11 juillet 2011

LE SANG DE L'AGNEAU - 2

Comment cela commença

Vers le mois d’avril 1942, Alexandrina commença à vivre la destruction de son propre corps, comme elle-même nous le dit :
« Depuis le Vendredi-Saint j’ai commencé à me sentir morte sur le calvaire au milieu des plus denses ténèbres et dans un grand abandon. Tous les lions se sont acharnés sur moi. Mon corps n’a pas eu de sépulture ; les oiseaux de nuit, malgré les noires et denses ténèbres, venaient manger mon cadavre » [1].
Alexandrina venait de terminer de vivre la passion, comme tous les vendredis, mais cette fois-ci la passion n’eut pas la conclusion habituelle. Elle l’explique dans le journal du même jour :
« Je suis restée longtemps dans cette souffrance et maintenant encore je sens ces oiseaux enfoncer leur bec dans mes os, les réduisant en cendres. La croix où j’ai été clouée est tombée à terre, mais je sens encore qu’une partie de mon corps reste prisonnier des clous »[2].
Cette partie du corps qui est encore prisonnière des clous, va devenir, pour ces oiseaux — qui représentent l’humanité — d’un intérêt primordial alimentaire, pourtant de survie :
« Ces oiseaux — poursuit Alexandrina — ont encore beaucoup à becqueter dans mon corps qui n’a aucune vie sur terre, seul mon cœur semble avoir vie, mais une vie qui n’est pas humaine, c’est la vie divine et cette vie divine lui procure du sang et je sens que l’humanité entière vient boire à cette vie divine, comme des petits oiseaux. »
Déposé — sans sépulture — au milieu d’un vaste cimetière, le corps d’Alexandrina va, petit à petit, se transformer en cendres, sans, néanmoins, que l’humanité, représentée par ces rapaces, continuent de s’alimenter dans ce corps en décomposition, où il ne reste plus le “cœur [qui] semble avoir vie, mais une vie qui n’est pas humaine, c’est la vie divine et cette vie divine lui procure du sang et je sens que l’humanité entière vient boire à cette vie divine, comme des petits oiseaux”.
Mais, quelque chose de plus douloureux ressort de ce constat :
« Je sais maintenant que ce ne sera que quand ces oiseaux nocturnes auront réduit mon corps en cendres que je pourrai partir ».
Une autre constatation importante, qui aura des répercussions futures est celle-ci :
« Je ne me sens plus sur la croix : c’est toujours cette souffrance que je viens de décrire. Mais celle-ci n’est pas moins douloureuse ».
Ceci veut dire, ou signifie, que la passion vécue jusqu’alors par Alexandrina — passion visible, bien entendu — va se terminer, mais qu’elle sera remplacée par une autre passion, vécue elle aussi, non seulement tous les vendredis, mais toutes les fois que le Seigneur la jugera opportune et l’exigera de sa victime, pour le salut des âmes pécheresses. Cette nouvelle façon de vivre la “passion” du Seigneur, durera jusqu’à la mort de la “Victime de Balasar”, selon ce qu’elle a expliquée, elle-même, au père Umberto Pasquale qui l’interrogea à ce sujet :
« Autrefois, ces sentiments et souffrances (relatifs à la passion) je les souffrais spécialement pendant les trois heures du vendredi, de 12 à 15 heures ; les souffrances de la passion se succédaient dans un ordre logique, maintenant ce n’est plus le cas. L’épouvante que me causent ces douleurs est pour ainsi dire permanente : les mardis, les mercredis, les jeudis et même les vendredis : à des heures bien particulières je souffre tel ou tel moment de la passion » [3].
Lors du procès informatif mené par le diocèse de Braga, Deolinda da Costa, sœur d’Alexandrina, témoigna :
« Après 1942 les manifestations extérieures de la Passion ont cessé mais jusqu’à la mort elle en a vécu intérieurement les tourments. Ces « extases douloureuses », comme on les appelle, je crois, ont continué jusqu'à sa mort » [4].
L’affirmation ci-dessus annonce également la prochaine consécration du Monde au Cœur Immaculé de Marie, étant donné que la passion visible, telle que la vivait Alexandrina, était un “signe” visible donné par Jésus pour confirmer la véracité de son désir de voir le monde consacré à sa Mère bénie, demande qu’Il avait confiée à Alexandrine depuis 1635.
Poursuivant la description de l’état de son âme dans ce cimetière où elle n’avait pas été ensevelie, elle écrit encore dans son journal spirituel :
« Je sens les lions qui profitent autant qu’ils peuvent de cette chair, mais cette chair pourrit déjà, elle est puante, et ces oiseaux, enfoncent leurs longs becs dans les os et les taraudent. Vous ne pouvez pas comprendre combien je souffre : moi-même je ne sais pas l’expliquer ».
L’état de l’âme d’Alexandrina est vraiment affligeant et insupportable, car le 6 mars de cette même année 1942, elle écrit dans son Journal un cri qui semble venir du plus profond de son âme :
« Ô ténèbres, ô ténèbres épaisses et affligeantes ! Ô Ciel, ô Ciel, donne-moi ta lumière !
Mon cœur est tellement blessé que l’on dirait qu’il n’a même plus la forme d’un cœur humain. Toutefois, il est comme une source abondante de sang. C’est la vie divine qui le fait ruisseler. Je sens que toute l’humanité y boit avidement, de peur que le sang cesse de couler » [5].
“Mon cœur — dit-elle – est comme une source abon-dante de sang”. Mais il n’en sera pas toujours ainsi, car la “source” va diminuer de volume et ce sang qui d’elle coulait, s’écoulera avec parcimonie, au point qu’une intervention divine soit nécessaire : la transfusion du Sang divin vers le cœur — et même vers le corps — d’Alexandrina.
C’est à cette “transmission” ou transfusion que nous allons consacrer ce travail — comme déjà dit par ailleurs —, étant donné qu’il n’est pas fait mention, dans les annales de l’Église Catholique qu’un tel charisme ait été accordé à un bienheureux ou à un saint, par le passé : que Jésus alimente l’une de ses âmes victimes faisant passer de son propre Cœur vers le cœur de celle-ci le sang qui lui permettra de poursuivre sa mission de salut et de rédemption, de racheter un plus grand nombre d’âmes pécheresses ; de participer activement à l’œuvre de Rédemption du Sauveur.
Nous avons interrogé un certain nombre de spécialistes en théologie ascétique et mystique, nous avons nous-même fait des recherches dans ce sens, mais nous n’avons pas trouvé ce charisme chez d’autres saints, sauf chez la bienheureuse Angèle de Foligno — comme déjà dit —  et, sur une autre forme encore, chez sainte Mechtilde de Hackerborn, où certaines ressemblances existent, il est vrai : elle “plongeait” dans le Cœur divin pour y reprendre des forces, surtout spirituelles :
« Enfin [Jésus] unit son très doux Cœur à celui de sa bien-aimée ; il lui appliqua le fruit de tout son travail de méditation, de dévotion, d'amour, el l'enrichit de tous ses biens. Alors cette âme tout entière, incorporée au Christ Jésus, fondue par l'amour, comme la cire par le feu, recul le sceau de la ressemblance divine. C'est ainsi que celle bienheureuse devint une même chose avec son Bien-aimé » [6].
Plus tard, à cette même Sainte, le Seigneur dira que quand une âme est admise dans son intimité, “il s'est donné lui-même de nouveau, avec tout ce qu'il est [Corps et Sang], pour être votre consolateur”[7].


[1] Sentiments de l’âme : 3 avril 1942.
[2] Idem.
[3] Père Umberto Maria Pasquale, sdb : La passion de Jesus en Alexandrina.
[4] Summarium :  pag. 223.
[5] Sentiments de l’âme  : 6 mai 1942.
[6] Sainte Mechtilde de Hackerborn : Le Livre de la grâce spéciale ; Première partie, chapitre I.
[7] Sainte Mechtilde de Hackerborn : Le Livre de la grâce spéciale ; Première partie, chapitre XXII, 41.

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