30 mars 2009

LA NUIT DU JEUDI SAINT

Dernière cène

Le texte que je vous propose aujourd’hui est tiré du Journal spirituel de la bienheureuse Alexandrina Maria da Costa, l'une des plus grandes mystiques du XXe siècle.
Deux raisons m'ont poussé à le faire :
1° – Parce qu’aujourd’hui c’est l’anniversaire de la naissance de la Bienheureuse Alexandrina de Balasar (30/03/1904) ;
2° – Nous sommes dans la période de Carême et bientôt nous fêterons le Jeudi Saint, la fête du plus grand Sacrement, du “plus grand miracle”.
Ce texte, il faut le lire calmement, sans se presser et le méditer, car il est tout simplement magnifique !

*****

Quel triste jeudi !
Combien de fausseté on me prépare !
Je me trouve au milieu d’un rassemblement important, à une invitation d’une très grande intimité les conversations sont orientées au réconfort.
Dans mon âme deux tableaux bien différents se présentent : une trahison sans égale et un amour sans pareil ; un amour, une douceur, une tendresse telle envers le traître qu’aucun cœur ne peut comprendre.
Combien d’appels pleins de douceur à l’adresse du traître !
Mais celui-ci résiste, il ne se rend pas, il ne se trouve pas à l’aise à côté de l’Agneau, victime innocente.
Vers la fin de la matinée j’avais cette impression : je courais vers la mort et la mort vers moi. Je courais parce que des impulsions d’amour m’obligeaient à courir ; le sang et la mort seuls auraient pu sauver le monde et moi, je voulais le sauver.
J’ai commencé à me rendre compte que Jésus pleurait à l’intérieur de moi.
Moi, j’étais la ville de Jérusalem ; j’étais Jésus ; j’étais l’amour et l’ingratitude.
Vers la cité, partaient de mon cœur les plus doux et tendres regards. Ils étaient des regards de rappel, des regards de compassion. Mais de la ville, rien ne sortais vers moi ! Seule la révolte grondait contre moi.
En fin d’après-midi, je me suis sentie réunie avec des amis.
Ô mon Dieu, que se passe-t-il ?
Des scènes si contrastées !
J’étais Jésus et, sur mon cœur, je sentais quelqu’un poser sa tête sur ma poitrine :
Mon cœur s’est attendri d’amour pour lui, et moi j’étais ce quelqu’un.
J’étais la table, j’étais le pain et le vin ; j’étais la coupe qui contenait le vin ; j’étais les plats où les viandes étaient servies. J’étais Judas ; j’étais tout. J’étais la douceur et la mansuétude de Jésus ; j’étais le désespoir et la trahison de Judas.
La nuit tombée je me suis trouvée dans un banquet d’amis.
Au milieu de cette amitié je sentais le traître qui, peu après, allait m’embrasser, et j’ai éprouvé la douleur que ce baiser allait me causer.
Il fait nuit et mon âme sent comme jamais que c’est une nuit d’amour : la sainte nuit.
Quelle nuit ! Quelle sainte nuit !
La plus grande de toutes les nuits !
La nuit du plus grand miracle, du plus grand amour de Jésus !
Quelle nuit féconde, quelle belle nuit !
Les anges sont descendus pour adorer ce grand mystère...
Pendant ce banquet j’ai lavé les pieds à ceux qui m’entouraient. J’avais sur moi de l’eau, serviette et bassine.
Parmi eux, un se sentait gêné que je lui lave les pieds. Un seul regard de moi et il était prêt à se déshabiller pour que je le lave tout entier, s’il en était nécessaire.
Que de conversations sur tant de mystères et sur tant de grandeurs !
Jésus s’apprête à partir, mais il veut rester avec nous. Quels liens d’amour partent de son Cœur vers les cœurs de ceux qui lui sont chers !
Quelle anxiété de partir mais aussi de rester !
Mon cœur ressent tout cela.
Si je pouvais rendre tout l’amour, la bonté et la tendresse de Jésus, combien cela ferait de bien aux âmes !
Mais je ne sais pas mieux l’expliquer.
Son divin Cœur était uni à ceux qui lui étaient si chers.
Pour pouvoir partir, il lui fallait rester parmi eux ; pour monter au ciel, il lui fallait rester sur la terre ; son divin Amour l’y obligeait.
Le regard halluciné du mauvais disciple est resté imprimé dans mon cœur, comme aussi le silence profond du nostalgique congé.
Je sens que je prends congé d’une assemblée.
L’amertume de mon âme ne pouvait pas être plus grande.

Alexandrina Maria da Costa (bienheureuse)

Aucun commentaire: