15 janvier 2011

NE ME PARLEZ PLUS…

Leçon de théologie mystique

Les “Sentiments de l’âme” dictés par la bien-heureuse Alexandrina le 21 juin 1946 dévelop-pent deux thèmes clairement distincts : ici nous ne ferons ressortir que le deuxième.

Dans “Cristo Gesù in Alexandrina”, le Père Humberto écrivit, à propos du moment décrit ici, utilisant la troisième personne : « Le Père Humberto, angoissé parce que certains consi-déraient comme fruit d’autosuggestion les exta-ses d’Alexandrina les vendredis et toujours à 15 heures, veut la défendre d’une telle accusation, la mettant à l’épreuve en lui intimant l’ordre qui suit : L’ordre était que la bienheureuse Alexandrina dise à Jésus de ne plus lui parler… Elle ne comprenait par tout à fait ce qui lui était demandé, mais elle se disposa à obéir. Au-ra-t-il mal agi en adressant à Jésus une telle demande ? Elle devait également demander de ne plus revivre la tragédie du Calvaire…

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« Il m’a été ordonné de dire à Jésus de s’en aller, de ne plus me parler. Je ne comprends pas bien, je ne sais pas si c’est pour toujours ou simplement les vendredis. Cet ordre a donné lieu à des doutes et à davantage de souffrances. J’ai obéi promptement, car si j’avais un vouloir et si cela dépendait de moi, cela ferait déjà bien longtemps que je n’aurais plus de colloques avec Jé-sus, ou peut-être même que je ne les aurais ja-mais eus. Je le Lui ai demandé dès mercredi et de nouveau hier, jour de la fête du Corps et du Sang de Jésus, plus d’une fois :

Mon Jésus, on me demande de Vous dire de Vous en aller, je ne sais pas si c’est seulement les vendredis ou si c’est pour toujours. Mais Vous, qui savez tout, acceptez comme on me demande de le faire. Obéissez, mon Jésus : je resterai pour toujours votre victime.

J’avais beau essayer de détruire en moi et d’oublier les sentiments du Jardin des Oliviers, mais je n’y parvenais pas. Je ressemblais à une branche, une branche fine et verte qui se tord dans tous les sens : c’étaient les souffrances de l’agonie de l’âme qui me tourmentaient ainsi. En d’autres moments, mon cœur semblait poignardé avec une telle violence qu’à peine sorti le cou-teau y pénétrait de nouveau. Et l’âme pleurait abondamment, comme si elle avait des yeux. Je sentais un cœur qui était comme le monde, mais plus dur qu’un rocher. L’âme pleurait et criait toujours vers le Père. Ce cri et ces larmes se sont poursuivis aujourd’hui sur le chemin du Cal-vaire. Quel tourment que le mien ! Je voulais écarter tous les sentiments de mon âme ; je ne voulais pas penser ni à la Croix ni au Calvaire et l’effort que je faisais était si grand que j’avais l’impression de marcher vers des terres lointai-nes.

Jésus, je n’en veux pas de ces sentiments ; sou-venez-Vous de l’ordre qu’il m’a été ordonné de vous transmettre.

Plus j’essayais d’éluder et d’oublier, plus vifs encore devenaient les sentiments. Et au fond de mon cœur une voix très meurtrie ma disait :

― Il n’y a pas de douleur semblable à la mienne !

Et plus encore je me sentais fortement traînée pour de dures cordes à une grande distance et je sentais mon visage frotter sur les pierres. Le cri de mon âme devenait de plus en plus douloureux. Si d’un côté je sentais du soulagement, pensant que Jésus ne viendrait plus me parler, d’un autre l’idée qu’Il reviendrait de nouveau, me tourmentais également.

Mon Dieu, si je pouvais fuir à Jésus et me ca-cher de Lui ! Mais, quelle triste agonie ! Nou-veaux sentiments pour mon âme : la Tête très Sainte de Jésus posée sur ma poitrine, comme s’Il était la croix ; de tous ses cheveux coulaient de copieuses gouttes de sang : c’était un bain de sang pour la terre. J’ai entendu Jésus appeler ; je sentais qu’il m’entourait. Je me suis efforcée, comme quelqu’un qui veut fuir et je suis restée sourde à sa divine Voix. Il a frappé, frappé dans mon cœur et m’a appelée :

― Ma fille, viens ici, viens là, je suis ton Jésus.

― Jésus, Jésus, je n’y vais pas. Allez-vous-en, laissez-moi en paix. Souvenez-Vous de ce que je Vous ai dit. Je veux obéir. Voyez combien je souffre, regardez mon agonie et la douleur de mon cœur.

Mais aussitôt un grand remords d’avoir dit à Jésus de me laisser en paix s’est emparé de moi. La colombe de mon cœur qui de temps en temps se manifeste, a ouvert largement ses longues ailes, a couvert mon cœur ― ses ailes le dépas-saient encore ― et, avec des lacets dorés qui pendaient de ses ailes, elle m’a attachée, puis, me tirait vers Jésus, car j’essayais toujours de le fuir.

― Ma fille, ma fille, viens ici, écoute ce que je te dis.

Ta douleur c’est pour le salut des âmes. C’est le Saint Esprit qui t’attache à moi par ses rayons d’amour et avec le même amour m’attire vers toi. Remplis-toi de Lui, de son feu et de son di-vin amour afin qu’ensuite tu le donnes aux âmes.

Écoute, ma fille : tu as déjà obéi. Ton obéissance t’a fait beaucoup grandir, elle t’a beaucoup fait grandir dans la vertu et l’a augmentée davan-tage, et augmenter aussi beaucoup plus ma gloire.

Moi aussi j’obéi, mais là je n’obéi pas tout de suite. Dans ma sagesse infinie, je vois que je ne dois pas obéir immédiatement. J’obéirai, je m’arrêterai de te parler, comme je te l’ai déjà promis, mais, quand cela sera, je te préviendrai. Ce que je fais c’est diminuer progressivement le temps de nos colloques.

Mon cœur brûlait comme s’il s’était trouvé au milieu de vives flammes, mais j’étais tranquille par rapport à ma résistance à Jésus.

Pardonnez-moi, Jésus : êtes-Vous triste parce que je vous ai dit de me laisser en paix ? Je n’ai pas pensé à ce que je disais, pardonnez, par-donnez-moi !

Jésus sourit amoureusement et, me serrant dans ses bras, Il a continué :

― Je me suis réjoui, au lui de m’attrister ; ta simplicité m’a consolée, ma fille, ange de pureté, ange de lumière, lumière qui illumine le monde et lui montre le Ciel. Souffre pour les âmes, console mon divin Cœur, donne-moi à elles. Ne pense pas qu’en arrêtant de te parler tes souf-frances vont diminuer. Oh ! non : ta crucifixion continuera jusqu’au dernier moment de ta vie.

― Oui, mon Jésus, tout ce que vous voudrez, pourvu que Vous soyez à mes côtés.

Dites-moi, mon Amour, je ne sais pas si oui ou non je dois écrire ce que Vous me dites. Ne vais-je pas désobéir à l’ordre qui m’a été donné ? Ô mon Jésus, pauvre de moi, si seulement je pou-vais Vous fuir : seulement ainsi j’obéirais !

Jésus a souri, puis il m’a dit :

― Tu ne peux pas me fuir ; seul le péché peut te séparer de moi, lui seul m’expulse de ton cœur.

Va, dicte tout. Si je veux que rien ne reste caché, moins encore ceci. C’est d’un grand profit pour les âmes et gloire pour ma divine cause.

Je vois tout. Sais-tu pourquoi je viens les ven-dredis te parler à cette heure-ci, à l’heure où j’ai remis mon Esprit à mon Père ? C’est pour re-nouveler en toi et rappeler ma divine Passion. Et de la même façon que j’ai ouvert le Ciel aux âmes, ainsi tu les conduis par le même chemin au Paradis.

Le calvaire, l’agonie, ne se limitent pas à quelques heures, à quelques jours, mais à de longues années. Souffre joyeuse, va en paix et reste cal-me : tu n’as pas désobéi, c’est Moi qui t’ai appe-lée, ce fut l’Esprit Saint qui t’a appréhendée.

Merci beaucoup, mon Jésus. Ne me manquez jamais ; faites que je vous sois fidèle jusqu’à la mort. »

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