20 juillet 2011

LE SANG DE L’AGNEAU - 3

(suite du Chapitre I)

“Mon cœur… laisse s’écouler une petite goûte de sang...”

Au moment où Alexandrina écrit pour son journal spirituel, un autre grave problème la contrarie : l’éloignement de son Directeur spirituel, le père Mariano Pinho — interdit par ses supérieurs de continuer à suivre la “Petite Malade de Balasar”. Elle s’en plein ce même jour :

« L’état de mon âme s’est ainsi aggravé depuis que j’ai appris combien on fait souffrir mon Père spirituel ; mais cela n’ébranle pas ma confiance en Jésus et je suis sûre qu’Il fera rejaillir son innocence ».

Quelques jours plus tard, Alexandrina revient sur l’état de son âme, su ce sang qui jaillissait abondamment et que maintenant semble tarir :

« Mon cœur continue comme une lampe affaiblie. De loin en loin il laisse s’échapper une petite goutte de sang que l’humanité vient aussitôt laper. Chacune de ses gouttes semble être la dernière. Je sens que mon cœur n’est attaché à la vie divine que par un fil très mince qui à la moindre tension peut se casser » [1].

Il ne reste plus grande chose de ce sang qui nourrissait l’humanité. Alexandrina s’en plaint, mais elle se plaint avec confiance : elle ne doute nullement de la miséricorde de divine, elle ne fait que constater que ce “fil très mince de la divine miséricorde” peut se rompre à tout moment, risquant ainsi de priver l’humanité de son aliment essentiel :

« Le mince fil de la vie divine qui attachait mon cœur, même si je ne le sens plus, je sais qu’il est toujours là. Je sens également qu’à chaque instant il menace de se rompre. La furie de la terrible tempête le pousse dans tous les sens. De l’endroit qu’occupait mon cœur, sortent de temps à autre quelques rares gouttes de sang. Je comprends, maintenant, combien l’humanité en a besoin : avec quelle frénésie elle vient avaler ces quelques gouttes !
Ô mon Jésus, n’abandonnez pas la pauvrette qui a toujours, et maintenant encore, confié en Vous. Même si je sens, au milieu des ténèbres, que tout semble perdu, je n’espère qu’en Vous seul. » [2]

L’angoisse d’Alexandrina était grande, et grandes étaient aussi ses souffrances, si grandes que le Seigneur a jugé bon de la consoler, de lui insuffler du courage :

« “Ma fille, ma petite fille, ne crains pas, ne crains pas, car tu n’as rien à craindre. Tu as en toi la force du Ciel et de la terre. La chair et le Sang de Jésus sont ton aliment. Incruste en ton cœur ma divine image et, lors des moments d’angoisse, regarde-la et contemple-moi crucifié. Aie courage ! C’est la vague de crimes qui recouvre le monde. Aie pitié de ma douleur. Répare, ma fille, répare pour les pécheurs. Aie courage ! Ma divine volonté s’accomplira. Ma fille, ma petite fille, mon amour !”
Il m’enlaçait, me caressait, m’embrassait, et en  même temps que je recevais les baisers de Jésus, je sentais entrer en mon cœur une grande force. Lui, et Lui seul est la force des faibles ! »[3]

À sainte Mechtilde d’Hackerborn, au XIIIe siècle, que nous avons déjà citée, le Seigneur répétait presque les mêmes phrases :

« Viens te repentir, viens te réconcilier, viens te consoler, viens te faire bénir. Viens, mon amie, recevoir tout ce que l'ami peut donner à celui qu'il aime. Viens, ma sœur, posséder l'é-ternel héritage que je t'ai acquis par mon sang. Viens, mon épouse, jouir de ma Divinité » [4].

Le cœur d’Alexandrina et le Cœur de Jésus vont s’unir à point tel qu’ils ne formeront plus qu’un seul, souvent rejoints par celui de Marie, formant ainsi une trinité très particulière et très unie.
Au mois de septembre 1943, Jésus lui dira :

― « Ma fille, amour, amour, amour. Ton cœur et le mien ne sont qu’un seul cœur ; tu es toute transformée en moi. Je suis ta vie. Tu n'as pas la vie humaine, tu as la vie divine. Tu n'as pas la vie de la terre, tu as la vie du ciel. Ta vie aura toujours des épines, une épine pénétrera une autre épine et ainsi crucifiée à ma ressemblance tu iras au ciel clouée sur la croix par amour pour moi. Demande-moi ma fille, demande tout ce que tu veux par le nom de mon sang divin et au nom des douleurs de ma sainte Mère, tu obtiendras tout » [5].

“Tu es toute transformée en moi”, lui affirma Jésus et, celle-ci n’est pas la seule fois où Il lui annonce cette transformation.
Mais cette transformation, cette “image” du Christ qu’elle incarne, sera même visible quelquefois pour certains de ceux qui l’ont visitée dans sa petite chambre de Balasar.
Un jour, un prêtre, théologien confirmé, visita la “Petite malade de Balasar”, lui posa de nombreuses questions, dont certaines représentaient de vraies difficultés théologiques et Alexandrina y répondit avec la simplicité et l’humilité qui lui étaient habituelles. Le prêtre, qui ne se considérait pas comme quelqu’un possédant la “science infuse”, était émerveillé par ses réponses simples et pleines de bon sens. Avant de prendre congé, il demanda à son hôte si elle acceptait de prier avec lui. Alexandrina accepta, bien entendu avec joie. Le prêtre s’agenouilla à côté du lit et tous deux récitèrent quelques prières. Au moment où il se levait pour prendre congé, sa surprise fut grande, car il ne voyait plus le visage d’Alexandrina, mais celui du Christ souffrant. Il en témoigna volontiers :

“Je suis professeur de théologie, mais jamais, m’a expliqué avec des paroles aussi simples et pourtant si justes ; le mystère de la Très Sainte Trinité, comme l’a fait Alexandrina”.
Jésus l’avait pourtant annoncé à plusieurs reprises qu’il en serait ainsi :
« Cette baume que je pose sur tes lèvres, c’est pour que celles-ci se fortifient et que tu puisses parler aux âmes de mon amour, que tu les conseilles avec la lumière de l’Esprit-Saint, afin qu’elles se réconcilient avec moi et suivent ma loi » [6].

Et encore :

« Heureuses celles (les âmes) qui viennent près de toi et que ton regard atteint ! C’est mon regard sur elles, ce sont mes tendresses et ma compassion. Je t’ai créée pour elles, pour cette sublime mission ».
« Je suis ta vie ; tu n’as pas de vie humaine, tu as la vie divine. Tu n’as pas la vie de la terre, tu vis la vie du Ciel ».

Ceci, le professeur de théologie l’ignorait. Toutefois, il faut le dire, il nous donne une grande leçon d’humilité et de loyauté : il a su accepter une évidence et, peut-être à cause de cette humilité et simplicité, le Seigneur lui accorda la grâce de voir sa sainte Face.
Nous lisons encore dans les écrits d’Alexandrina cette promesse de Jésus : “Demande-moi ce que tu voudras au nom de mon divin Sang”. C’est que le Sang rédempteur a une valeur inestimable, un mérite insondable.
Saint Bernard de Clairvaux, le grand Docteur de l’Église, commentant le Cantique des Cantiques, écrit :

« Mais si votre sang n'interpelle pour moi votre miséricorde, je ne serai point sauvé. C'est pour obtenir toutes ces grâces que nous courons après vous; accordez- nous ce que nous vous demandons, puisque nous crions vers vous » [7].

Parlant de ce Sang à nul autre comparable, sainte Catherine de Gênes, l’auteur du “Traité du Purgatoire”, dit dans ses “Dialogues” :

« Dieu ouvre en quelque sorte la veine et tire le sang à l'humanité ; et l'âme reste comme plongée dans un bain et, quand il n'y a plus de sang dans le corps, et que l'âme est toute transformée en Dieu, alors chacun s'en va en son lieu autrement dit : l'âme reste en Dieu, et le corps va au sépulcre » [8].

Parlant de son Sang rédempteur, le Sang qu’il a si généreusement versé jusqu’à la dernière goûte, Jésus dit un jour à sainte Gertrude d’Helfta :

« Par mon Saint-Esprit, je te ferai ma fiancée je t’attacherai à moi par une union inséparable. Tu demeureras chez moi, je t’enfermerai dans mon vivant amour. Je te revêtirai de la pourpre glorieuse de mon sang précieux. Je te ferai une couronne d’un or choisi, de l’or de ma mort douloureuse. Pour moi-même j’accomplirai ton désir, et aussi je te réjouirai pour l’éternité » [9].

Voyons maintenant, plus attentivement le charisme très particulier dont nous avons parlé plus haut et qui est l’objet de notre humble travail : la transfusion.


[1] Sentiments de l’âme : 14 mai 1942.
[2] Sentiments de l’âme :  24 mai 1942.
[3] Sentiments de l’âme : 27 mai 1943.
[4] Sainte Mechtilde de Hackerborn : Le Livre de la grâce spéciale, Deuxième partie, chapitre I, 1.
[5] Sentiments de l’âme :  18 septembre 1943.
[6] Sentiments de l’âme :  1er septembre 1950.
[7] S. Bernard de Clairvaux : Sermon XXII sur le Cantique dês Cantiques.
[8] Sainte Catherine de Gênes : Dialogues, chap. 9.
[9] Sainte Gertrude d’Helfta : Les Exercices, 3.

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