23 juin 2008

LETTRES A UN AMI

Première lettre

Le 25 décembre 1999


« Plusieurs ayant entrepris de composer un récit des événements qui se sont accomplis parmi nous, suivant ce que nous ont transmis ceux qui ont été des témoins oculaires dès le commencement et sont devenus des ministres de la parole, il m'a aussi semblé bon, après avoir fait des recherches exactes sur toutes ces choses depuis leur origine, de te les exposer par écrit d'une manière suivie, excellent [Ami], afin que tu reconnaisses la certitude des enseignements que tu as reçus ». (Lc 1 ; 1-4)


L’annonce faite à Marie (Lc. 1, 26-37)

Cher ami et frère en Jésus-Christ ;
Je ne saurais te parler de la naissance de Jésus si je ne te parle pas de l’annonce faite à Marie, annonce qui est le « fil rouge » de toute la trame christique, c’est-à-dire, de l’histoire de notre salut.
En effet, le Christ n’est pas né d’un « coup de baguette magique », même si sa naissance est entourée de tant de signes divins et de miracles inexplicables.
Voici donc le texte de l’Évangile de Luc, où il explique comment Dieu a voulu se servir d’une humble créature afin que s’accomplisse notre salut :


« Au sixième mois, l'ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth, auprès d'une vierge fiancée à un homme de la maison de David, nommé Joseph. Le nom de la vierge était Marie. L'ange entra chez elle, et dit : Je te salue, toi à qui une grâce a été faite; le Seigneur est avec toi. Troublée par cette parole, Marie se demandait ce que pouvait signifier une telle salutation. L'ange lui dit : Ne crains point, Marie ; car tu as trouvé grâce devant Dieu. Et voici, tu deviendras enceinte, et tu enfanteras un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus. Il sera grand et sera appelé Fils du Très-Haut, et le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son père. Il règnera sur la maison de Jacob éternellement, et son règne n'aura point de fin. Marie dit à l'ange : Comment cela se fera-t-il, puisque je ne connais point d'homme ? L'ange lui répondit : Le Saint-Esprit viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre. C'est pourquoi le saint enfant qui naîtra de toi sera appelé Fils de Dieu. Voici, Élisabeth, ta parente, a conçu, elle aussi, un fils en sa vieillesse, et celle qui était appelée stérile est dans son sixième mois. Car rien n'est impossible à Dieu ». (Lc. 1, 26-37)


Nous voilà donc renseignés quant au temps et à l’endroit : Ce fut le « sixième mois », « dans une ville de Galilée, appelée Nazareth ».
Que se passe-t-il alors ?
« L’ange Gabriel fut envoyé par Dieu ».
Et à qui fut-il envoyé, ce grand messager céleste ?
« Auprès d’une vierge fiancée à un homme de la maison de David, nommé Joseph ». Elle s’appelait Marie.
Quand on consulte les Pères de l’Église, on s’aperçoit très vite que tous, ou presque, ont commenté l’Évangile de Luc ; et il est fort intéressant de voir la manière — propre à chacun — dont ils abordent ces premières lignes.
Saint Basile, dans son “Commentaire sur Isaïe”, nous fait remarquer que les anges ne sont pas envoyés pour de « petites besognes », mais pour des missions bien importantes, car « les esprits célestes — selon lui — ne viennent pas à nous de leur propre mouvement, c’est Dieu qui les envoie lorsque notre utilité l’exige ; car leur occupation est de contempler l’éclat de la divine sagesse ».
Saint Grégoire le Grand, pour sa part, explique que l’ange envoyé vers Marie, n’est pas n’importe qui, « ce n'est point un ange quelconque, mais l'archange Gabriel qui est envoyé à la Vierge Marie. Il n'appartenait, en effet, qu'au plus grand des anges de venir annoncer le plus grand des événements. L'Écriture lui donne un nom spécial et significatif, il se nomme Gabriel, qui veut dire force de Dieu. C'était donc à la force de Dieu qu'il était réservé d'annoncer la naissance du Dieu des armées, du fort dans les combats qui venait triompher des puissances de l'air ».
Et s’il te venait l’idée de te poser la question : pourquoi un si important messager fut-il envoyé à une si humble vierge, voici ce que pourrait te répondre saint Jérôme dans son “Sermon sur la Dormition” :
« C'est avec raison qu'un ange est envoyé à une vierge ; car la virginité a toujours été unie par des liens étroits avec les anges. En effet, vivre dans la chair, sans obéir aux inspirations de la chair, ce n'est pas la vie de la terre, c'est la vie du ciel ».
Mais il n’est pas le seul à pouvoir te répondre, à pouvoir t’expliquer le pourquoi d’un si grand honneur échu à Marie. Écoute saint Augustin, le grand évêque de Carthage :
« La virginité seule était digne d'enfanter celui qui, dans sa naissance, n'a pu avoir d'égal. Notre chef, par un miracle éclatant, devait naître d'une vierge selon la chair, et figurer ainsi que l'Église vierge donnerait à ses membres une naissance toute spirituelle » (De la sainte Vierge, chap. 15).
Je comprends qui tu puisses sourire de la notion de virginité qui ressort de ces textes, surtout quand il est dit que la vierge en question « était fiancée à un homme de la maison de David, nommé Joseph »
.
En effet, à notre époque, nul n’y attache, malheureusement, aucune importance ; je dirais même que la virginité est tournée en ridicule par la plupart des hommes et des femmes de notre temps… Qui croirait, de nos jours, que deux fiancés puissent rester chastes dans leur amour, vierges dans leur vie au jour le jour ? Et pourtant, tu peux me croire, que nul cadeau est plus beau pour deux fiancés qui se marient, que de s’offrir l’un à l’autre, le jour de leurs noces, leur virginité mutuelle !…
Il est loin, mon ami, le temps où l’on pensait que « ce noble idéal de la virginité, précieux à tous ceux qui situent le beau dans la pureté, échoit à ceux-là seuls que la grâce bienveillante de Dieu assiste dans le combat pour réaliser leur bon désir » (Grégoire de Nysse : De la virginité ; chap. 1). En effet, notre temps est « infesté » par les « fumées de Satan » et, tout porte à croire que cela ira de mal en pire, car je pense que nous sommes arrivés à cette période néfaste que le Christ a vue et pour laquelle il s’est interrogé : « À mon retour, trouverai-je la foi sur la terre ? »
Mais, revenons à Gabriel et à sa « salutation à Marie ». Que lui dit-il, ce grand messager ?
Il commence par une politesse toute divine, toute respectueuse :
« Je te salue, toi à qui une grâce a été faite ; le Seigneur est avec toi ». D’autres traductions disent : « Je te salue, pleine de grâce ; le Seigneur est avec toi ».
Quoi qu’il en soit, toutes deux nous rappellent cette belle prière que nous récitons chaque jour, plusieurs fois — je sais que tu récites le chapelet — dans la journée, rendant ainsi un hommage filiale à Celle qui, en plus d’être la Mère de Jésus, est aussi notre Mère.
Il ne serait pas étonnant qu’en disant cela, l’ange Gabriel se soit incliné devant cette jeune fille que le péché originel, par une grâce d’exception, n’avait pas souillée.
Cette annonce trouble Marie, car même si elle savait — elle fut élevée au Temple et connaissait donc les Écritures Saintes — que le Messie devait naître, elle ne pensa certes pas un seul instant que l’honneur de cette maternité lui échouerait.
Mais, l’ange la rassure : « Ne crains point, Marie ; car tu as trouvé grâce devant Dieu. Et voici, tu deviendras enceinte, et tu enfanteras un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus ».
Il aurait encore pu lui dire, comme nous l’explique saint Augustin : « Il est avec toi plus qu’il n’est avec moi ; car il est lui-même dans ton cœur, il s’incarne dans tes entrailles, il remplit ton âme, il remplit ton sein ». Mais, Marie n’aurait peut-être pas compris…
Il faut avouer qu’elle avait le droit de s’étonner d’une telle annonce ; elle qui était vierge et comptait probablement le rester.
Sa réaction sera toute naturelle et en conformité avec son éducation ; elle questionne étonnée : « Comment cela se fera-t-il, puisque je ne connais point d'homme ? ». Autrement dit : Comment cela sera-t-il possible car je suis vierge et entends le rester ?
Aussitôt l’Ange Gabriel la rassure, lui explique comment cela va se passer :
« Le Saint-Esprit viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre. »
Donc le fait que l’Esprit Saint vienne sur Elle et que la puissance de Dieu la couvre de son ombre fait engendré dans le sein de la Vierge l’Être qui est au-dessus de tout Être. « C’est pourquoi, poursuit l’Ange le saint enfant qui naîtra de toi sera appelé Fils de Dieu ».
Cette puissance divine n’annihile nullement l’état “physique” de Marie, bien au contraire, l’élève au niveau céleste, la rend plus grande que les Anges eux-mêmes.
Il est bon ici de se souvenir que la « la vierge était fiancée à un homme de la maison de David, nommé Joseph » et de rappeler un autre fait qui me semble important et que saint Ambroise de Milan, dans son commentaire à l’Évangile de Luc, sous-entend : les paroles de l’ange et les réponses de Marie, au sujet de la virginité :
« La virginité de Marie ― explique le saint Évêque de Milan ― devait tromper le prince du monde, qui, la voyant unie à un époux, n'a pu se méfier de son enfantement. »
Pour que le prince du monde ait été trompé, il fallait que les paroles, aussi bien de l’Ange Gabriel que celles de Marie, restent dans le domaine de la locution intérieur ― sorte de transmission de pensée, en extrapolant un peu ―, car le diable n’est pas autorisé par Dieu à lire dans la pensée humaine. Il peut faire des suggestions, et il ne s’en prive pas, mais il ne peut, en aucun cas, lire la pensé de l’homme. Car s’il avait pu entendre la salutation de l’Ange Gabriel à Marie, il n’aurait pas eut de doutes sur les origines de Jésus ; il n’aurait pas dit plus tard, lors de la tentation au désert : “Si tu es le Fils, jette-toi en bas” (Mt. 4, 6). Le “si” employé ici porte à croire ou même atteste que Satan ne savait pas encore, à ce moment-là ― en tout cas au début de la tentation ― que Jésus était le Messie, le Fils de Dieu.
Cette interprétation semble corroborer celle du saint Docteur de l’Église, car il écrit peu après : « Cette locution ne doit pas nous donner à croire que la parole soit servie plutôt qu'entendue. Il ne s'agit pas d'une parole articulée », donc, il s’agit probablement d’une locution intérieure, comme je l’ai dit plus haut, qui ôtait à Satan toute possibilité d’intervention et de persécution envers Marie et l’enfant qu’Elle allait désormais porter en son sein.
Mais, revenons au texte de saint Luc. L’Ange dit encore à Marie : « Voici, qu’Élisabeth, ta parente, a conçu, elle aussi, un fils en sa vieillesse, et celle qui était appelée stérile est dans son sixième mois. Car rien n'est impossible à Dieu ».
L’Ange qui lui annonce que « sa parente Élisabeth a conçu un fils en sa vieillesse » termine son message par une phrase évidente, mais que l’on oublie bien souvent : « Car rien n'est impossible à Dieu ».
Je t’invite, mon ami, à méditer ces paroles qui à elles seules expliquent tant de tant de choses desquelles nous sommes témoins mais que notre esprit cartésien et obtus refuse bien souvent de croire.
Que la paix et l’amour de Jésus-Christ habite ton âme et ton cœur.
Fraternellement en Jésus et Marie.
A.

RESTE FIDELE JUSQU'A LA MORT

MEDITATION MYSTIQUE


Petit-frère, je t’ai entretenu, la dernière fois de ce que Dieu attend de toi, en te recommandant de “soigner ton amour”. Aujourd’hui je vais te parler, si la grâce m’en est donnée, d’une autre demande du Seigneur : vaincre.
Mais, vaincre quoi ? ― me demanderas-tu peut-être. Je te répondrai tout simplement : vaincre tous les obstacles qui peuvent nous éloigner ou nous séparer de Jésus.
Écoute donc ce que te dit le Seigneur lui-même :
« Mon fils, la vie est une lutte, et à celui qui est vainqueur, “je donnerai à manger de l'arbre de vie, qui est dans le paradis de Dieu” (Ap. 2, 7). N’oublie surtout pas, mon enfant, que Dieu est le “propriétaire” du ciel et de la terre. Sache que ce n’est pas le ciel l’unique endroit réservé au Royaume de Dieu et, non plus la terre qui appartient à Satan… Dieu règne au ciel et sur la terre à travers tous les cœurs qui l’aiment et à qui il offre, dès ici-bas, de “manger de l'arbre de vie, qui est dans le paradis de Dieu”. »
As-tu bien compris, petit-frère : Dieu règne à travers les cœurs de ceux qui l’aiment… L’aimes-tu, toi ? Si tu l’aimes, ton cœur est aussi le Royaume de Dieu, ton cœur est aussi le trône de la Majesté divine ! Voilà pourquoi Dieu t’invite à être un bon guerrier, un guerrier qui sort toujours vainqueur de toutes les batailles de la vie.
Mais, sais-tu seulement ce que c’est que vaincre ?
« Vaincre ― te dit le Seigneur ― c’est écouter ce que te dit à l’oreille et à ton cœur, l’Esprit de Dieu ; c’est mettre en œuvre sa volonté et dépasser tous les obstacles.
Mon petit enfant, vaincre c’est se maintenir ferme dans l’accomplissement de la Parole de Dieu, malgré les adversités. »
Il va de soi, petit-frère, qu’une lutte engendre de la souffrance, mais il te faut savoir que souffrir par amour, ce n’est plus de la souffrance, mais de l’amour… Peux-tu comprendre cela ?
Non ! Cela te semble incohérent… Alors je vais essayer de t’expliquer.
Sache tout d’abord qu’il n’y a pas de vrai amour sans souffrance, quoique cela puisse te paraître invraisemblable.
Regarde un couple marié : ils se sont accordés pour vivre toute une vie ensemble, aussi bien “dans les joies que dans les peines”… Et, comme moi, tu sais bien que la vie n’est pas toujours faite de bons moments… et, malgré les mauvais moments, malgré toutes les péripéties qui peuvent survenir tout au long d’une vie, ces époux s’aiment et acceptent tous les aléas malheureux qui les font souvent souffrir… mais cet amour qui les unit leur permet de rester toujours ensemble “dans les joies comme dans les peines”.
Regarde encore un autre exemple : la rose. Combien elle est belle, combien agréable est son parfum, mais si tu n’y fais pas attention tu peux te piquer, car cette rose a des épines… Mais, celles-ci ne l’empêchent pas d’être belle et de sentir agréablement… Ainsi va de la vie en Dieu.
Écoute ce que le Seigneur pourrait te dire et mieux l’expliquer que moi :
« Quand tu souffres, mon enfant, je m’en rends bien compte, mais je permets cette douleur ou cette souffrance afin que tu t’approches encore plus de moi. Sache que “je connais ta tribulation” (Ap. 2, 9), mais “ne crains rien de ce que tu auras à souffrir” (Ibid.), car toujours je veillerai sur toi.
Mon enfant bien-aimé, je “connais ta pauvreté, même si tu es riche” (Ap. 2, 9) ; tu es riche parce tu es un enfant de Dieu qui est riche en miséricorde et, au milieu de tes tribulations matérielles, tu es riche en amour et, quand on est riche en amour on ne doit rien craindre : la victoire est à portée de main. Aime-moi et tu seras vainqueur ; aime-moi et je te ferai “manger de l'arbre de vie, qui est dans le paradis de Dieu”. »
Tu es quelquefois attristé par ce que disent les ennemis de Dieu ou même ceux de ton entourage qui ne partagent pas cette vie que tu mènes. Je te fais une suggestion : venge-toi d’eux, venge-toi à la manière des enfants de Dieu : prie pour eux, offre-toi pour eux, comme te le demande le Seigneur…
Le Seigneur te dit encore, avec des paroles plutôt sévères, mais toujours remplies d’amour :
« Je connais les murmures et les calomnies de ceux qui se disent de Dieu, mais je te le dis : ils ne sont qu’“une synagogue de Satan”.
“Je connais tes épreuves”, mon tout-petit, mais je te le dis encore : N’aies pas peur ! Ne crains rien, ni ces murmures ni ces calomnies, ni même les persécutions ni les mépris, je suis avec toi et avec moi tu vaincras. N’oublie jamais ceci : “tu es riche”, car tu possèdes la grâce de Dieu en toi.
Je te dis encore, mon enfant : au milieu de ta souffrance et des difficultés normales de la vie, “reste fidèle jusqu'à la mort, et je te donnerai la couronne de vie” (Ap. 2, 10). »

Vois-tu, petit-frère, combien est bon notre Dieu ?
Ne serais-tu pas heureux de porter sur ta tête cette “couronne de vie” ?
Vis en ayant cette certitude : Qui lutte en cette vie, et en sortira “vainqueur n'a rien à craindre de la seconde mort” (Ap. 2, 11).
Cela veut dire ceci : la première mort est celle de l’appel de Dieu pour le premier jugement “privé”, et la seconde mort, c’est la condamnation éternelle au feu de l’enfer, car l’enfer existe bien, mon petit-frère, sois-en certain.
Si tu ne devais garder de ces quelques lignes qu’une seule idée, je te suggère de graver dans ton cœur cet appel que t’adresse le Seigneur :
“Reste fidèle jusqu'à la mort”, car seule cette fidélité à cette consigne permets l’accomplissement de la promesse de Dieu : “Je te donnerai la couronne de vie”, et encore : je te ferai “manger de l'arbre de vie, qui est dans le paradis de Dieu”. Amen.