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10 juillet 2011

TOUT DONNER...

Si nous faisions de généreux efforts...

Parlons maintenant de ceux qui commencent à être les esclaves de l'amour; car, selon moi, c'est être esclave de l'amour que de se déterminer à suivre par ce chemin de l'oraison Celui qui nous a tant aimés. C'est là une dignité si haute, que je ne saurais y penser sans une joie extraordinaire. Il suffit de se montrer fidèle dans ce premier état, pour voir bientôt s'évanouir la crainte servile.
O Seigneur de mon âme! ô mon Bien! pourquoi n'avez-vous pas voulu qu'une âme résolue de vous aimer, prête à tout quitter pour mieux concentrer en vous ses affections, ait soudain le bonheur de s'élever à ce parfait amour? J'ai mal dit; je devais dire, en faisant retomber sur nous la plainte: Pourquoi ne voulons-nous pas? Car à nous seuls est la faute, si nous n'arrivons pas en peu de temps à cette dignité sublime, à ce véritable amour, source de tous les biens. Nous mettons notre cœur à si haut prix! nous sommes si lents à faire à Dieu le don absolu de nous-mêmes! nous sommes si loin de la préparation qu'il exige! Or, Dieu ne veut pas que nous jouissions d'un bonheur si élevé, sans le payer d'un grand prix. La terre, je le sais, n'a point de quoi l'acheter. Cependant, si nous faisions de généreux efforts pour nous détacher de toutes les créatures, pour tenir habituellement au ciel nos désirs et nos pensées; si, à l'exemple de quelques saints, nous nous disposions pleinement et sans délai; j'en suis convaincue, Dieu en fort peu de temps nous accorderait un tel trésor.
Mais il nous semble lui avoir fait un entier abandon lorsque, nous réservant la propriété et le capital, nous lui offrons les fruits ou les revenus. Nous nous sommes dévoués à la pauvreté et c'est un acte très méritoire; mais souvent nous nous jetons de nouveau dans des soins et des empressements, pour ne manquer ni du nécessaire ni du superflu. Nous travaillons à nous faire des amis qui nous le donnent, et nous nous engageons ainsi dans des soucis et des dangers, plus grands peut-être que ceux que nous trouvions dans la possession de nos biens. Nous croyons également avoir renoncé à l'honneur du siècle en entrant dans la vie religieuse, ou en commençant à mener une vie spirituelle et à marcher dans le sentier de la perfection; mais, a-t-on porté la plus légère atteinte à cet honneur, nous oublions aussitôt que nous l'avons donné à Dieu: pour le reprendre et nous élever encore, nous ne craignons pas de le lui arracher des mains, comme on dit, nous qui, en apparence du moins, l'avions rendu maître de notre volonté. Ainsi en usons-nous dans toutes les autres choses.
Plaisante manière, en vérité, de chercher l'amour de Dieu! On le veut dans toute sa perfection et sur-le-champ, et l'on conserve cependant ses affections; on ne fait aucun effort pour exécuter les bons désirs, ni pour achever de les soulever de terre, et avec cela on ose prétendre à beaucoup de consolations spirituelles! Cela ne saurait être, et de telles réserves sont incompatibles avec le parfait amour.
Ainsi, c'est parce que nous ne faisons pas à Dieu le don total et absolu de nous-mêmes, qu'il ne nous donne pas tout d'un coup le trésor d'un parfait amour. Plaise au Seigneur de nous le départir goutte à goutte, dût-il nous en coûter tous les travaux du monde! C'est une très grande miséricorde de sa part de donner à quelqu'un la grâce et l'énergique résolution de tendre de toutes ses forces à ce bien. Qu'il persévère, et Dieu, qui ne se refuse à personne, fortifiera peu à peu son courage, de manière à lui faire enfin remporter la victoire. Je me sers à dessein de ce mot courage; car, dès le principe, le démon, connaissant le dommage qui doit lui en revenir, et sachant que cette âme en sauvera un grand nombre d'autres, s'efforce de lui fermer, par mille obstacles, l'entrée du chemin de l'oraison. Mais si celui qui commence fait, avec l'aide de Dieu, de persévérants efforts pour s'élever au sommet de la perfection, jamais, à mon avis, il ne va seul au ciel. Il y mène après lui une troupe nombreuse; comme à un vaillant capitaine, Dieu lui donne des soldats qui marchent sous sa conduite. Ainsi, pour ne pas reculer devant tant de périls et de difficultés, il lui faut un très grand courage et un secours signalé du Seigneur.

(Sainte Thérèse d’Avila : Livre de la Vie, cha. 11)

15 février 2009

JAMAIS UN HOMME...

« Jamais un homme n'a parlé comme cet homme »

Dieu pourrait nous dire : « Puisque j'ai dit toutes choses dans ma Parole, mon Fils, il ne me reste plus rien à te répondre ni à te révéler... ' Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis tout mon amour, écoutez-le ' (Mt 17,5)... Ecoutez-le, car je n'ai plus rien à révéler, plus rien à manifester...
« Si donc tu désires entendre de ma bouche une parole de consolation, regarde mon Fils qui m'est soumis et qui, par amour, s'est livré à l'humiliation et à l'affliction, et tu verras tout ce qu'il te répondra. Si tu souhaites que je te découvre des choses cachées ou quelque événement, jette seulement les yeux sur lui et tu trouveras renfermés en lui de très profonds mystères, une sagesse et des merveilles de Dieu, suivant cette parole de mon apôtre : ' En lui, qui est le Fils de Dieu, sont cachés tous les trésors de la sagesse et de la science de Dieu ' (Col 2,3). Ces trésors de sagesse seront pour toi plus sublimes, plus savoureux et plus utiles que tout ce que tu pourrais apprendre par ailleurs. Aussi le même apôtre se glorifiait-il ' de ne pas savoir autre chose que Jésus Christ et Jésus Christ crucifié ' (1Co 2,2). Si tu veux des visions ou des révélations, soit divines, soit corporelles, regarde-le, ce Dieu fait homme, et tu trouveras là ce qui surpassera toutes tes pensées, car l'apôtre Paul dit encore : ' Dans le Christ habite corporellement toute la plénitude de la divinité ' (Col 2,9). »
Il n'y a donc plus lieu d'interroger Dieu comme autrefois, et il n'est plus nécessaire qu'il parle, puisque toute la foi au Christ a été promulguée. Il n'y a plus de foi à révéler et il n'y en aura jamais.

Saint Jean de la Croix (1542-1591), carme, docteur de l'Église ; La Montée du Carmel, II, ch. 22 (trad. OC, Cerf 1990, p. 736)