17 janvier 2011

CATHERINE DE SIENNE

Religieuse dominicaine, Mystique, Sainte
1347-1380

Je voudrais aujourd’hui vous parler d’une femme qui a eu un rôle éminent dans l’histoire de l’Eglise. Il s’agit de sainte Catherine de Sienne. Le siècle auquel elle vécut — le XIVe — fut une époque tourmentée pour la vie de l’Eglise et de tout le tissu social en Italie et en Europe. Toutefois, même dans les moments de grandes difficultés, le Seigneur ne cesse de bénir son peuple, suscitant des saints et des saintes qui secouent les esprits et les cœurs provoquant la conversion et le renouveau. Catherine est l’une de celles-ci et, aujourd’hui encore, elle nous parle et nous incite à marcher avec courage vers la sainteté pour être toujours plus pleinement disciples du Seigneur.

Née à Sienne, en 1347, au sein d’une famille très nombreuse, elle mourut dans sa ville natale en 1380. A l’âge de 16 ans, poussée par une vision de saint Dominique, elle entra dans le Tiers Ordre dominicain, dans la branche féminine dite des Mantellate. En demeurant dans sa famille, elle confirma le vœu de virginité qu’elle avait fait en privé alors qu’elle était encore adolescente, et se consacra à la prière, à la pénitence et aux œuvres de charité, surtout au bénéfice des malades.

Lorsque la renommée de sa sainteté se diffusa, elle fut protagoniste d’une intense activité de conseil spirituel à l’égard de toutes les catégories de personnes: nobles et hommes politiques, artistes et personnes du peuple, personnes consacrées, ecclésiastiques, y compris le Pape Grégoire XI qui à cette époque, résidait à Avignon, et que Catherine exhorta de façon énergique et efficace à revenir à Rome. Elle voyagea beaucoup pour solliciter la réforme intérieure de l’Eglise et pour favoriser la paix entre les Etats: c’est pour cette raison également, que le vénérable Jean-Paul II voulut la déclarer co-patronne de l’Europe: pour que le Vieux continent n’oublie jamais les racines chrétiennes qui sont à la base de son chemin et continue de puiser à l’Evangile les valeurs fondamentales qui assurent la justice et la concorde.

Catherine souffrit beaucoup, comme de nombreux saints. Certains pensèrent même qu’il fallait se méfier d’elle, au point qu’en 1374, six ans avant sa mort, le chapitre général des Dominicains la convoqua à Florence pour l’interroger. Il mirent à ses côtés un frère cultivé et humble, Raymond de Capoue, futur maître général de l’Ordre. Devenu son confesseur et également son «fils spirituel», il écrivit une première biographie complète de la sainte. Elle fut canonisée en 1461.

La doctrine de Catherine, qui apprit à lire au prix de nombreuses difficultés et à écrire à l’âge adulte, est contenue dans le Dialogue de la Divine Providence, ou Livre de la Divine Doctrine, chef d’œuvre de la littérature spirituelle, dans ses Lettres, et dans le recueil de Prières. Son enseignement contient une telle richesse qu’en 1970, le Serviteur de Dieu Paul VI, la déclara Docteur de l’Eglise, titre qui s’ajoutait à celui de co-patronne de la ville de Rome, par volonté du bienheureux Pie IX, et de patronne d’Italie, selon la décision du vénérable Pie XII.

Dans une vision qui ne s’effaça plus jamais du cœur et de l’esprit de Catherine, la Vierge la présenta à Jésus, qui lui donna un anneau splendide, en lui disant: «Moi, ton créateur et sauveur, je t’épouse dans la foi, que tu conserveras toujours pure jusqu’à ce que tu célèbres avec moi tes noces éternelles» (Raymond de Capoue, Sainte Catherine de Sienne, Legenda maior, n. 115, Sienne, 1998). Cet anneau ne demeura visible qu’à elle seule. Dans cet épisode extraordinaire, nous percevons le sens vital de la religiosité de Catherine et de toute spiritualité authentique: le christocentrisme. Le Christ est pour elle comme l’époux, avec lequel existe un rapport d’intimité, de communion et de fidélité; il est le bien-aimé au-delà de tout autre bien.

Cette union profonde avec le Seigneur est illustrée par un autre épisode de la vie de cette éminente mystique: l’échange du cœur. Selon Raymond de Capoue, qui transmit les confidences reçues de Catherine, le Seigneur Jésus lui apparut tenant dans la main un cœur humain rouge resplendissant, lui ouvrit la poitrine, l’y introduisit et dit: «Ma très chère petite fille, de même qu’un jour j’ai pris le cœur que tu m’offrais, voici à présent que je te donne le mien, et désormais, il prendra la place qu’occupait le tien» (ibid.). Catherine a vécu véritablement les paroles de saint Paul: «Ce n'est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi» (Ga 2, 20).

Comme la sainte de Sienne, chaque croyant ressent le besoin de s’uniformiser aux sentiments du Cœur du Christ pour aimer Dieu et son prochain, comme le Christ lui-même aime. Et nous pouvons tous laisser notre cœur se transformer et apprendre à aimer comme le Christ, dans une familiarité avec Lui nourrie par la prière, par la méditation sur la Parole de Dieu et par les Sacrements, en particulier en recevant fréquemment et avec dévotion la sainte communion. Catherine appartient elle aussi à ce groupe de saints eucharistiques, avec lesquels j’ai voulu conclure mon Exhortation apostolique Sacramentum caritatis (cf. n° 49). Chers frères et sœurs, l’Eucharistie est un don d’amour extraordinaire que Dieu nous renouvelle sans cesse pour nourrir notre chemin de foi, renforcer notre espérance, enflammer notre charité, pour nous rendre toujours plus semblables à Lui.

Autour d’une personnalité aussi forte et authentique commença à se constituer une véritable famille spirituelle. Il s’agissait de personnes fascinées par l’autorité morale de cette jeune femme dont la vie atteignait un niveau très élevé, et parfois impressionnées également par les phénomènes mystiques auxquels elles assistaient, comme les extases fréquentes. Beaucoup de gens se mirent à son service et considérèrent surtout comme un privilège d’être guidées spirituellement par Catherine. Ils l’appelaient «maman», car en tant que fils spirituels, ils puisaient en elle la nourriture de l’esprit.

Aujourd’hui aussi l’Eglise tire un grand bénéfice de l’exercice de la maternité spirituelle de nombreuses femmes, consacrées et laïques, qui nourrissent dans les âmes la pensée pour Dieu, qui renforcent la foi des personnes et qui orientent la vie chrétienne vers des sommets toujours plus élevés. «Je vous dis et je vous appelle mon fils — écrit Catherine en s’adressant à l’un de ses fils spirituels Giovanni Sabbatini —, dans la mesure où je vous mets au monde par des prières incessantes et mon désir auprès de Dieu, comme une mère met son fils au monde» (Recueil de lettres, Lettre n. 141: A dom Giovanni de’ Sabbatini). Elle avait l’habitude de s’adresser au frère dominicain Bartolomeo de Dominici par ces mots: «Bien-aimé et très cher frère et fils dans le doux Christ Jésus».

Un autre trait de la spiritualité de Catherine est lié au don des larmes. Celles-ci expriment une extrême et profonde sensibilité, la capacité à s’émouvoir et à éprouver de la tendresse. De nombreux saints ont eu le don des larmes, renouvelant l’émotion de Jésus lui-même, qui n’a pas retenu et caché ses pleurs devant le sépulcre de son ami Lazare et la douleur de Marie et de Marthe, et à la vue de Jérusalem, au cours de ses derniers jours terrestres. Selon Catherine, les larmes des saints se mélangent au Sang du Christ, dont elle a parlé avec un ton vibrant et des images symboliques très efficaces: «Rappelez-vous du Christ crucifié, Dieu et homme (...) Donnez-vous pour objet le Christ crucifié, cachez-vous dans les plaies du Christ crucifié, noyez-vous dans le sang du Christ crucifié» (Recueil de lettres, Lettre n. 16; A une personne que l’on ne nomme pas).

Nous pouvons ici comprendre pourquoi Catherine, bien que consciente des fautes humaines des prêtres, ait toujours éprouvé un très grand respect pour eux: ces derniers dispensent, à travers les sacrements et la Parole, la force salvifique du Sang du Christ. La sainte de Sienne a toujours invité les saints ministres, et également le Pape, qu’elle appelait «doux Christ de la terre», à être fidèles à leurs responsabilités, toujours et seulement animée par son amour profond et constant pour l’Eglise. Avant de mourir, elle dit: «Alors que je quitte mon corps, moi en vérité j’ai consommé et donné ma vie dans l’Eglise et pour la Sainte Eglise, ce qui m’est une grâce très particulière» (Raymond de Capoue, Sainte Catherine de Sienne, Legenda maior, n. 363).

Nous apprenons donc de sainte Catherine la science la plus sublime: connaître et aimer Jésus Christ et son Eglise. Dans le Dialogue de la Divine Providence celle-ci, à travers une image singulière, décrit le Christ comme un pont lancé entre le ciel et la terre. Celui-ci est formé de trois marches constituées par les pieds, par le côté et par la bouche de Jésus. En s’élevant grâce à ces marches, l’âme passe à travers les trois étapes de chaque voie de sanctification: le détachement du péché, la pratique de la vertu et de l’amour, l’union douce et affectueuse avec Dieu.

Chers frères et sœurs, apprenons de sainte Catherine à aimer avec courage, de manière intense et sincère, le Christ et l’Eglise. Faisons donc nôtres les paroles de sainte Catherine que nous lisons dans le Dialogue de la Divine Providence, en conclusion du chapitre qui parle du Christ-pont: «Par miséricorde, tu nous as lavés dans le Sang, par miséricorde, tu voulus converser avec les créatures. O fou d’amour! Il ne t’a pas suffi de t’incarner, mais tu voulus aussi mourir! (...) O miséricorde! Mon cœur étouffe en pensant à toi: car où que je me tourne, je ne trouve que miséricorde» (chap. 30). Merci.

Benoît XVI :
Audience générale du mercredi 24 novembre 2010.

15 janvier 2011

NE ME PARLEZ PLUS…

Leçon de théologie mystique

Les “Sentiments de l’âme” dictés par la bien-heureuse Alexandrina le 21 juin 1946 dévelop-pent deux thèmes clairement distincts : ici nous ne ferons ressortir que le deuxième.

Dans “Cristo Gesù in Alexandrina”, le Père Humberto écrivit, à propos du moment décrit ici, utilisant la troisième personne : « Le Père Humberto, angoissé parce que certains consi-déraient comme fruit d’autosuggestion les exta-ses d’Alexandrina les vendredis et toujours à 15 heures, veut la défendre d’une telle accusation, la mettant à l’épreuve en lui intimant l’ordre qui suit : L’ordre était que la bienheureuse Alexandrina dise à Jésus de ne plus lui parler… Elle ne comprenait par tout à fait ce qui lui était demandé, mais elle se disposa à obéir. Au-ra-t-il mal agi en adressant à Jésus une telle demande ? Elle devait également demander de ne plus revivre la tragédie du Calvaire…

*****

« Il m’a été ordonné de dire à Jésus de s’en aller, de ne plus me parler. Je ne comprends pas bien, je ne sais pas si c’est pour toujours ou simplement les vendredis. Cet ordre a donné lieu à des doutes et à davantage de souffrances. J’ai obéi promptement, car si j’avais un vouloir et si cela dépendait de moi, cela ferait déjà bien longtemps que je n’aurais plus de colloques avec Jé-sus, ou peut-être même que je ne les aurais ja-mais eus. Je le Lui ai demandé dès mercredi et de nouveau hier, jour de la fête du Corps et du Sang de Jésus, plus d’une fois :

Mon Jésus, on me demande de Vous dire de Vous en aller, je ne sais pas si c’est seulement les vendredis ou si c’est pour toujours. Mais Vous, qui savez tout, acceptez comme on me demande de le faire. Obéissez, mon Jésus : je resterai pour toujours votre victime.

J’avais beau essayer de détruire en moi et d’oublier les sentiments du Jardin des Oliviers, mais je n’y parvenais pas. Je ressemblais à une branche, une branche fine et verte qui se tord dans tous les sens : c’étaient les souffrances de l’agonie de l’âme qui me tourmentaient ainsi. En d’autres moments, mon cœur semblait poignardé avec une telle violence qu’à peine sorti le cou-teau y pénétrait de nouveau. Et l’âme pleurait abondamment, comme si elle avait des yeux. Je sentais un cœur qui était comme le monde, mais plus dur qu’un rocher. L’âme pleurait et criait toujours vers le Père. Ce cri et ces larmes se sont poursuivis aujourd’hui sur le chemin du Cal-vaire. Quel tourment que le mien ! Je voulais écarter tous les sentiments de mon âme ; je ne voulais pas penser ni à la Croix ni au Calvaire et l’effort que je faisais était si grand que j’avais l’impression de marcher vers des terres lointai-nes.

Jésus, je n’en veux pas de ces sentiments ; sou-venez-Vous de l’ordre qu’il m’a été ordonné de vous transmettre.

Plus j’essayais d’éluder et d’oublier, plus vifs encore devenaient les sentiments. Et au fond de mon cœur une voix très meurtrie ma disait :

― Il n’y a pas de douleur semblable à la mienne !

Et plus encore je me sentais fortement traînée pour de dures cordes à une grande distance et je sentais mon visage frotter sur les pierres. Le cri de mon âme devenait de plus en plus douloureux. Si d’un côté je sentais du soulagement, pensant que Jésus ne viendrait plus me parler, d’un autre l’idée qu’Il reviendrait de nouveau, me tourmentais également.

Mon Dieu, si je pouvais fuir à Jésus et me ca-cher de Lui ! Mais, quelle triste agonie ! Nou-veaux sentiments pour mon âme : la Tête très Sainte de Jésus posée sur ma poitrine, comme s’Il était la croix ; de tous ses cheveux coulaient de copieuses gouttes de sang : c’était un bain de sang pour la terre. J’ai entendu Jésus appeler ; je sentais qu’il m’entourait. Je me suis efforcée, comme quelqu’un qui veut fuir et je suis restée sourde à sa divine Voix. Il a frappé, frappé dans mon cœur et m’a appelée :

― Ma fille, viens ici, viens là, je suis ton Jésus.

― Jésus, Jésus, je n’y vais pas. Allez-vous-en, laissez-moi en paix. Souvenez-Vous de ce que je Vous ai dit. Je veux obéir. Voyez combien je souffre, regardez mon agonie et la douleur de mon cœur.

Mais aussitôt un grand remords d’avoir dit à Jésus de me laisser en paix s’est emparé de moi. La colombe de mon cœur qui de temps en temps se manifeste, a ouvert largement ses longues ailes, a couvert mon cœur ― ses ailes le dépas-saient encore ― et, avec des lacets dorés qui pendaient de ses ailes, elle m’a attachée, puis, me tirait vers Jésus, car j’essayais toujours de le fuir.

― Ma fille, ma fille, viens ici, écoute ce que je te dis.

Ta douleur c’est pour le salut des âmes. C’est le Saint Esprit qui t’attache à moi par ses rayons d’amour et avec le même amour m’attire vers toi. Remplis-toi de Lui, de son feu et de son di-vin amour afin qu’ensuite tu le donnes aux âmes.

Écoute, ma fille : tu as déjà obéi. Ton obéissance t’a fait beaucoup grandir, elle t’a beaucoup fait grandir dans la vertu et l’a augmentée davan-tage, et augmenter aussi beaucoup plus ma gloire.

Moi aussi j’obéi, mais là je n’obéi pas tout de suite. Dans ma sagesse infinie, je vois que je ne dois pas obéir immédiatement. J’obéirai, je m’arrêterai de te parler, comme je te l’ai déjà promis, mais, quand cela sera, je te préviendrai. Ce que je fais c’est diminuer progressivement le temps de nos colloques.

Mon cœur brûlait comme s’il s’était trouvé au milieu de vives flammes, mais j’étais tranquille par rapport à ma résistance à Jésus.

Pardonnez-moi, Jésus : êtes-Vous triste parce que je vous ai dit de me laisser en paix ? Je n’ai pas pensé à ce que je disais, pardonnez, par-donnez-moi !

Jésus sourit amoureusement et, me serrant dans ses bras, Il a continué :

― Je me suis réjoui, au lui de m’attrister ; ta simplicité m’a consolée, ma fille, ange de pureté, ange de lumière, lumière qui illumine le monde et lui montre le Ciel. Souffre pour les âmes, console mon divin Cœur, donne-moi à elles. Ne pense pas qu’en arrêtant de te parler tes souf-frances vont diminuer. Oh ! non : ta crucifixion continuera jusqu’au dernier moment de ta vie.

― Oui, mon Jésus, tout ce que vous voudrez, pourvu que Vous soyez à mes côtés.

Dites-moi, mon Amour, je ne sais pas si oui ou non je dois écrire ce que Vous me dites. Ne vais-je pas désobéir à l’ordre qui m’a été donné ? Ô mon Jésus, pauvre de moi, si seulement je pou-vais Vous fuir : seulement ainsi j’obéirais !

Jésus a souri, puis il m’a dit :

― Tu ne peux pas me fuir ; seul le péché peut te séparer de moi, lui seul m’expulse de ton cœur.

Va, dicte tout. Si je veux que rien ne reste caché, moins encore ceci. C’est d’un grand profit pour les âmes et gloire pour ma divine cause.

Je vois tout. Sais-tu pourquoi je viens les ven-dredis te parler à cette heure-ci, à l’heure où j’ai remis mon Esprit à mon Père ? C’est pour re-nouveler en toi et rappeler ma divine Passion. Et de la même façon que j’ai ouvert le Ciel aux âmes, ainsi tu les conduis par le même chemin au Paradis.

Le calvaire, l’agonie, ne se limitent pas à quelques heures, à quelques jours, mais à de longues années. Souffre joyeuse, va en paix et reste cal-me : tu n’as pas désobéi, c’est Moi qui t’ai appe-lée, ce fut l’Esprit Saint qui t’a appréhendée.

Merci beaucoup, mon Jésus. Ne me manquez jamais ; faites que je vous sois fidèle jusqu’à la mort. »

12 janvier 2011

CATHERINE DE GENES

Laïque, Religieuse, Mystique, Sainte
1447-1510

Chers frères et sœurs,

Sainte Catherine de Gênes, mystique
Je voudrais vous parler aujourd'hui d'une autre sainte qui porte le nom de Catherine, après Catherine de Sienne et Catherine de Bologne ; je veux parler de Catherine de Gênes, connue surtout pour sa vision sur le purgatoire. Le texte qui décrit sa vie et sa pensée fut publié dans la ville ligure en 1551 ; il est divisé en trois parties : la Vie à proprement parler, la Démonstration et l'éclaircissement sur le purgatoire — plus connu sous le nom de Traité — et le Dialogue entre l'âme et le corps (cf. Livre de la Vie admirable et de la sainte doctrine, de la bienheureuse Catherine de Gênes, qui contient une démonstration et un éclaircissement utile et catholique du purgatoire, Gênes, 1551). Le rédacteur final fut le confesseur de Catherine, le père Cattaneo Marabotto.

Catherine naquit à Gênes, en 1447 ; dernière de cinq enfants, elle perdit son père, Giacomo Fieschi alors qu'elle était encore enfant. Sa mère, Francesca di Negro, lui inculqua une précieuse éducation chrétienne, au point que l'aînée des deux filles devint religieuse. A l'âge de seize ans, Catherine fut donnée en mariage à Giuliano Adorno, un homme qui, après diverses expériences commerciales et militaires au Moyen-Orient, était rentré à Gênes pour se marier. La vie matrimoniale ne fut pas facile, notamment en raison du caractère de son mari, qui s'adonnait aux jeux de hasard. Catherine elle-même fut poussée au début à conduire un type de vie mondaine, dans laquelle, toutefois, elle ne réussit pas à trouver la sérénité. Après dix ans, régnait dans son cœur un sens profond de vide et d'amertume.

Sa conversion commença le 20 mars 1473, grâce à une expérience particulière. S'étant rendue dans l'église de saint Benoît et au monastère de Notre-Dame des Grâces pour se confesser et s'étant agenouillée devant le prêtre, « elle reçut - comme elle l'écrit elle-même - une blessure au cœur d'un immense amour de Dieu », à travers une vision si claire de ses misères et de ses défauts et, dans le même temps, de la bonté de Dieu, qu'elle s'évanouit presque. Son cœur fut touché par cette connaissance d'elle-même, de la vie vide qu'elle conduisait et de la bonté de Dieu. De cette expérience découla la décision qui orienta toute sa vie, exprimée à travers les paroles : « Plus de monde, plus de péché » (cf. Vie admirable, 3rv). Catherine s'enfuit alors, laissant en suspens la confession. De retour chez elle, elle se réfugia dans la chambre la plus cachée et pleura longuement. A ce moment, elle fut instruite intérieurement sur la prière et prit connaissance de l'immense amour de Dieu pour elle, pécheresse, une expérience spirituelle qu'elle n'arrivait pas à exprimer par les paroles (cf. Vie admirable, 4r). C'est à cette occasion que lui apparut Jésus souffrant, chargé de la croix, comme il est souvent représenté dans l'iconographie de la sainte. Quelques jours plus tard, elle retourna chez le prêtre pour effectuer finalement une bonne confession. C'est là que commença sa « vie de purification » qui, pendant longtemps, lui fit éprouver une douleur constante pour les péchés commis et la poussa à s'imposer des pénitences et des sacrifices pour montrer à Dieu son amour.

Sur ce chemin, Catherine se rapprochait toujours plus du Seigneur, jusqu'à entrer dans ce qui est appelée une « vie unitive », c'est-à-dire un rapport d'union profonde avec Dieu. Dans la Vie, il est écrit que son âme était guidée et instruite intérieurement par le seul doux amour de Dieu, qui lui donnait tout ce dont elle avait besoin. Catherine s'abandonna de façon si totale entre les mains du Seigneur, qu'elle vécut, pendant environ vingt-cinq ans - comme elle l'écrit - « sans l'intervention d'aucune autre créature, instruite et gouvernée par Dieu seul » (Vie, 117r-118r), nourrie en particulier par la prière constante et par la communion reçue chaque jour, chose peu commune à son époque. Ce n'est que de nombreuses années plus tard que le Seigneur lui donna un prêtre pour prendre soin de son âme.

Catherine fut toujours réticente à confier et à manifester son expérience de communion mystique avec Dieu, en particulier en raison de la profonde humilité qu'elle éprouvait face aux grâces du Seigneur. Seule la perspective de lui rendre gloire et de pouvoir en faire bénéficier le chemin spirituel des autres la poussa à raconter ce qui se passait en elle, à partir du moment de sa conversion, qui est son expérience originelle et fondamentale. Le lieu de son ascension sur les cimes mystiques fut l'hôpital de Pammatone, le plus grand complexe hospitalier gênois, dont elle fut la directrice et l'animatrice. Catherine vit donc une existence totalement active, malgré cette profondeur de sa vie intérieure. A Pammatone, se forma autour d'elle un groupe de fidèles, de disciples et de collaborateurs, fascinés par sa vie de foi et par sa charité. Son mari lui-même, Giuliano Adorno, en fut conquis au point d'abandonner sa vie dissipée, de devenir tertiaire franciscain et de s'installer à l'hôpital pour apporter son aide à sa femme. L'engagement de Catherine dans le soin des malades se déroula jusqu'au terme de son chemin terrestre, le 15 septembre 1510. De sa conversion à sa mort, il ne se produisirent pas d'événements extraordinaires, mais deux éléments caractérisent toute son existence : d'une part l'expérience mystique, c'est-à-dire la profonde union avec Dieu, ressentie comme une union sponsale, et, de l'autre, l'assistance aux malades, l'organisation de l'hôpital, le service à son prochain, en particulier les plus démunis et abandonnés. Ces deux pôles — Dieu et son prochain — remplirent totalement sa vie, qui s'écoula pratiquement entre les murs de l'hôpital.

Chers amis, nous ne devons jamais oublier que plus nous aimons Dieu et sommes constants dans la prière, plus nous réussirons à aimer vraiment ceux qui nous entourent, qui sont proches de nous, car nous serons capables de voir dans chaque personne le visage du Seigneur, qui aime sans limites ni distinctions. La mystique ne crée par de distance avec l'autre, elle ne crée pas une vie abstraite, mais elle rapproche plutôt de l'autre, car on commence à voir et à agir avec les yeux, avec le cœur de Dieu.

La pensée de Catherine sur le purgatoire, pour laquelle elle est particulièrement connue, est condensée dans les deux dernières parties du livre cité au début : le Traité sur le purgatoire et le Dialogue entre l'âme et le corps. Il est important de noter que Catherine, dans son expérience mystique, n'a jamais de révélations spécifiques sur le purgatoire ou sur les âmes qui s'y purifient. Toutefois, dans les écrits inspirés par notre sainte, celui-ci est un élément central et la manière de le décrire possède des caractéristiques originales pour son époque. Le premier élément original concerne le « lieu » de la purification des âmes. A son époque, on le représentait principalement en utilisant des images liées à l'espace : on pensait à un certain espace, où se trouverait le purgatoire. Chez Catherine, en revanche, le purgatoire n'est pas présenté comme un élément du paysage des entrailles de la terre : c'est un feu non extérieur, mais intérieur. Tel est le purgatoire, un feu intérieur. La sainte parle du chemin de purification de l'âme vers la pleine communion avec Dieu, en partant de sa propre expérience de profonde douleur pour les péchés commis, face à l'amour infini de Dieu (cf. Vie admirable, 171v). Nous avons entendu parler du moment de la conversion, où Catherine ressent à l'improviste la bonté de Dieu, la distance infinie de sa propre vie de cette bonté et un feu brûlant à l'intérieur d'elle-même. Tel est le feu qui purifie, c'est le feu intérieur du purgatoire. Il y a là aussi un élément original par rapport à la pensée de son temps. En effet, elle ne part pas de l'au-delà pour raconter les tourments du purgatoire — comme c'était l'usage à l'époque et peut-être encore aujourd'hui — puis indiquer le chemin de la purification ou de la conversion, mais notre sainte part de la propre expérience intérieure de sa vie en chemin vers l'éternité. L'âme — dit Catherine — se présente à Dieu encore liée aux désirs et à la peine qui dérivent du péché, et cela l'empêche de jouir de la vision bienheureuse de Dieu. Catherine affirme que Dieu est si pur et si saint que l'âme avec les taches du péché ne peut se trouver en présence de la majesté divine (cf. Vie admirable, 177r). Et nous aussi nous sentons combien nous sommes distants, combien nous sommes emplis de tant de choses, qui ne nous laissent pas voir Dieu. L'âme est consciente de l'immense amour et de la parfaite justice de Dieu et, par conséquent, souffre de ne pas avoir répondu de manière correcte et parfaite à cet amour, et c'est précisément l'amour même pour Dieu qui devient flamme, l'amour lui-même la purifie de ses taches de péché.

On perçoit chez Catherine la présence de sources théologiques et mystiques auxquelles il était normal de puiser à son époque. On trouve en particulier une image typique de Denys l'Aréopagite, soit celle du fil d'or qui relie le cœur humain à Dieu lui-même. Quand Dieu a purifié l'homme, il le lie avec un très fin fil d'or qui est son amour, et il l'attire à lui avec une affection si forte, que l'homme est comme « dépassé et vaincu et tout hors de lui ». Ainsi le cœur de l'homme est-il envahi par l'amour de Dieu qui devient le seul guide, le seul moteur de son existence (cf. Vie admirable, 246rv). Cette situation d'élévation vers Dieu et d'abandon à sa volonté, exprimée dans l'image du fil, est utilisée par Catherine pour exprimer l'action de la lumière divine sur les âmes du purgatoire, lumière qui les purifie et les élève vers les splendeurs des rayons fulgurants de Dieu (cf. Vie admirable, 179r).

Chers amis, les saints, dans leur expérience d'union avec Dieu, atteignent un « savoir » si profond des mystères divins, étant imprégnés de leur amour et de leur connaissance, qu'ils sont une aide pour les théologiens eux-mêmes dans leur travail d'étude, d'intelligentia fidei, d'intelligentia des mystères de la foi, d'approfondissement réel des mystères, par exemple de ce qu'est le purgatoire.

Par sa vie, sainte Catherine nous enseigne que plus nous aimons Dieu et nous entrons en intimité avec Lui dans la prière, plus il se fait connaître et embrase notre cœur de son amour. En écrivant sur le purgatoire, la sainte nous rappelle une vérité fondamentale de la foi qui devient pour nous une invitation à prier pour les défunts afin qu'ils puissent parvenir à la vision bienheureuse de Dieu dans la communion des saints (cf. Catéchisme de l'Eglise catholique, n. 1032). Le service humble, fidèle et généreux, que la sainte prêta pendant toute sa vie dans l'hôpital de Pammatone est, par ailleurs, un lumineux exemple de charité pour tous et un encouragement en particulier pour les femmes qui apportent une contribution fondamentale à la société et à l'Eglise à travers leur œuvre précieuse, enrichie par leur sensibilité et par l'attention à l'égard des plus pauvres et des plus nécessiteux. Merci.

Benoît XVI : Audience générale du 12 janvier 2011

LA VIE ACTIVE ET LA VIE CONTEMPLATIVE

Explication...

La vie active est l'innocence de bonnes œuvres ; la vie contemplative est l'aspi-ration aux biens supérieurs. La vie active est pour beaucoup de gens, la vie contemplative est pour quelques-uns. La durée de vie est le bon usage des biens terrestres, la vie contemplative est la joie de ne vivre que pour Dieu.

La durée de vie c’est donner du pain aux affamés, enseigner à son prochain la parole de sagesse, corriger les égarés, appeler les orgueilleux dans la voie de l'humilité, amener ceux qui sont en conflit à la concorde, visiter les malades, enterrer les morts, libérer les prisonniers et les captifs, secourir tous ceux qui ont besoin d'aide, fournir à chacun de ce dont il a besoin.

La vie contemplative est de se consacrer sans réserve à l'amour de Dieu et du prochain, à se rassembler devant l'entreprise de livrer exclusivement aux joies du Créateur, de sorte que, en laissant de côté tous les soucis du monde, l'esprit n'est rien de plus que de chercher enflammer le désir de voir le visage de Dieu dans la vie contemplative, l'âme apprend à supporter patiemment le fardeau de la chair corruptible et aspire à participer aux chants des chœurs angéliques, le désir d'entrer dans la coexistence citoyens du Ciel et de profiter de l'immortali-té éternelle dans la présence de Dieu.

La vie active sert Dieu dans le travail de ce monde: les maisons pauvres et les habiller, leur donner à manger et à boire, les visiter et les consoler, leur donner une sépulture pratiques et toutes les autres œuvres de miséricorde.

Il y a deux sortes de contemplation : une vie de communauté de vie dans les monastères, tandis que d'autres prennent la vie solitaire, isolé de tout le monde.

Mais il est plus heureux et parfait de la vie contemplative que le travail. Tout comme l'aigle, en regardant les rayons du soleil, mais pas pour aller chercher la nourriture pour votre corps, si les saints tour, à l'occasion, la vie contemplative à la vie active, considérant que, bien que plus sublime et bénéfique, doit ce-pendant, dans une certaine mesure, ces produits de qualité inférieure.

saints hommes sortent de temps à autre, de l'intimité de la contemplation à la vie active, mais revenir à la louange de Dieu dans l'esprit de la rencontre, où ils reçoivent la force intérieure qui leur permet de travailler ici pour la gloire du Seigneur.

Et si la volonté de Dieu qui tour contemplatif, parfois la vie contemplative à la vie active à l'utilitaire suivant, est aussi la volonté de Dieu que, parfois, ne leur faisait peur, alors ils peuvent se reposer dans l'intimité la plus douce contem-plation.

Du livre : “Sur la manière de bien vivre” attribué à Thomas de Montefrio, moine : (125 à 128: 184 PL, 1276-1278) (article XII)