté du bienheureux Pie IX, et de patronne d’Italie, selon la décision du vénérable Pie XII.

Dans une vision qui ne s’effaça plus jamais du cœur et de l’esprit de Catherine, la Vierge la présenta à Jésus, qui lui donna un anneau splendide, en lui disant: «Moi, ton créateur et sauveur, je t’épouse dans la foi, que tu conserveras toujours pure jusqu’à ce que tu célèbres avec moi tes noces éternelles» (Raymond de Capoue, Sainte Catherine de Sienne, Legenda maior, n. 115, Sienne, 1998). Cet anneau ne demeura visible qu’à elle seule. Dans cet épisode extraordinaire, nous percevons le sens vital de la religiosité de Catherine et de toute spiritualité authentique: le christocentrisme. Le Christ est pour elle comme l’époux, avec lequel existe un rapport d’intimité, de communion et de fidélité; il est le bien-aimé au-delà de tout autre bien.

Cette union profonde avec le Seigneur est illustrée par un autre épisode de la vie de cette éminente mystique: l’échange du cœur. Selon Raymond de Capoue, qui transmit les confidences reçues de Catherine, le Seigneur Jésus lui apparut tenant dans la main un cœur humain rouge resplendissant, lui ouvrit la poitrine, l’y introduisit et dit: «Ma très chère petite fille, de même qu’un jour j’ai pris le cœur que tu m’offrais, voici à présent que je te donne le mien, et désormais, il prendra la place qu’occupait le tien» (ibid.). Catherine a vécu véritablement les paroles de saint Paul: «Ce n'est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi» (Ga 2, 20).

Comme la sainte de Sienne, chaque croyant ressent le besoin de s’uniformiser aux sentiments du Cœur du Christ pour aimer Dieu et son prochain, comme le Christ lui-même aime. Et nous pouvons tous laisser notre cœur se transformer et apprendre à aimer comme le Christ, dans une familiarité avec Lui nourrie par la prière, par la méditation sur la Parole de Dieu et par les Sacrements, en particulier en recevant fréquemment et avec dévotion la sainte communion. Catherine appartient elle aussi à ce groupe de saints eucharistiques, avec lesquels j’ai voulu conclure mon Exhortation apostolique Sacramentum caritatis (cf. n° 49). Chers frères et sœurs, l’Eucharistie est un don d’amour extraordinaire que Dieu nous renouvelle sans cesse pour nourrir notre chemin de foi, renforcer notre espérance, enflammer notre charité, pour nous rendre toujours plus semblables à Lui.

Autour d’une personnalité aussi forte et authentique commença à se constituer une véritable famille spirituelle. Il s’agissait de personnes fascinées par l’autorité morale de cette jeune femme dont la vie atteignait un niveau très élevé, et parfois impressionnées également par les phénomènes mystiques auxquels elles assistaient, comme les extases fréquentes. Beaucoup de gens se mirent à son service et considérèrent surtout comme un privilège d’être guidées spirituellement par Catherine. Ils l’appelaient «maman», car en tant que fils spirituels, ils puisaient en elle la nourriture de l’esprit.

Aujourd’hui aussi l’Eglise tire un grand bénéfice de l’exercice de la maternité spirituelle de nombreuses femmes, consacrées et laïques, qui nourrissent dans les âmes la pensée pour Dieu, qui renforcent la foi des personnes et qui orientent la vie chrétienne vers des sommets toujours plus élevés. «Je vous dis et je vous appelle mon fils — écrit Catherine en s’adressant à l’un de ses fils spirituels Giovanni Sabbatini —, dans la mesure où je vous mets au monde par des prières incessantes et mon désir auprès de Dieu, comme une mère met son fils au monde» (Recueil de lettres, Lettre n. 141: A dom Giovanni de’ Sabbatini). Elle avait l’habitude de s’adresser au frère dominicain Bartolomeo de Dominici par ces mots: «Bien-aimé et très cher frère et fils dans le doux Christ Jésus».

Un autre trait de la spiritualité de Catherine est lié au don des larmes. Celles-ci expriment une extrême et profonde sensibilité, la capacité à s’émouvoir et à éprouver de la tendresse. De nombreux saints ont eu le don des larmes, renouvelant l’émotion de Jésus lui-même, qui n’a pas retenu et caché ses pleurs devant le sépulcre de son ami Lazare et la douleur de Marie et de Marthe, et à la vue de Jérusalem, au cours de ses derniers jours terrestres. Selon Catherine, les larmes des saints se mélangent au Sang du Christ, dont elle a parlé avec un ton vibrant et des images symboliques très efficaces: «Rappelez-vous du Christ crucifié, Dieu et homme (...) Donnez-vous pour objet le Christ crucifié, cachez-vous dans les plaies du Christ crucifié, noyez-vous dans le sang du Christ crucifié» (Recueil de lettres, Lettre n. 16; A une personne que l’on ne nomme pas).

Nous pouvons ici comprendre pourquoi Catherine, bien que consciente des fautes humaines des prêtres, ait toujours éprouvé un très grand respect pour eux: ces derniers dispensent, à travers les sacrements et la Parole, la force salvifique du Sang du Christ. La sainte de Sienne a toujours invité les saints ministres, et également le Pape, qu’elle appelait «doux Christ de la terre», à être fidèles à leurs responsabilités, toujours et seulement animée par son amour profond et constant pour l’Eglise. Avant de mourir, elle dit: «Alors que je quitte mon corps, moi en vérité j’ai consommé et donné ma vie dans l’Eglise et pour la Sainte Eglise, ce qui m’est une grâce très particulière» (Raymond de Capoue, Sainte Catherine de Sienne, Legenda maior, n. 363).

Nous apprenons donc de sainte Catherine la science la plus sublime: connaître et aimer Jésus Christ et son Eglise. Dans le Dialogue de la Divine Providence celle-ci, à travers une image singulière, décrit le Christ comme un pont lancé entre le ciel et la terre. Celui-ci est formé de trois marches constituées par les pieds, par le côté et par la bouche de Jésus. En s’élevant grâce à ces marches, l’âme passe à travers les trois étapes de chaque voie de sanctification: le détachement du péché, la pratique de la vertu et de l’amour, l’union douce et affectueuse avec Dieu.

Chers frères et sœurs, apprenons de sainte Catherine à aimer avec courage, de manière intense et sincère, le Christ et l’Eglise. Faisons donc nôtres les paroles de sainte Catherine que nous lisons dans le Dialogue de la Divine Providence, en conclusion du chapitre qui parle du Christ-pont: «Par miséricorde, tu nous as lavés dans le Sang, par miséricorde, tu voulus converser avec les créatures. O fou d’amour! Il ne t’a pas suffi de t’incarner, mais tu voulus aussi mourir! (...) O miséricorde! Mon cœur étouffe en pensant à toi: car où que je me tourne, je ne trouve que miséricorde» (chap. 30). Merci.

Benoît XVI :
Audience générale du mercredi 24 novembre 2010.

15 janvier 2011

NE ME PARLEZ PLUS…

Leçon de théologie mystique

Les “Sentiments de l’âme” dictés par la bien-heureuse Alexandrina le 21 juin 1946 dévelop-pent deux thèmes clairement distincts : ici nous ne ferons ressortir que le deuxième.

Dans “Cristo Gesù in Alexandrina”, le Père Humberto écrivit, à propos du moment décrit ici, utilisant la troisième personne : « Le Père Humberto, angoissé parce que certains consi-déraient comme fruit d’autosuggestion les exta-ses d’Alexandrina les vendredis et toujours à 15 heures, veut la défendre d’une telle accusation, la mettant à l’épreuve en lui intimant l’ordre qui suit : L’ordre était que la bienheureuse Alexandrina dise à Jésus de ne plus lui parler… Elle ne comprenait par tout à fait ce qui lui était demandé, mais elle se disposa à obéir. Au-ra-t-il mal agi en adressant à Jésus une telle demande ? Elle devait également demander de ne plus revivre la tragédie du Calvaire…

*****

« Il m’a été ordonné de dire à Jésus de s’en aller, de ne plus me parler. Je ne comprends pas bien, je ne sais pas si c’est pour toujours ou simplement les vendredis. Cet ordre a donné lieu à des doutes et à davantage de souffrances. J’ai obéi promptement, car si j’avais un vouloir et si cela dépendait de moi, cela ferait déjà bien longtemps que je n’aurais plus de colloques avec Jé-sus, ou peut-être même que je ne les aurais ja-mais eus. Je le Lui ai demandé dès mercredi et de nouveau hier, jour de la fête du Corps et du Sang de Jésus, plus d’une fois :

Mon Jésus, on me demande de Vous dire de Vous en aller, je ne sais pas si c’est seulement les vendredis ou si c’est pour toujours. Mais Vous, qui savez tout, acceptez comme on me demande de le faire. Obéissez, mon Jésus : je resterai pour toujours votre victime.

J’avais beau essayer de détruire en moi et d’oublier les sentiments du Jardin des Oliviers, mais je n’y parvenais pas. Je ressemblais à une branche, une branche fine et verte qui se tord dans tous les sens : c’étaient les souffrances de l’agonie de l’âme qui me tourmentaient ainsi. En d’autres moments, mon cœur semblait poignardé avec une telle violence qu’à peine sorti le cou-teau y pénétrait de nouveau. Et l’âme pleurait abondamment, comme si elle avait des yeux. Je sentais un cœur qui était comme le monde, mais plus dur qu’un rocher. L’âme pleurait et criait toujours vers le Père. Ce cri et ces larmes se sont poursuivis aujourd’hui sur le chemin du Cal-vaire. Quel tourment que le mien ! Je voulais écarter tous les sentiments de mon âme ; je ne voulais pas penser ni à la Croix ni au Calvaire et l’effort que je faisais était si grand que j’avais l’impression de marcher vers des terres lointai-nes.

Jésus, je n’en veux pas de ces sentiments ; sou-venez-Vous de l’ordre qu’il m’a été ordonné de vous transmettre.

Plus j’essayais d’éluder et d’oublier, plus vifs encore devenaient les sentiments. Et au fond de mon cœur une voix très meurtrie ma disait :

― Il n’y a pas de douleur semblable à la mienne !

Et plus encore je me sentais fortement traînée pour de dures cordes à une grande distance et je sentais mon visage frotter sur les pierres. Le cri de mon âme devenait de plus en plus douloureux. Si d’un côté je sentais du soulagement, pensant que Jésus ne viendrait plus me parler, d’un autre l’idée qu’Il reviendrait de nouveau, me tourmentais également.

Mon Dieu, si je pouvais fuir à Jésus et me ca-cher de Lui ! Mais, quelle triste agonie ! Nou-veaux sentiments pour mon âme : la Tête très Sainte de Jésus posée sur ma poitrine, comme s’Il était la croix ; de tous ses cheveux coulaient de copieuses gouttes de sang : c’était un bain de sang pour la terre. J’ai entendu Jésus appeler ; je sentais qu’il m’entourait. Je me suis efforcée, comme quelqu’un qui veut fuir et je suis restée sourde à sa divine Voix. Il a frappé, frappé dans mon cœur et m’a appelée :

― Ma fille, viens ici, viens là, je suis ton Jésus.

― Jésus, Jésus, je n’y vais pas. Allez-vous-en, laissez-moi en paix. Souvenez-Vous de ce que je Vous ai dit. Je veux obéir. Voyez combien je souffre, regardez mon agonie et la douleur de mon cœur.

Mais aussitôt un grand remords d’avoir dit à Jésus de me laisser en paix s’est emparé de moi. La colombe de mon cœur qui de temps en temps se manifeste, a ouvert largement ses longues ailes, a couvert mon cœur ― ses ailes le dépas-saient encore ― et, avec des lacets dorés qui pendaient de ses ailes, elle m’a attachée, puis, me tirait vers Jésus, car j’essayais toujours de le fuir.

― Ma fille, ma fille, viens ici, écoute ce que je te dis.

Ta douleur c’est pour le salut des âmes. C’est le Saint Esprit qui t’attache à moi par ses rayons d’amour et avec le même amour m’attire vers toi. Remplis-toi de Lui, de son feu et de son di-vin amour afin qu’ensuite tu le donnes aux âmes.

Écoute, ma fille : tu as déjà obéi. Ton obéissance t’a fait beaucoup grandir, elle t’a beaucoup fait grandir dans la vertu et l’a augmentée davan-tage, et augmenter aussi beaucoup plus ma gloire.

Moi aussi j’obéi, mais là je n’obéi pas tout de suite. Dans ma sagesse infinie, je vois que je ne dois pas obéir immédiatement. J’obéirai, je m’arrêterai de te parler, comme je te l’ai déjà promis, mais, quand cela sera, je te préviendrai. Ce que je fais c’est diminuer progressivement le temps de nos colloques.

Mon cœur brûlait comme s’il s’était trouvé au milieu de vives flammes, mais j’étais tranquille par rapport à ma résistance à Jésus.

Pardonnez-moi, Jésus : êtes-Vous triste parce que je vous ai dit de me laisser en paix ? Je n’ai pas pensé à ce que je disais, pardonnez, par-donnez-moi !

Jésus sourit amoureusement et, me serrant dans ses bras, Il a continué :

― Je me suis réjoui, au lui de m’attrister ; ta simplicité m’a consolée, ma fille, ange de pureté, ange de lumière, lumière qui illumine le monde et lui montre le Ciel. Souffre pour les âmes, console mon divin Cœur, donne-moi à elles. Ne pense pas qu’en arrêtant de te parler tes souf-frances vont diminuer. Oh ! non : ta crucifixion continuera jusqu’au dernier moment de ta vie.

― Oui, mon Jésus, tout ce que vous voudrez, pourvu que Vous soyez à mes côtés.

Dites-moi, mon Amour, je ne sais pas si oui ou non je dois écrire ce que Vous me dites. Ne vais-je pas désobéir à l’ordre qui m’a été donné ? Ô mon Jésus, pauvre de moi, si seulement je pou-vais Vous fuir : seulement ainsi j’obéirais !

Jésus a souri, puis il m’a dit :

― Tu ne peux pas me fuir ; seul le péché peut te séparer de moi, lui seul m’expulse de ton cœur.

Va, dicte tout. Si je veux que rien ne reste caché, moins encore ceci. C’est d’un grand profit pour les âmes et gloire pour ma divine cause.

Je vois tout. Sais-tu pourquoi je viens les ven-dredis te parler à cette heure-ci, à l’heure où j’ai remis mon Esprit à mon Père ? C’est pour re-nouveler en toi et rappeler ma divine Passion. Et de la même façon que j’ai ouvert le Ciel aux âmes, ainsi tu les conduis par le même chemin au Paradis.

Le calvaire, l’agonie, ne se limitent pas à quelques heures, à quelques jours, mais à de longues années. Souffre joyeuse, va en paix et reste cal-me : tu n’as pas désobéi, c’est Moi qui t’ai appe-lée, ce fut l’Esprit Saint qui t’a appréhendée.

Merci beaucoup, mon Jésus. Ne me manquez jamais ; faites que je vous sois fidèle jusqu’à la mort. »