24 décembre 2011

SAINT ET JOYEUX NOËL


Oh! Sainte nuit de Noël
Qui nous as apporté le Sauveur!
Béni soit le Seigneur notre Dieu
Qui a bien voulu venir pour nous,
Pour nous sauver,
Pour nous apporter la joie de la rédemption…
Bénie soit celle « qui a cru »
Et qui l’a porté dans son sein !
Seigneur,
En cette sainte nuit de Noël,
Viens nous réveiller
Et nous montrer l’aurore d’un nouveau jour,
Le commencement de notre salut.
Gloire à Dieu au plus haut des Cieux ;
Paix sur la terre aux hommes, à tous les hommes
Que tu as créés pour toi, par amour !
SAINT ET JOYEUX NOËL !

20 juillet 2011

LE SANG DE L’AGNEAU - 3

(suite du Chapitre I)

“Mon cœur… laisse s’écouler une petite goûte de sang...”

Au moment où Alexandrina écrit pour son journal spirituel, un autre grave problème la contrarie : l’éloignement de son Directeur spirituel, le père Mariano Pinho — interdit par ses supérieurs de continuer à suivre la “Petite Malade de Balasar”. Elle s’en plein ce même jour :

« L’état de mon âme s’est ainsi aggravé depuis que j’ai appris combien on fait souffrir mon Père spirituel ; mais cela n’ébranle pas ma confiance en Jésus et je suis sûre qu’Il fera rejaillir son innocence ».

Quelques jours plus tard, Alexandrina revient sur l’état de son âme, su ce sang qui jaillissait abondamment et que maintenant semble tarir :

« Mon cœur continue comme une lampe affaiblie. De loin en loin il laisse s’échapper une petite goutte de sang que l’humanité vient aussitôt laper. Chacune de ses gouttes semble être la dernière. Je sens que mon cœur n’est attaché à la vie divine que par un fil très mince qui à la moindre tension peut se casser » [1].

Il ne reste plus grande chose de ce sang qui nourrissait l’humanité. Alexandrina s’en plaint, mais elle se plaint avec confiance : elle ne doute nullement de la miséricorde de divine, elle ne fait que constater que ce “fil très mince de la divine miséricorde” peut se rompre à tout moment, risquant ainsi de priver l’humanité de son aliment essentiel :

« Le mince fil de la vie divine qui attachait mon cœur, même si je ne le sens plus, je sais qu’il est toujours là. Je sens également qu’à chaque instant il menace de se rompre. La furie de la terrible tempête le pousse dans tous les sens. De l’endroit qu’occupait mon cœur, sortent de temps à autre quelques rares gouttes de sang. Je comprends, maintenant, combien l’humanité en a besoin : avec quelle frénésie elle vient avaler ces quelques gouttes !
Ô mon Jésus, n’abandonnez pas la pauvrette qui a toujours, et maintenant encore, confié en Vous. Même si je sens, au milieu des ténèbres, que tout semble perdu, je n’espère qu’en Vous seul. » [2]

L’angoisse d’Alexandrina était grande, et grandes étaient aussi ses souffrances, si grandes que le Seigneur a jugé bon de la consoler, de lui insuffler du courage :

« “Ma fille, ma petite fille, ne crains pas, ne crains pas, car tu n’as rien à craindre. Tu as en toi la force du Ciel et de la terre. La chair et le Sang de Jésus sont ton aliment. Incruste en ton cœur ma divine image et, lors des moments d’angoisse, regarde-la et contemple-moi crucifié. Aie courage ! C’est la vague de crimes qui recouvre le monde. Aie pitié de ma douleur. Répare, ma fille, répare pour les pécheurs. Aie courage ! Ma divine volonté s’accomplira. Ma fille, ma petite fille, mon amour !”
Il m’enlaçait, me caressait, m’embrassait, et en  même temps que je recevais les baisers de Jésus, je sentais entrer en mon cœur une grande force. Lui, et Lui seul est la force des faibles ! »[3]

À sainte Mechtilde d’Hackerborn, au XIIIe siècle, que nous avons déjà citée, le Seigneur répétait presque les mêmes phrases :

« Viens te repentir, viens te réconcilier, viens te consoler, viens te faire bénir. Viens, mon amie, recevoir tout ce que l'ami peut donner à celui qu'il aime. Viens, ma sœur, posséder l'é-ternel héritage que je t'ai acquis par mon sang. Viens, mon épouse, jouir de ma Divinité » [4].

Le cœur d’Alexandrina et le Cœur de Jésus vont s’unir à point tel qu’ils ne formeront plus qu’un seul, souvent rejoints par celui de Marie, formant ainsi une trinité très particulière et très unie.
Au mois de septembre 1943, Jésus lui dira :

― « Ma fille, amour, amour, amour. Ton cœur et le mien ne sont qu’un seul cœur ; tu es toute transformée en moi. Je suis ta vie. Tu n'as pas la vie humaine, tu as la vie divine. Tu n'as pas la vie de la terre, tu as la vie du ciel. Ta vie aura toujours des épines, une épine pénétrera une autre épine et ainsi crucifiée à ma ressemblance tu iras au ciel clouée sur la croix par amour pour moi. Demande-moi ma fille, demande tout ce que tu veux par le nom de mon sang divin et au nom des douleurs de ma sainte Mère, tu obtiendras tout » [5].

“Tu es toute transformée en moi”, lui affirma Jésus et, celle-ci n’est pas la seule fois où Il lui annonce cette transformation.
Mais cette transformation, cette “image” du Christ qu’elle incarne, sera même visible quelquefois pour certains de ceux qui l’ont visitée dans sa petite chambre de Balasar.
Un jour, un prêtre, théologien confirmé, visita la “Petite malade de Balasar”, lui posa de nombreuses questions, dont certaines représentaient de vraies difficultés théologiques et Alexandrina y répondit avec la simplicité et l’humilité qui lui étaient habituelles. Le prêtre, qui ne se considérait pas comme quelqu’un possédant la “science infuse”, était émerveillé par ses réponses simples et pleines de bon sens. Avant de prendre congé, il demanda à son hôte si elle acceptait de prier avec lui. Alexandrina accepta, bien entendu avec joie. Le prêtre s’agenouilla à côté du lit et tous deux récitèrent quelques prières. Au moment où il se levait pour prendre congé, sa surprise fut grande, car il ne voyait plus le visage d’Alexandrina, mais celui du Christ souffrant. Il en témoigna volontiers :

“Je suis professeur de théologie, mais jamais, m’a expliqué avec des paroles aussi simples et pourtant si justes ; le mystère de la Très Sainte Trinité, comme l’a fait Alexandrina”.
Jésus l’avait pourtant annoncé à plusieurs reprises qu’il en serait ainsi :
« Cette baume que je pose sur tes lèvres, c’est pour que celles-ci se fortifient et que tu puisses parler aux âmes de mon amour, que tu les conseilles avec la lumière de l’Esprit-Saint, afin qu’elles se réconcilient avec moi et suivent ma loi » [6].

Et encore :

« Heureuses celles (les âmes) qui viennent près de toi et que ton regard atteint ! C’est mon regard sur elles, ce sont mes tendresses et ma compassion. Je t’ai créée pour elles, pour cette sublime mission ».
« Je suis ta vie ; tu n’as pas de vie humaine, tu as la vie divine. Tu n’as pas la vie de la terre, tu vis la vie du Ciel ».

Ceci, le professeur de théologie l’ignorait. Toutefois, il faut le dire, il nous donne une grande leçon d’humilité et de loyauté : il a su accepter une évidence et, peut-être à cause de cette humilité et simplicité, le Seigneur lui accorda la grâce de voir sa sainte Face.
Nous lisons encore dans les écrits d’Alexandrina cette promesse de Jésus : “Demande-moi ce que tu voudras au nom de mon divin Sang”. C’est que le Sang rédempteur a une valeur inestimable, un mérite insondable.
Saint Bernard de Clairvaux, le grand Docteur de l’Église, commentant le Cantique des Cantiques, écrit :

« Mais si votre sang n'interpelle pour moi votre miséricorde, je ne serai point sauvé. C'est pour obtenir toutes ces grâces que nous courons après vous; accordez- nous ce que nous vous demandons, puisque nous crions vers vous » [7].

Parlant de ce Sang à nul autre comparable, sainte Catherine de Gênes, l’auteur du “Traité du Purgatoire”, dit dans ses “Dialogues” :

« Dieu ouvre en quelque sorte la veine et tire le sang à l'humanité ; et l'âme reste comme plongée dans un bain et, quand il n'y a plus de sang dans le corps, et que l'âme est toute transformée en Dieu, alors chacun s'en va en son lieu autrement dit : l'âme reste en Dieu, et le corps va au sépulcre » [8].

Parlant de son Sang rédempteur, le Sang qu’il a si généreusement versé jusqu’à la dernière goûte, Jésus dit un jour à sainte Gertrude d’Helfta :

« Par mon Saint-Esprit, je te ferai ma fiancée je t’attacherai à moi par une union inséparable. Tu demeureras chez moi, je t’enfermerai dans mon vivant amour. Je te revêtirai de la pourpre glorieuse de mon sang précieux. Je te ferai une couronne d’un or choisi, de l’or de ma mort douloureuse. Pour moi-même j’accomplirai ton désir, et aussi je te réjouirai pour l’éternité » [9].

Voyons maintenant, plus attentivement le charisme très particulier dont nous avons parlé plus haut et qui est l’objet de notre humble travail : la transfusion.


[1] Sentiments de l’âme : 14 mai 1942.
[2] Sentiments de l’âme :  24 mai 1942.
[3] Sentiments de l’âme : 27 mai 1943.
[4] Sainte Mechtilde de Hackerborn : Le Livre de la grâce spéciale, Deuxième partie, chapitre I, 1.
[5] Sentiments de l’âme :  18 septembre 1943.
[6] Sentiments de l’âme :  1er septembre 1950.
[7] S. Bernard de Clairvaux : Sermon XXII sur le Cantique dês Cantiques.
[8] Sainte Catherine de Gênes : Dialogues, chap. 9.
[9] Sainte Gertrude d’Helfta : Les Exercices, 3.

11 juillet 2011

LE SANG DE L'AGNEAU - 2

Comment cela commença

Vers le mois d’avril 1942, Alexandrina commença à vivre la destruction de son propre corps, comme elle-même nous le dit :
« Depuis le Vendredi-Saint j’ai commencé à me sentir morte sur le calvaire au milieu des plus denses ténèbres et dans un grand abandon. Tous les lions se sont acharnés sur moi. Mon corps n’a pas eu de sépulture ; les oiseaux de nuit, malgré les noires et denses ténèbres, venaient manger mon cadavre » [1].
Alexandrina venait de terminer de vivre la passion, comme tous les vendredis, mais cette fois-ci la passion n’eut pas la conclusion habituelle. Elle l’explique dans le journal du même jour :
« Je suis restée longtemps dans cette souffrance et maintenant encore je sens ces oiseaux enfoncer leur bec dans mes os, les réduisant en cendres. La croix où j’ai été clouée est tombée à terre, mais je sens encore qu’une partie de mon corps reste prisonnier des clous »[2].
Cette partie du corps qui est encore prisonnière des clous, va devenir, pour ces oiseaux — qui représentent l’humanité — d’un intérêt primordial alimentaire, pourtant de survie :
« Ces oiseaux — poursuit Alexandrina — ont encore beaucoup à becqueter dans mon corps qui n’a aucune vie sur terre, seul mon cœur semble avoir vie, mais une vie qui n’est pas humaine, c’est la vie divine et cette vie divine lui procure du sang et je sens que l’humanité entière vient boire à cette vie divine, comme des petits oiseaux. »
Déposé — sans sépulture — au milieu d’un vaste cimetière, le corps d’Alexandrina va, petit à petit, se transformer en cendres, sans, néanmoins, que l’humanité, représentée par ces rapaces, continuent de s’alimenter dans ce corps en décomposition, où il ne reste plus le “cœur [qui] semble avoir vie, mais une vie qui n’est pas humaine, c’est la vie divine et cette vie divine lui procure du sang et je sens que l’humanité entière vient boire à cette vie divine, comme des petits oiseaux”.
Mais, quelque chose de plus douloureux ressort de ce constat :
« Je sais maintenant que ce ne sera que quand ces oiseaux nocturnes auront réduit mon corps en cendres que je pourrai partir ».
Une autre constatation importante, qui aura des répercussions futures est celle-ci :
« Je ne me sens plus sur la croix : c’est toujours cette souffrance que je viens de décrire. Mais celle-ci n’est pas moins douloureuse ».
Ceci veut dire, ou signifie, que la passion vécue jusqu’alors par Alexandrina — passion visible, bien entendu — va se terminer, mais qu’elle sera remplacée par une autre passion, vécue elle aussi, non seulement tous les vendredis, mais toutes les fois que le Seigneur la jugera opportune et l’exigera de sa victime, pour le salut des âmes pécheresses. Cette nouvelle façon de vivre la “passion” du Seigneur, durera jusqu’à la mort de la “Victime de Balasar”, selon ce qu’elle a expliquée, elle-même, au père Umberto Pasquale qui l’interrogea à ce sujet :
« Autrefois, ces sentiments et souffrances (relatifs à la passion) je les souffrais spécialement pendant les trois heures du vendredi, de 12 à 15 heures ; les souffrances de la passion se succédaient dans un ordre logique, maintenant ce n’est plus le cas. L’épouvante que me causent ces douleurs est pour ainsi dire permanente : les mardis, les mercredis, les jeudis et même les vendredis : à des heures bien particulières je souffre tel ou tel moment de la passion » [3].
Lors du procès informatif mené par le diocèse de Braga, Deolinda da Costa, sœur d’Alexandrina, témoigna :
« Après 1942 les manifestations extérieures de la Passion ont cessé mais jusqu’à la mort elle en a vécu intérieurement les tourments. Ces « extases douloureuses », comme on les appelle, je crois, ont continué jusqu'à sa mort » [4].
L’affirmation ci-dessus annonce également la prochaine consécration du Monde au Cœur Immaculé de Marie, étant donné que la passion visible, telle que la vivait Alexandrina, était un “signe” visible donné par Jésus pour confirmer la véracité de son désir de voir le monde consacré à sa Mère bénie, demande qu’Il avait confiée à Alexandrine depuis 1635.
Poursuivant la description de l’état de son âme dans ce cimetière où elle n’avait pas été ensevelie, elle écrit encore dans son journal spirituel :
« Je sens les lions qui profitent autant qu’ils peuvent de cette chair, mais cette chair pourrit déjà, elle est puante, et ces oiseaux, enfoncent leurs longs becs dans les os et les taraudent. Vous ne pouvez pas comprendre combien je souffre : moi-même je ne sais pas l’expliquer ».
L’état de l’âme d’Alexandrina est vraiment affligeant et insupportable, car le 6 mars de cette même année 1942, elle écrit dans son Journal un cri qui semble venir du plus profond de son âme :
« Ô ténèbres, ô ténèbres épaisses et affligeantes ! Ô Ciel, ô Ciel, donne-moi ta lumière !
Mon cœur est tellement blessé que l’on dirait qu’il n’a même plus la forme d’un cœur humain. Toutefois, il est comme une source abondante de sang. C’est la vie divine qui le fait ruisseler. Je sens que toute l’humanité y boit avidement, de peur que le sang cesse de couler » [5].
“Mon cœur — dit-elle – est comme une source abon-dante de sang”. Mais il n’en sera pas toujours ainsi, car la “source” va diminuer de volume et ce sang qui d’elle coulait, s’écoulera avec parcimonie, au point qu’une intervention divine soit nécessaire : la transfusion du Sang divin vers le cœur — et même vers le corps — d’Alexandrina.
C’est à cette “transmission” ou transfusion que nous allons consacrer ce travail — comme déjà dit par ailleurs —, étant donné qu’il n’est pas fait mention, dans les annales de l’Église Catholique qu’un tel charisme ait été accordé à un bienheureux ou à un saint, par le passé : que Jésus alimente l’une de ses âmes victimes faisant passer de son propre Cœur vers le cœur de celle-ci le sang qui lui permettra de poursuivre sa mission de salut et de rédemption, de racheter un plus grand nombre d’âmes pécheresses ; de participer activement à l’œuvre de Rédemption du Sauveur.
Nous avons interrogé un certain nombre de spécialistes en théologie ascétique et mystique, nous avons nous-même fait des recherches dans ce sens, mais nous n’avons pas trouvé ce charisme chez d’autres saints, sauf chez la bienheureuse Angèle de Foligno — comme déjà dit —  et, sur une autre forme encore, chez sainte Mechtilde de Hackerborn, où certaines ressemblances existent, il est vrai : elle “plongeait” dans le Cœur divin pour y reprendre des forces, surtout spirituelles :
« Enfin [Jésus] unit son très doux Cœur à celui de sa bien-aimée ; il lui appliqua le fruit de tout son travail de méditation, de dévotion, d'amour, el l'enrichit de tous ses biens. Alors cette âme tout entière, incorporée au Christ Jésus, fondue par l'amour, comme la cire par le feu, recul le sceau de la ressemblance divine. C'est ainsi que celle bienheureuse devint une même chose avec son Bien-aimé » [6].
Plus tard, à cette même Sainte, le Seigneur dira que quand une âme est admise dans son intimité, “il s'est donné lui-même de nouveau, avec tout ce qu'il est [Corps et Sang], pour être votre consolateur”[7].


[1] Sentiments de l’âme : 3 avril 1942.
[2] Idem.
[3] Père Umberto Maria Pasquale, sdb : La passion de Jesus en Alexandrina.
[4] Summarium :  pag. 223.
[5] Sentiments de l’âme  : 6 mai 1942.
[6] Sainte Mechtilde de Hackerborn : Le Livre de la grâce spéciale ; Première partie, chapitre I.
[7] Sainte Mechtilde de Hackerborn : Le Livre de la grâce spéciale ; Première partie, chapitre XXII, 41.

LA NUIT OBSCURE - 1

Travers des commençants

Quelques-unes des nombreuses imperfections dans lesquelles les débutants tombent par rapport aux sept péchés capitaux.
Les pratiques saintes portent à l'humilité, et cependant, comme nos débutants se sentent pleins de ferveur et de zèle pour les choses spirituelles et les exercices religieux, il advient, par un effet de leur imperfection, qu'un rejeton d'orgueil se fait secrètement jour dans leur cœur. Vous les verrez très satisfaits d'eux-mêmes et de leurs œuvres : ils éprouvent un désir plein de vanité de parler devant d'autres des choses spirituelles, un penchant à enseigner plutôt qu'à s'instruire, à condamner intérieurement ceux qu'ils ne voient pas pratiquer le genre de dévotion qu'ils apprécient.
Souvent le démon, en vue de faire grandir en eux l'orgueil et la présomption, accroît leur ardeur pour telle ou telle œuvre extérieure, car il sait très bien que les bonnes œuvres et les pratiques de vertu accomplies dans ces conditions n'ont aucune valeur et sont même mauvaises.
Leurs maîtres spirituels viennent-ils à désapprouver leur esprit et leur conduite, ces débutants, qui entendent qu'on estime et qu'on loue leur spiritualité, déclarent que leurs confesseurs – ou leurs supérieurs – ne les comprennent pas et qu'ils ne sont pas spirituels, puisqu'ils ne les approuvent ni ne les favorisent. Là-dessus ils se mettent en quête d'autres maîtres plus à leur goût, car c'est la pente de l'esprit humain de communiquer volontiers avec les personnes qu'on voit disposées à vous louer et à canoniser vos voies. Ceux-ci fuient comme la mort les maîtres qui, pour les mettre dans un chemin sûr, visent à les rabaisser, et ils les prennent quelquefois en véritable aversion. Leur présomption fait qu'ils se proposent d'ordinaire de grandes choses, mais ils n'en réalisent qu'une très faible partie. Ils s'efforcent de captiver l'attention et la préférence des confesseurs, d'où naissent des jalousies et des inquiétudes sans fin. Parfois ils vont trouver un confesseur étranger pour s'accuser à lui de ce qui les humilie : ainsi leur confesseur ordinaire ne verra en eux que vertu...
Tantôt ils se soucient peu des fautes dans lesquelles ils tombent, tantôt ils s'attristent outre mesure de se voir encore sujets à des défauts ; car, dans leur pensée, ils devraient déjà être des saints... Ils détestent donner des louanges aux autres et aiment extrêmement qu'on les loue. De ces imperfections, il en est qui passent à d'autres, bien plus graves. Elles ont des degrés divers.
Ceux qui, en ce même temps, s'attachent à la perfection véritable procèdent d'une tout autre manière et sont dans une disposition d'esprit bien différente. Comme ils sont très humbles, ils ne font aucune estime de leurs propres voies. Dans la sérénité de leur humilité, ils ont grande envie qu'on leur donne un enseignement dont ils puissent profiter, bien différents de ceux dont nous avons parlé, qui voudraient en remontrer à tout le monde et qui, au moment où vous vous disposez à leur enseigner quelque chose, vous coupent la parole comme sachant déjà parfaitement ce dont il s'agit.

(Saint Jean de la Croix : La nuit obscure, Introduction)

10 juillet 2011

TOUT DONNER...

Si nous faisions de généreux efforts...

Parlons maintenant de ceux qui commencent à être les esclaves de l'amour; car, selon moi, c'est être esclave de l'amour que de se déterminer à suivre par ce chemin de l'oraison Celui qui nous a tant aimés. C'est là une dignité si haute, que je ne saurais y penser sans une joie extraordinaire. Il suffit de se montrer fidèle dans ce premier état, pour voir bientôt s'évanouir la crainte servile.
O Seigneur de mon âme! ô mon Bien! pourquoi n'avez-vous pas voulu qu'une âme résolue de vous aimer, prête à tout quitter pour mieux concentrer en vous ses affections, ait soudain le bonheur de s'élever à ce parfait amour? J'ai mal dit; je devais dire, en faisant retomber sur nous la plainte: Pourquoi ne voulons-nous pas? Car à nous seuls est la faute, si nous n'arrivons pas en peu de temps à cette dignité sublime, à ce véritable amour, source de tous les biens. Nous mettons notre cœur à si haut prix! nous sommes si lents à faire à Dieu le don absolu de nous-mêmes! nous sommes si loin de la préparation qu'il exige! Or, Dieu ne veut pas que nous jouissions d'un bonheur si élevé, sans le payer d'un grand prix. La terre, je le sais, n'a point de quoi l'acheter. Cependant, si nous faisions de généreux efforts pour nous détacher de toutes les créatures, pour tenir habituellement au ciel nos désirs et nos pensées; si, à l'exemple de quelques saints, nous nous disposions pleinement et sans délai; j'en suis convaincue, Dieu en fort peu de temps nous accorderait un tel trésor.
Mais il nous semble lui avoir fait un entier abandon lorsque, nous réservant la propriété et le capital, nous lui offrons les fruits ou les revenus. Nous nous sommes dévoués à la pauvreté et c'est un acte très méritoire; mais souvent nous nous jetons de nouveau dans des soins et des empressements, pour ne manquer ni du nécessaire ni du superflu. Nous travaillons à nous faire des amis qui nous le donnent, et nous nous engageons ainsi dans des soucis et des dangers, plus grands peut-être que ceux que nous trouvions dans la possession de nos biens. Nous croyons également avoir renoncé à l'honneur du siècle en entrant dans la vie religieuse, ou en commençant à mener une vie spirituelle et à marcher dans le sentier de la perfection; mais, a-t-on porté la plus légère atteinte à cet honneur, nous oublions aussitôt que nous l'avons donné à Dieu: pour le reprendre et nous élever encore, nous ne craignons pas de le lui arracher des mains, comme on dit, nous qui, en apparence du moins, l'avions rendu maître de notre volonté. Ainsi en usons-nous dans toutes les autres choses.
Plaisante manière, en vérité, de chercher l'amour de Dieu! On le veut dans toute sa perfection et sur-le-champ, et l'on conserve cependant ses affections; on ne fait aucun effort pour exécuter les bons désirs, ni pour achever de les soulever de terre, et avec cela on ose prétendre à beaucoup de consolations spirituelles! Cela ne saurait être, et de telles réserves sont incompatibles avec le parfait amour.
Ainsi, c'est parce que nous ne faisons pas à Dieu le don total et absolu de nous-mêmes, qu'il ne nous donne pas tout d'un coup le trésor d'un parfait amour. Plaise au Seigneur de nous le départir goutte à goutte, dût-il nous en coûter tous les travaux du monde! C'est une très grande miséricorde de sa part de donner à quelqu'un la grâce et l'énergique résolution de tendre de toutes ses forces à ce bien. Qu'il persévère, et Dieu, qui ne se refuse à personne, fortifiera peu à peu son courage, de manière à lui faire enfin remporter la victoire. Je me sers à dessein de ce mot courage; car, dès le principe, le démon, connaissant le dommage qui doit lui en revenir, et sachant que cette âme en sauvera un grand nombre d'autres, s'efforce de lui fermer, par mille obstacles, l'entrée du chemin de l'oraison. Mais si celui qui commence fait, avec l'aide de Dieu, de persévérants efforts pour s'élever au sommet de la perfection, jamais, à mon avis, il ne va seul au ciel. Il y mène après lui une troupe nombreuse; comme à un vaillant capitaine, Dieu lui donne des soldats qui marchent sous sa conduite. Ainsi, pour ne pas reculer devant tant de périls et de difficultés, il lui faut un très grand courage et un secours signalé du Seigneur.

(Sainte Thérèse d’Avila : Livre de la Vie, cha. 11)

04 juillet 2011

LE SANG DE L'AGNEAU


Alexandrina Maria da Costa
« Ce sont ceux qui viennent de la grande épreuve : ils ont lavé leurs robes et les ont blanchies dans le sang de l'Agneau ». (Ap. 7, 14)

Présentation

La vie d’Alexandrina Maria da Costa est une source inépuisable d’“eau vive” à laquelle on peut “boire” beaucoup d’eaux très différentes, mais toutes salutaires et sanctifiantes.
Les charismes dont elle a bénéficié sont nombreux et, chacun d’eux mériterait une étude approfondie de la part d’auteurs compétents et versés en ascétique et mystique : ils y trouveraient matière à une réflexion intense, mais aussi des merveilles divines qui les instruiraient dans cette science dont ils sont des maîtres incontestés.
Nous ne possédons pas cette science, mais nous osons en parler et partager avec ceux qui liront ces pages, notre amour envers Alexandrina, “canal” incontestable des grâces et sciences divines. Pour cela même, et pour éviter des commentaires qui pourraient “scandaliser” ceux qui en cette même matière sont des spécialistes, nous utiliserons, tant que cela nous sera possible, les textes de la “Petite Malade de Balasar” qui, plus que nous, même si elle ne possédait que l’instruction primaire la plus rudimentaire, est “doctoresse en sciences divines”, comme Jésus lui-même l’a affirmé à plusieurs reprises.
Le titre donné à ce travail pourra surprendre ceux qui connaissent peu — ou même rien du tout — de la vie et des charismes d’Alexandrina, mais, nous sommes certains que la lecture terminée, ils auront compris le pourquoi du titre et nous espérons également que chacun puisse s’émerveiller de tout ce que le Seigneur a opéré d’extraordinaire et de notable en cette âme d’exception.
Nous n’avons pas le moindre scrupule à affirmer que les écrits d’Alexandrina ne souffrent d’aucun ombre quand placés à côté de ceux des plus grands mystiques de l’Église catholique, tels que sainte Thérèse d’Avila, docteur de l’Église, saint Jean de la Croix, la bienheureuse Angèle de Foligno, sainte Gertrude la “grande” ou sainte Mechtilde d’Hacker-born, car il est facile de remarquer aisément que la “Source” est la même et que par cette raison même la “concurrence” ne se justifie pas.
Alexandrina, tel que l’a dit Jésus, est en vérité une “Maîtresse en Sciences divines”[1].
La matière que nous chercherons à développer ici n’est pas des plus faciles, mais nous espérons qu’avec l’aide de Dieu, la protection et l’inspiration de la bienheureuse Alexandrina, nous pourrons en dire quelque chose et expliquer le charisme extraordinaire que peu ou même aucun mystique — sauf peut-être la bienheureuse Angèle de Foligno — n’a bénéficié : la transfusion du Sang divin comme aliment de l’âme mais aussi du corps de son épouse de Balasar, comme nous le verrons plus loin.
Pour ce qui concerne la bienheureuse Angèle de Foligno, nous avons trouvé dans le livre de ses “Visions et instructions” ce court et unique texte qui fait référence à ce charisme qui ne semble pas avoir duré bien longtemps, étant donné que dans le reste de l’œuvre on n’en trouve pas trace :

« Comme j'étais debout dans la prière, le Christ se montra à moi et me donna de lui une connaissance plus profonde. Je ne dormais pas. Il m'appela et me dit de poser mes lèvres sur la plaie de son côté. Il me sembla que j'appuyais mes lèvres, et que je buvais du sang, et dans ce sang encore chaud je compris que j'étais lavée. Je sentis pour la première fois une grande consolation, mêlée à une grande tristesse, car j'avais la Passion sous les yeux. Et je priai le Seigneur de répandre mon sang pour lui comme il avait répandu le sien pour moi » [2].

Eugenia Signorile, grande spécialiste de la Bienheureuse de Balasar, dans son excellent livre “Seulement par amour !” évoque longuement ce phénomène mystique exceptionnel. Elle l’annonce ainsi :

« Le phénomène de l’Eucharistie réelle donné mystiquement s’était déjà vérifié avec quelques âmes très élevées dans la spiritualité, dotées d’une sensibilité spéciale pour les réalités célestes. Par exemple, sainte Véronique Giuliani, sainte Gemma Galgani, et en 1916 Jésus a choisi la petite Lucie de Fatima pour se donner à elle par l’intermédiaire de l’Ange du Portugal. Mais la bienheureuse Alexandrina reçoit encore un autre aliment pour le corps et pour l’âme : un ensemble de sang, vie, amour, sous la forme d’une vraie transfusion de sang et une effusion d’amour. C’est la première âme mystique à jouir d’un tel phénomène »[3].

L’un des plus grands Docteurs de l’Église, sainte Catherine de Sienne, parle du Sang du Seigneur et de ses effets, en ces termes :

« Ce sang précieux est la source de tout bien ; il sauve et rend parfait tout homme qui s'applique à le recevoir ; il donne la vie et la grâce avec plus ou moins d'abondance, selon les dispositions de l'âme ; mais il n'apporte que la mort à celui qui vit dans le péché. C'est la faute de celui qui vit dans le péché. C'est la faute de celui qui reçoit, et non pas la faute du sang ou la faute de ceux qui l'administrent ; ils pourraient être plus coupables sans en altérer la vertu ; leur péché ne peut nuire à celui qui reçoit, mais à eux seulement, s'ils ne se purifient pas dans la contrition et le repentir » [4].

Nous pouvons — et devons peut-être — nous demander et demander à ceux qui pourraient douter un instant de la véracité d’un  tel charisme : “Que dit l’Évangile à ce sujet ?” La réponse nous surprendrait vraiment. Écoutons ce que nous en dit Jésus Lui-même :

“En vérité, en vérité, je vous le dis, si vous ne mangez la chair du Fils de l'homme et ne buvez son sang, vous n'aurez pas la vie en vous. Qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle et je le ressusciterai au dernier jour. Car ma chair est vraiment une nourriture et mon sang vraiment une boisson. Qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui”[5].

Ce charisme semble avoir été précédé de prémices diverses qui, ne l’annonçant pas — il n’était pas connu — préparaient toutefois sa venue de façon durable.
Il est utile de faire remarquer que les textes tirés des écrits d’Alexandrina que nous allons vous présenter par la suite ne seront pas sortis de leur contexte, car cela risquerait de nuire à la bonne compréhension de ceux-ci et même perturber le lecteur. Il ne faudra donc pas s’étonner si certains seront plus longs que d’autres.
Ces textes seront maintenus dans l’ordre chronologique où ils se trouvent dans le journal spirituel d’Alexandrina.


[1] Sentiments de l’âme : 15 décembre 1944.
[2] Bienheureuse Angèle de Foligno : Visions et révélations ; chap. 14.
[3] Eugénia Signorile: Seulement par amour. ChaP. 9.
[4] Sainte Catherine de Sienne : Dialogue, chap. XIV, 3.
[5] S. Jean : 6, 53-56.

24 juin 2011

PARTAGER LES DOULEURS DE MARIE

« Je veux t'associer à moi... »

La Petite-Maman m’a prise dans ses bras comme une petite enfant, m’a caressée et m'a embrassée très tendrement.

J’ai pu voir que son Cœur très saint était tout criblé de flèches. Et, pleine de compassion, pendant qu'elle m'embrassait, je les Lui enlevais, avec beaucoup, beaucoup de précaution et les plantais ensuite dans mon propre cœur.

— O non, ma Maman chérie, l'enfant qui aime sa mère, s'il le peut, ne la laisse pas souffrir. Je veux, moi, endurer vos douleurs et celles de Jésus.

― Je veux, mon enfant, t'associer à moi et je veux que tu répares, par ta souffrance, pour le Cœur de mon Jésus : Il est si offensé ![1] Souffrons ensemble, unies dans la même douleur, comme un seul cœur.
Si seulement tu savais combien l'acte héroïque de ta bonté qui consista à m'enlever les flèches si aiguës qui me blessaient terriblement, réjouit mon Cœur et celui de Jésus ! Comme récompense Je t'offre mon amour, Je te donne tout ce que J'ai : distribue-le comme tu le voudras ; donne-le comme prix à ceux que tu aimes et qui te défendent. Moi aussi je les aime et Je leurs promets ma protection, ainsi que celle de Jésus...[2]


[1] Rappel du message de Marie à Fatima.
[2] Journal du 3 août 1949.

LES CINQ PREMIERS JEUDIS

  • « Mon enfant,... fais que Je sois aimé... »


― Mon enfant,... fais que Je sois aimé, consolé et réparé dans mon Eucharistie. Dis, en mon Nom, qu'à tous ceux qui, remplis d'une sincère humilité et d'un fervent amour, feront, pendant les cinq premiers jeudis de cinq mois consécutifs, une bonne communion, et passeront une heure d'adoration devant mon Tabernacles, intimement unis à Moi, Je leur promets le Ciel.

Dis aussi à tous qu'à travers l'Eucharistie ils honorent mes saintes Plaies... Qu'au souvenir des mes Plaies, ils unissent celui des Douleurs de ma Très Sainte Mère. A tous ceux qui demanderont des grâces spirituelles ou corporelles, Je promets de les exaucer, à moins que celles-ci portent préjudice au salut de leurs âmes. Au moment de leur mort ma Très Sainte Mère viendra avec Moi, afin de les défendre...[1]

  • « Courage, ma fille... »

Courage, ma fille, courage, épouse si chère ! Offre-moi ta douleur, offre-moi ton martyre, ta croix sans pareille. Tu n'est pas seule sur celle-ci, comme je te le fais sentir : je suis avec toi et veille sur toi, ainsi que ma Mère bien-aimée. Te souviens-tu comment Elle t'est apparue dans la nuit du 16 au 17 en Immaculée Conception, titre que toi tu aimes tout particulièrement ? Elle est venue te réconforter, sans que tu le voies, Elle est venue veiller sur toi, comme une mère empressée veille auprès de son enfant endormi. Elle est venue te câliner et te couvrir de son manteau. Et toi, tu n'en a pas parlé dans le Journal que tu as dicté : je ne veux pas que tu agisses ainsi.

Avec une grande tristesse je Lui ai dis :

― Pardonnez-moi, mon Jésus : j’ai douté de moi-même, je craignais qu'il ne s'agisse que d'un rêve. O combien j'en suis attristée ! Si Vous me réprimandiez pour mes péchés, je ne serais pas davantage attristée.

― Je ne te réprimande pas pour tes manquements : ceux-ci sont permis par moi; mais je te réprimande parce que je veux que tu dises tout ce qui se passe en toi: c'est pour le bien des âmes.[2]


[1] Journal du 25 février 1949.
[2] Journal du 20 mai 1949.

28 mars 2011

LA SPIRITUALITE DE PADRE PIO

On cherche Dieu à travers les livres; par la méditation on le trouve.
La vie du chrétien n'est qu'un effort perpétuel contre soi. L'âme ne s'épanouit qu'au prix de la douleur.
A quelqu'un qui craignait de s'être trompé, Padre Pio disait : "Tant que vous avez peur, vous ne pécherez pas." Cette personne ajouta — "Peut-être, mon Père, mais je souffre tellement". Certes, on souffre : mais il faut distinguer entre la crainte de Dieu et la peur de Judas. Trop de crainte nous fait agir sans amour ; trop de confiance nous empêche de pallier, avec une intelligente attention, au danger que nous devons dominer. Elles doivent s'aider l'une l'autre, comme deux sœurs...
Si vous réussissez à vaincre la tentation, c'est comme si vous laviez votre linge sale.
Celui qui ne médite pas — disait-il un jour — m'a tout l'air d'un homme qui ne se regarderait pas dans la glace avant de sortir, peu soucieux de sa tenue, et paraîtrait en négligé, sans le savoir.
La personne qui médite et tourne son esprit vers Dieu, qui est le miroir de son âme, dépiste ses fautes, les corrige de son mieux, modère ses impulsions et met sa conscience en ordre.
Quelqu'un demanda un jour au Père : "Comment peut-on distinguer la tentation du péché ? Comment être sûr de ne pas être tombé dans le péché ? "Le Père sourit et répondit : "Comment distinguez-vous un âne d'un être raisonnable ? — L'âne se laisse guider, tandis que l'être raisonnable tient les rênes. — Parfait, reprit le Père. — Mais pourquoi la tentation, une fois passée, laisse-t-elle une sensation de souffrance ? "Alors le Père donna un exemple : "Avez-vous jamais ressenti les effets d'un tremblement de terre ? Tout était sens dessus dessous, vous aussi, mais vous n'avez pas été enseveli sous les gravats."
Par notre calme et notre persévérance nous trouverons, non seulement nous mais nos âmes, et Dieu Lui même.
Un homme vint un jour prier le Padre de guérir sa mère, lui en montra la photo et dit "Si je le mérite, bénis-la." Père Pio répliqua : "Ma che merito ! En ce monde, nul de nous ne mérite rien. C'est le Seigneur qui est assez aimable, dans son infinie bonté, pour nous combler de ses grâces, parce qu'il pardonne tout."
Padre Pio abhorre la maxime : "Chacun pour soi; Dieu pour tous". C'est trop égoïste, trop de ce monde pour lui. Il lui oppose celle-ci, de son cru " Dieu pour tous : mais personne pour soi seul."
Un jour, "interviewé" sur la pénitence et la mortification, le Père s'exprima en ces termes : "Notre corps, c'est comme un âne qu'il faut battre, mais pas trop : parce que, s'il tombe, qui nous portera ?"
Le démon n'a qu'une porte pour entrer dans notre âme : la volonté ; il n'y a pas d'issues secrètes. Aucun péché n'est un péché sans le consentement. Quand il n'y a pas participation du libre arbitre, il n'y a pas péché, mais faiblesse humaine.
Quelqu'un se lamentait d'être torturé par le souvenir de ses fautes : "Ça c'est de l'orgueil, trancha le Père ; c'est le démon qui vous inspire ce sentiment, ce n'est pas une vraie tristesse. — Mais comment délimiterai-je ce qui vient du cœur, ce qui est inspiré par Notre Seigneur et ce qui, au contraire, ressortit au diable ? — A ce signe, sans hésiter : l'esprit de Dieu est un esprit de paix... L'esprit du démon excite, exaspère, nous injecte une sorte d'angoisse contre nous-même, alors que notre première charité nous concerne d'abord; donc, si certaines pensées vous agitent... tenez pour assuré qu'elles viennent du diable.
A quelqu'un qui avait charge d'âme et lui demandait comment agir envers ceux qui sont sourds aux appels de la vérité et de la bonté, le Padre répondit : "Essayez de les attirer par l'amour et la charité, donnant sans compter, et si vous échouez, grondez-les. Le Christ, notre modèle, a fait le Paradis, mais aussi l'enfer. "Une bonne réprimande est parfois plus nécessaire qu'un aimable rappel à j'ordre.
En certaines circonstances le Padre dit à ses enfants spirituels : "Du pain et des coups aident souvent à faire de beaux garçons."
Un jeune homme lui avoua qu'il craignait de l'aimer plus que Dieu. Ce à quoi le Padre répliqua : "Vous devez aimer Dieu d'un amour infini à travers moi. Vous m'aimez parce que je vous guide vers Dieu qui est le bien suprême. Je ne suis qu'un moyen. Si je vous guidais vers le mal, vous cesseriez de m'aimer."
Signorina Maria Pennisi, un jour, se plaignit de ne pouvoir demeurer loin de Padre Pio tant sa présence la rendait heureuse. Il observa : "Pour les enfants de Dieu il n'y a pas de distance." Comme elle ne paraissait pas convaincue, Père Pio sortit sa montre : "Dites-moi, que voyez-vous au milieu, là ? — Le pivot, mon Père. — Exactement. Le pivot est comme Dieu, inamovible, et les aiguilles courent, reliées au centre, et les aiguilles mesurent le temps. L'espace entre les chiffres et le centre est négligeable, en somme... Dieu est le centre, les chiffres les âmes, mais il y a aussi un Padre Pio qui fait le pont..."
La prudence a les yeux, l'amour les jambes. L'amour qui a les jambes voudrait courir à Dieu, mais son élan est aveugle et l'on trébucherait s'il n'était conduit par la prudence, qui a les yeux...
Une jeune et jolie femme, mariée à un membre du parlement qui mourut très jeune, écrasée de chagrin, souhaitait se retirer du monde et fonder un Ordre. Elle consulta Padre Pio : "Madame, avant de sanctifier les autres songez à vous sanctifier vous-même." Cette dame est aujourd'hui Carmélite.
A un franc-maçon converti, Padre Pio dit : "Tous les sentiments, quelle que soit leur source, ont du bon et du mauvais. A vous de n'assimiler que le bon pour l'offrir à Dieu."
Une dame voulut bien reconnaître qu'elle avait quelque penchant à la vanité, le Père commenta ainsi sa réflexion : "Avez-vous jamais vu un champ de blé en pleine maturité ? Vous remarquez que certains épis se tiennent bien droit ; d'autres ploient vers le sol. Essayez les plus fiers, vous vous apercevrez qu'ils sont vides, mais les fléchissants, les humbles, sont lourds de grain..."
Une dame demanda au Padre quelle prière Dieu appréciait le plus. Le Père répondit : "Toute prière est bonne quand elle est sincère et continue."
On lui répéta des phrases qui lui étaient attribuées. Alors : "On déforme souvent mes dires." Et quand on lui demandait des prières : "Je prierai pour vous. Mais vous, priez pour moi. Priez et priez encore, pour ne pas vous rouiller, pour rie pas me refroidir à votre endroit... Je vous paierai de la même monnaie."
L'homme, dit le Padre, est tellement orgueilleux que lorsqu'il est heureux et puissant, il se croit l'égal de Dieu. Mais, dans le malheur, abandonné à lui-même, il se souvient de l'existence de I'Etre suprême.

Dieu enrichit l'âme qui a fait le vide en elle.

Dans la vie spirituelle on doit toujours foncer, jamais reculer; sinon il arrive ce qui arrive quand un bateau perd son gouvernail, il est refoulé par les vents.
Ce n'est pas manquer de patience qu'implorer de Jésus la fin de nos maux quand ils excèdent nos forces; il nous restera toujours le mérite d'avoir offert notre souffrance...

Le mensonge est la progéniture de Satan.

La manie des "Pourquoi ?" a été calamiteuse pour le monde.

L'humilité est vérité. La vérité est humilité.

Une bonne action quel qu'on soit le motif, a pour mère la Providence.

La prière... est la clef qui ouvre le cœur de Dieu.

N'oubliez pas : l'axe de la perfection, c'est l'amour. Celui qui est centré sur l'amour vit en Dieu, car Dieu est amour., comme dit l'Apôtre.
En mars 1923 une pénitente demandait au Père ce qu'elle devait faire pour se sanctifier. "Dénouez vos liens d'avec le monde." Une amie, sachant la vie retirée qu'elle menait, fit un geste de surprise. Le saint se tourna vers elle et lui dit assez froidement : "Écoutez, on peut se noyer en haute mer, on peut aussi s'étrangler jusqu'à étouffement avec un verre d'eau. Où est la différence ? N'est-ce pas la mort des deux façons ?"
"Souvenez-vous, dit le Padre à un de ses pénitents, que la mère commence à faire marcher son enfant en le soutenant ; mais, plus tard, l'enfant doit marcher seul. Vous devez apprendre à raisonner sans aide."
A une zélatrice qui manifestait son regret de ne rien pouvoir faire pour lui : "Le général est seul à savoir quand et comment employer un soldat. Guettez votre tour."
"Pécher contre la charité, c'est comme si l'on trouait la pupille à Dieu", et il ajouta : "Qu'y a-t-il de plus délicat que la pupille de l’œil ? Péché contre la charité cela équivaut à un crime contre nature."
L'amour et la crainte doivent être connexes : la crainte sans amour devient couardise ; l'amour sans la crainte devient présomption. L'on ne sait plus où l'on va.
Sans obéissance, pas de vertu; sans vertu pas de bien. Sans bien pas d'amour. Sans amour pas de Dieu. Et sans Dieu, pas de Paradis.
Sur une image pieuse représentant la croix le Père écrivit un jour ces mots : "Le bois ne vous écrasera pas ; et si vous chancelez sous le faix, sa Puissance vous redressera."
Pour M. Andrea Lo Guercio, un visiteur venu d'Amérique, sur une reproduction du Sacré-Cœur "Humilité, pureté sont les ailes qui nous enlèvent vers Dieu et nous divinisent, presque. N'oubliez pas : mon sang !”
Un instituteur sicilien, très intelligent, qui enseignait depuis plusieurs années dans un joli bourg non loin de Bologne avait entendu parler de Padre Pio. Mais, rationaliste par principe et réaliste par éducation, rien ne l'attirait au Monte Gargano ; il lui semblait que tous ces racontars relevaient d'une mentalité "mystico-prélogique". Soyons juste, sa répugnance ne visait pas l'homme. Un jour, quelqu'un lui prêta Dal Dubbio alla Fede (Du doute à la foi) d'Alberto del Fante. Le soir du 27 août 1940, après en avoir terminé la lecture, il s'endormit tout plein de son sujet.
Vers trois heures du matin, le sentiment d'une présence le réveilla : en face de lui un Capucin, identique à celui de la couverture du livre, montait la garde. Il se frotta les yeux, pas très rassuré. "Seriez-vous par hasard Padre Pio ? demanda-t-il timidement. — Oui, répondit le moine en s'asseyant sur le bord du lit, parfaitement! Ne vous étonnez pas, ma mission consiste à consoler les affligés, spécialement les affligés en esprit. Je vois que vous cherchez loyalement le bonheur et la vérité, en d'autres termes, Dieu. Pour le bonheur, il faut attendre un peu, cette terre est une vallée de larmes où nous devons porter notre croix. Le bonheur en fait n'est pas de ce monde. Mais Dieu, vous le trouverez si vous voulez. Vous vous êtes trompé de route : la connaissance qui n'a pas pour objet CELUI QUI EST, à quoi bon ? Pauvre chose que la science, mon fils, moins que rien comparée au mystère formidable de la Divinité ! Suivez un autre sentier. Purifiez votre cœur de toute passion humaine. Humiliez-vous, priez, vous obtiendrez, je vous le certifie, la paix en ce monde et la béatitude éternelle. J'AI PARLÉ. Je dois partir, car d'autres malheureux languissent; auparavant, je bénis cette demeure où règnent la bonne volonté et la probité. LOUÉ SOIT JÉSUS-CHRIST !"
Dès que l'évocation eut disparu, l'instituteur sauta de son lit et nota tout ce qui lui avait été dit, tremblant d'oublier. Il lui sembla que l'on guidait sa main quand il n'était pas sûr du mot exact. Le matin, il se mit à feuilleter la Bible, et constata que, les prophètes emploient justement la formule CELUI QUI EST, formule à lui jusque-là inconnue, pour désigner Dieu. Il montra ces feuillets à del Fante qui lui confirma l'emploi fréquent de ce coupant "J'AI PARLÉ" quand un pénitent du Padre lui cherchait de mauvaises raisons. Les derniers mots de l'entretien "LOUÉ SOIT JÉSUS CHRIST" servent généralement de conclusions aux homélies franciscaines.
A signor Natal Selvatici, de Bologne, Arcovegio 1084 "N'oubliez pas que l'homme a un esprit, qu'il a un cerveau pour raisonner, un cœur pour sentir, qu'il a une âme. Le cœur peut être commandé par la tête, mais pas l'âme. Ainsi doit-il exister un Etre suprême qui la dirige..."
Dans la vie de l'esprit, plus on court moins on s'essouffle ; comme un prélude à l'éternelle paix, la joie décuple l'ardeur du fort autant que son ascèse l'épanouit.
A un pénitent qui avait précédemment vécu dans le vice, et qui lui demandait si, en changeant de vie, il obtiendrait son pardon et mourrait dans la foi, il répondit : "Les portes du paradis sont ouvertes là toute créature. Souviens toi de Marie-Madeleine."
A Signorina Carmencita Borgognos, secrétaire Je l'Action catholique à la paroisse de Cartegna, Espagne, avait écrit à Padre Pio ; il lui fit savoir qu'elle n'avait qu'à frapper à la porte du tabernacle, suppliant Jésus de l'aider en sa tâche d'apostolat et conclut : "La charité est l'étalon auquel Notre Seigneur mesure toutes choses."

Le temps qu'on perd en l'honneur de Dieu à récupérer des âmes n'est jamais bêtement perdu.

Enfouissez au fin "fond de votre esprit les, paroles de Notre Seigneur ; à force de patience, vous posséderez votre âme." Appelez-en à Dieu quand votre croix vous meurtrit... Vous imitez ainsi le Fils qui, à Gethsémani, implora quelque allégement. Mais, comme lui, soyez prêt à dire : Fiat !
Jésus vous guide vers le ciel par champs ou par déserts, quelle importance ?... Arrangez-vous avec les épreuves qu'il Lui plait de vous envoyer comme si elles devaient être les compagnes de toute votre vie... Au moment où vous vous y. attendrez le moins, les voilà résolues...

Les grands cœurs ignorent les griefs mesquins.

L'attrait de la paix éternelle est légitime et saint, mais doit être modéré par une totale résignation aux desseins du Très-Haut : mieux vaut accomplir la Volonté divine sur la terre que se réjouir au Paradis. "Souffrir et ne pas mourir" était le leitmotiv de sainte Thérèse. Le Purgatoire est un lieu de délices quand on le subit par choix d'amour.

Le démon est comme un chien à la chaîne; gardez vos distances, vous ne serez pas mordu...

Tentations, tracas, soucis, sont les armes de notre ennemi. N’oubliez pas : s'il fait tant de bruit, c'est signe qu'il est dehors et pas dedans. Ce qui doit nous effrayer, c'est que la paix et l'harmonie règnent entre notre âme et le démon.
Les tentations émanent de l'ignoble et des ténèbres; les souffrances du sein de Dieu : les mères arrivent de Babylone, les filles de Jérusalem. Méprisez les tentations, recevez les vicissitudes à bras ouverts. — Non. enfant, non ! Laisse le vent souffler : tu confondais le friselis des feuilles avec L'écho de la bataille.

Golgotha. Un sommet dont l'escalade nous réserve une vision béatifique de notre cher Sauveur.

Si Jésus se manifeste à vous, remerciez; s'il se dérobe, remerciez. C'est tout le jeu d'amour pour nous attirer suavement à son Père. Persévérez jusqu'à la mort, jusqu'à la mort avec le Christ sur la Croix.
Non seulement la divine Sollicitude ne repousse pas les âmes repentantes, mais elle part à la recherche des plus endurcis.
Le don sacré de la prière est dans la droite du Verbe, notre Sauveur; selon que vous videz votre Moi de vous même, c'est-à-dire de l'attachement des sens et de votre volonté propre, vous enracinant en la sainte humilité, le Seigneur parle à votre cœur.
Pratiquez avec persévérance la méditation, à pas menus, en attendant que vous ayez de bonnes jambes, ou plutôt des ailes... Ainsi de l’œuf pondu dans la ruche, qui deviendra tôt une abeille adulte, industrieuse de miel.
Le cœur de notre divin Maître ne connaît que la loi d'amour, de douceur, d'humilité. Mettez votre confiance en la divine bonté de Dieu, et soyez assuré que la terre et le ciel manqueront plutôt que la protection de votre Sauveur.
Cheminez simplement dans les voies du Seigneur, ne vous torturez pas l'esprit... Vous devez haïr vos péchés, mais avec une calme assurance, non pas avec une inquiétude lancinante...
Reposez comme la Vierge au pied de la Croix et vous serez consolés. Même là, Marie n'était pas abandonnée. Au contraire, son Fils l'aima plus encore pour ses souffrances.

Extraits du livre de C. Mortimer. Carty : PADRE PIO le stigmatisé.