20 février 2010

C’EST L’HEURE! -

LA DERNIÈRE JOURNÉE

C’est l’Heure !

C’est l’Heure de Jésus, l’Heure tant attendue que le Maître mentionnait souvent à ses disciples quand un danger se présentait. Alors, ce n’était pas l’Heure ; il n’y avait donc rien à craindre. Mais aujourd’hui, c’est l’Heure. Aujourd’hui Jésus va vivre le premier Jeudi-Saint.
Aujourd’hui, c’est un jour très particulier : c’est à la fois un jour d’attente douloureuse pour Jésus, mais aussi de grande joie, car ce soir, Il inventera l’Eucharistie. Ce jour, Jésus “l’a désiré d’un grand désir, pour manger la Pâque avec ses disciples avant de souffrir...” et donner son corps et son sang, qu’Il partagera ensuite avec tous les hommes, tout au long des siècles du monde. Ce jour, c’est le jour de l’Eucharistie. Demain, ce sera sa Grande Passion et notre salut.
Nous allons essayer de suivre le Seigneur durant tout ce jour. Jésus sait qu’Il va mourir ; dans moins de vingt quatre heures, tout sera accompli. Jésus connaît, ou pressent les tortures qui L’attendent. Il sait que son ami, Judas, “va lever le pied contre Lui” et Le trahir, et Le livrer aux mains de ses ennemis. Jésus sait...
Jésus, sait.
Il sait que ses apôtres, oubliant toutes leurs présomptueuses promesses de Le défendre et de mourir avec Lui, vont s’enfuir. Même Pierre, son Roc, va Le renier. Seul Jean, encore un enfant, va rester avec Lui et sa Mère. Jésus, sait qu’Il va sauver le monde, mais Il sait aussi que beaucoup d’hommes refuseront son Amour. Et cela Lui brise le Cœur.
Matin du premier Jeudi-Saint...
Jésus a encore une longue journée à attendre avant que se réalise son Grand Sacrifice. Toutes les journées d’attente sont pénibles, surtout quand on sait qu’elles doivent conduire à la mort. Jésus sait que ses amis et que la plupart de ses disciples, Il ne les reverra plus, avec son corps mortel, que chez Anne et Caïphe, chez Pilate, sur son Chemin de Croix ou au pied de la Croix...
“Au revoir” aux femes…
Jésus semble errer dans Jérusalem ; mais non, Il frappe à la porte de la maison du Cénacle où se sont réunies les femmes qui L’ont accompagné, qui L’ont servi pendant de longs mois : Il vient leur dire : “Adieu !” Un court dialogue s’engage :
— Mes amies, maintenant je dois partir, je dois rejoindre le Père. Je vous reverrai, mais plus tard, après la grande tourmente. Dans la paix, disons-nous adieu, non pas un adieu définitif, mais “à Dieu”, car voici que je vais au Père.
Les femmes se pressent autour de Jésus. Quelques-unes risquent des conseils inquiets de mères angoissées :
— Surtout, Jésus, sois prudent...
Les femmes écoutent Jésus et pleurent. Elles pleurent, mais elles ne savent pas très bien pourquoi. Plus fines que les apôtres, elles pressentent que quelque chose de grave se prépare, mais elles ne savent pas quoi: alors elles se contentent de pleurer et de L’aimer.
Jésus va aussi chez Lazare

Jésus va aussi chez Lazare, ressuscité depuis peu. Il va chez Lazare pour que, demain et les trois jours suivants, et quoi qu’il arrive, ce dernier reste chez lui, afin qu’il puisse, le moment venu, accueillir les disciples désemparés...
Jésus va vers Lazare, ressuscité ; Il va vers Lazare qui, bien malgré lui, sera en quelque sorte cause de sa mort sur la Croix. Et en parlant avec Lazare, Jésus doit repenser à bien des choses. Il doit repenser à ses tentations au désert. Il doit repenser à la tentation terrible que Lui présenta l’Être de mensonge : arriver à Jérusalem d’une manière spectaculaire, monter sur le toit du Temple et se jeter en bas porté par les anges...
Oui, Jésus doit certainement repenser à tout cela et se redire que le spectaculaire ne convertit pas ceux qui ne veulent pas être convertis. Ainsi, la résurrection de Lazare sera le prétexte retenu pour L’éliminer, et Il doit probablement entendre les cris des prêtres et des docteurs : “Qu’allons-nous faire ? Tout le monde court vers Lui. Cet homme fait de nombreux miracles, et cette prétendue résurrection de Lazare ! Si nous Le laissons agir ainsi, tout le monde croira en lui...”
Jésus va vers Lazare qu’Il a ressuscité. Il lui demande le service d’accueillir ses apôtres meurtris et humiliés. Ensuite, Il fait ce qu’il faut pour que les apôtres puissent préparer la Pâque, selon ses désirs. Enfin, Jésus se met à parcourir Jérusalem: curieusement tout est calme. Même ceux du Temple semblent moins hargneux, moins haineux. C’est tellement évident que les apôtres, ce soir, se demanderont ce que Jésus peut redouter: personne ne veut sa mort, c’est son imagination qui travaille trop... parce qu’Il est fatigué et qu’Il ne mange presque plus depuis quelques jours... Pauvres apôtres qui ne sentiront pas l’intensité dramatique de la dernière Cène !

Les miracles de Jésus qui irritent le Sanhédrin

Oui, ce sont les miracles de Jésus qui irritent le Sanhédrin et déclenchent leur haine... C’est à cause de la résurrection de Lazare, que d’ailleurs ils nient, qu’ils veulent Le faire mourir. Quelle méditation pour nous, que leur attitude! C’est vrai: Jésus pourrait multiplier les miracles de nos jours, un très fort pourcentage de nos contemporains trouverait toutes sortes de bonnes raisons pour refuser ses avertissements. L’endurcissement des cœurs est quelque chose de bien difficile à comprendre, mais on est cependant obligé de le constater.

Jésus va aussi vers la Maman

Jésus va aussi vers la Maman: Elle, Elle comprend tout de suite que l’Heure est arrivée, l’Heure redoutable pour laquelle Il est venu, l’Heure terrible qu’Il désirait tout en la redoutant. La Maman comprend. Pas de révolte chez Marie, juste une immense souffrance, car elle est toujours la servante du Seigneur. Mais Marie ne peut retenir ses larmes. Alors, Jésus la prend dans ses bras et la console avec des mots d’amour. Et Jésus lui confie ses disciples : qu’elle les aide quand ils seront revenus de leur aveuglement. Qu’elle les accueille avec amour : aujourd’hui, ils ne savent pas ce qu’ils font, car c’est aussi l’heure de la puissance des ténèbres...
Jésus, pour l’instant c’est l’heure de la puissance des ténèbres, mais tout à l’heure ce sera l’Heure de ta glorification, l’Heure de l’Eucharistie, l’Heure merveilleuse de ton Amour.

Paulette Leblanc, Écrivain, collaboratrice à “Voir Mystique”: Le serviteur souffrant.

18 février 2010

LA MORT MYSTIQUE

Comment Alexandrina l'a vécue...

J'ai senti mon âme se libérer de la terre et monter plus haut, ne restant pour vivifier mon corps, qui est resté en bas, que comme un courant électrique qui maintenait l'union entre les deux. Cette libération a beaucoup coûté à mon corps dont les yeux se fixaient en Jésus crucifié pour alléger ses douleurs. Malgré cela toute mon âme se sentait dans la confortable tranquillité de ma Petite-Maman, qui supportait avec moi son divin Fils mort.
Ce fait a éclairé mon intelligence, me donnant à connaître que ce que Jésus m'a promis le 15 août 1943, s'est réalisé non sous la forme que je jugeais la plus naturelle, c'est à dire, que j'aurais été pour toujours au ciel, mais que j'y allais pour revenir.
Cet éclaircissement n'a pas été l'impression d'un moment, mais bien une nouvelle transformation qui s'est opérée en moi et qui m'a obligée a dire que certainement je ne devrais pas mourir, mais que Jésus se référait certainement à ce nouvel état de l'âme.
Je me suis convaincue de telle manière, que plus jamais je n'ai pensé qu'il arriverait, au jour fixé par Jésus, la mort réelle.

Alexandrina Maria da Costa: Sentimùents de l'âme; février 1944.

15 février 2010

MEDITATIONS POUR LE CARÊME

Ma douleur a des yeux...

Ténèbres de la nuit, horreurs de la mort ! Continue, Jésus, le cri de la douleur, écoutez, c'est elle qui pleure, c'est elle qui en criant Vous appelle au secours. Jésus, c'est la douleur qui sent la douleur, c'est la douleur, qui n'a pas d'autre vie que la douleur :

Tout mon Jésus, tout est descendu dans la tombe, et est passé dans l'éternité. Je ne vois pas de lumière ; il me semble, ô mon Dieu, que jamais je n'ai connu de lumière, je ne sais pas ce que c'est qu'un clair de lune, la lumière du soleil, ni le scintillement des étoiles. Je ne sais pas ce qu'est la vie, ni l'amour de Jésus. Ô mon Dieu ! Comment est-ce possible cet état qui a la vie, qui a un cœur qui peut ressentir les choses, et que ressent-il ? Il sent qu'il a été déchiré et transpercé par une dure lance, sent qu'il ne peut plus être aussi profondément blessé, sent qu'après avoir été aussi maltraité, qu'il y avait encore d'autres cœurs qui l'ont encore empalé avec une autre solide lance, ravivant les souvenirs de la petite Maman des douleurs. Quelle grande cruauté et ingratitude. C'est ce que j'ai été pour Vous et pour ma petite Maman !

Mais plus encore ma douleur a des yeux qui pleurent des larmes de sang, et pleurent continuellement dans une grande amertume, ma douleur a des pieds, des mains pour être crucifiés, a une tête pour être couronnée d'épines jusqu'à pénétrer les oreilles, douleur envahissant tout mon corps. Jésus je suis dans la peur, je ne sais pas ce qui présage ma douleur. Ah quelle horreur, tout est tourmente, menaces, j'entends siffler les vents, les terribles échos du tonnerre, menaces de destruction, tous ont fui effrayés, et moi toute seule au milieu de la mer, sans bateau, sans gouvernail et sans lumière, prête à plonger pour toujours dans les abîmes de la mer. Horreur, horreur ! La tempête déchire les nuages, le Ciel s'ouvre et se révolte contre la terre. Mon Dieu, mon Jésus, qu'est-ce qui m'attend encore ? Entre Vos saints bras je m'en remets.

Bse. Alexandrina Maria da Costa: Sentiments de l'âme, 27 juillet 1944