06 mars 2010

GETHSÉMANI

L'AGONIE DE JÉSUS


Le texte qui va suivre fait partie de ces textes extraordinaires qui “peuplent” le Journal spirituel de la bienheureuse Alexandrina Maria da Costa que tous appellent volontiers Alexandrina de Balasar.
Alexandrina vivait la passion chaque vendredi et, après ce “vécu” très réaliste, et en extase, elle s’entretenait avec le Seigneur. Voici donc l’un de ces textes qui peut servir de méditation pour ce temps de carême.

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Mon âme a vu Jésus descendre les escaliers vers le Jardin des Oliviers. J’ai vu et j’ai senti la Petite-Maman, en bas des escaliers, enveloppée d’un manteau, les yeux pleins de larmes, fixer Jésus qui était déjà loin.
Quelle triste séparation !
Quelle douleur que celle de Jésus se séparant de sa Mère !
Il savait très bien que dans quelques heures, elle chercherait à l’embrasser, à le serrer dans ses bras, à le réconforter un peu, sans pouvoir le faire.
Je courre vers les souffrances avec une grande avidité de les saisir et en même temps il me semble qu’elles me fassent pleurer des larmes de sang que j’aimerais cacher.

Ô horreur, épouvantable horreur !
Je veux souffrir et je veux fuir la douleur.
Plus je souffre, plus je désire souffrir, mais je souffre terriblement. J’aime la douleur, je la veux, et pourtant j’en ai la plus grande terreur.
Tout me cause horreur : la mort, l’abandon, ô mon Dieu !
Je voyais les oliviers du Jardin, la lune pâlie et la brillance triste, comme triste était aussi le divin Cœur de Jésus. Tout paraissait triste parmi les branches des oliviers et, une telle tristesse invitait au silence et au recueillement.
À genoux, je lève mes yeux vers le Père éternel ; je lui fais mon signe de tout accepter. Je baisse les yeux, je me recueille en moi-même et j’étreins l’univers contre mon cœur. Je m’offre à la mort. J’attends mon heure.
Je sens et je vois les tourments qui m’attendent. Je sens que je suis prise comme cible : les pierres me blessent le cœur.
Combien de larmes de chagrin et de honte en me voyant revêtue de toutes les immondices et de me trouver dans un tel état en présence du Père éternel !
Prosternée jusqu’à terre, je sentais des tels déchirements et de telles secousses dans tout mon corps, que j’avais l’impression que les os allaient bientôt se rompre. C’était l’épouvante, c’était le pressentiment des souffrances...
Je suis écrasée entre le ciel et la terre ; je suis toute transformée et plongée dans les ténèbres.

Quelle chose horrible, mon Jésus !
J’ai peur de moi-même.
Qui sans Jésus pourrait supporter tant d’affliction ?
Qui pourrait vivre et cheminer à travers une obscurité si noire
sans garder les yeux fixés sur Jésus ?

L’amour me pousse vers la souffrance.
Les lèvres clos, les yeux fermés, je me dis à moi-même : “Je vais vers la mort”.
Je sens que je ne peux pas résister à tout...
Je ne peux plus rester sur cette terre...
Je veux laisser le monde et l’emporter avec moi ;
je n’en veux pas, mais je l’aime ;
je ne lui appartiens pas mais il est à moi ;
je déteste tout ce qui est du monde,
mais je veux embrasser le monde au point de ne plus le laisser...
Je veux entrer au ciel, mais avec toute l’humanité.

Mon âme pleure en silence,
elle cache ses gémissements,
elle voit les noires ténèbres de la mort,
elle voit déjà comment tous se préparent
pour me capturer et m’ôter la vie, coûte que coûte.

Jardin des Oliviers, Calvaire, mort, cruauté et détresse.

Combien énorme est le rocher mondial qui cache le ciel !
Combien souffrent mon corps et mon âme !
Combien Jésus a souffert ! Ingratitude du monde...

Il avait un regard très triste et il pleurait à grosses larmes…

Il a pleuré longtemps : son regard était triste : je sentais le déchirement de mes veines et une angoisse de mort.

Alexandrina Maria da Costa : “Sentiments de l’âme”.

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