29 septembre 2006

JEAN CRASSET – AUTEUR MYSTIQUE

Jean Crasset
(jésuite français, 1618-1692)

Né à Dieppe le 3 janvier 1.618, Jean Crasset entre au noviciat de la rue du Pot-de-Fer à Paris le 28 août 1638. Le maître des novices qui l'y accueille est Julien Hayneufve, nommé l'année suivante recteur du collège de Clermont. Peu s'en fallut que Crasset ne retrouvât Hayneufve à Rouen en 1652 comme Instructeur durant son « troisième an de probation ». Hayneufve, cette même année, cédait sa charge à Honorat Niquet arrivé de Rome où il avait été neuf ans théologien du général de la Compagnie de Jésus. Ces deux religieux ont eu leur part dans la formation spirituelle de Crasset, Hayneufve surtout, « spirituel insigne » (H. Bremond), dont nous verrons combien fut profonde l'influence sur son disciple. Il faut. leur adjoindre un autre jésuite plus effacé, Simon de Lessau, dont l'intervention fut décisive dans la yie spirituelle de Crasst.
Prédicateur apprécié, Crasset se fit entendre avec succès à Amiens et à Rouen. Le 8 septembre 1656, un sermon prononcé dans la chapelle du collège d'Orléans lui valut une censure épiscopale dont Godefroi Hermant fait état contre les jésuites (Mémoires, éd. A. Gazier, t. 3, Paris, 1906, liv. 15, p. 167-168). R. Rapin rejette la responsabilité de cet acte officiel sur le grand vicaire Musnier : ce jansénisant hostile aux Jésuites avait profité de la condamnation de Jansénius (1653) pour prendre contre ceux-ci une mesure vexatoire en interdisant au nom de l'évêque malade toute allusion publique à la bulle d'Innocent X et aux erreurs qu'elle visait (Mémoires, éd. L. Aubineau, t. 2, Paris, 1865, liv. 9, p. 165-166). Crasset aurait enfreint la consigne. La sentence qui lui interdisait de parler dans le diocèse ne fut rapportée que cinq mois plus tard, après amende honorable. L'enquête qui suivit l'incident avait pourtant disculpé entièrement l'orateur (Jean Crasset, Méthode d’oraison, ed. Roupain). Si nous en croyons Hermant, Crasset n'en continua pas moins à prêcher contre le Jansénisme. Le mémorialiste favorable à Port-Royal signale avec aigreur ses sermons à Paris, en 1663, dans la chaire de Saint-Barlhélemy (Mémoires, t. 6, p. 138)
A partir de 1669, Crasset est chargé de la congréga des Messieurs à la résidence de la rue Saint-Antoine. C'est là qu'il donne sa mesure d'homme spirituel : il prêche, il catéchise, il dirige des âmes. Lui-me a fait connaître la vie intime d'un ménage mystique dont il fut le directeur. Sa Vie de Madame Helyot, la publication des (Œuvres spirituelles de M. Helyot, conseiller du Roi, sont des documents révélateurs du mysticisme de certains laïques à la fin du grand Siècle. Crasset met, au service des chrétiens vivant dans le monde un talent littéraire et une expérience surnaturelle que peu de prêtres ou de religieux de son temps ont égalés. Ses fonctions auprès des laïques lui inspirent une forme attrayante et simple pour exposer les principes de la vie spirituelle, défendre la foi contre les attaques des libertins, éclairer les âmes sue le vrai sens des principales dévotions, consoler les malades et les moribonds. Les vingt-trois années qu'il fut directeur de la congrégation des Messieurs marquent une ère florissante pour cette institution : il avait organisé une maison de retraites dans les locaux de la résidence (aujourd'hui Lycée Charlemagne). Sa vie privée fut mêlée à celle d'un Bourdaloue, d'un Jacques Nouet, d’un Louis Maimbourg qui avaient leur célébrité. La maison professe de Paris était un centre ou se rencontraient non seulement la noblesse et la bourgeoisie, mais une clientèle fervente de tous les milieux : les enfants y avaient leurs catéchismes, les laquais leur congrégation, fondée par Crasset, et bientôt les ouvriers eurent la leur E. de Ménorval, Les Jésuites de la rue Saint-Antoine… et le Lycée Charlemagne, Paris, 1872, p. 130).
L. Jobert, collaborateur, pus successeur de Crasset, a laissé une biographie de celui-ci composée en partie d’après des notes intimes qu’on aimerait posséder in extenso. De naturel timoré, longtemps soumis aux peines intérieures, Crasset attribiait à sa vie d’oraison la grâce de paix qui lui fut accordée « après la fête de l’Ascension » en 1649. Simon de Lessau, son directeur de conscience au collège d’Amiens, dénoue la douloureuse crise d’âme et lui révèle la spiritualité de l’abandon (Méthode d’oraison, p. 18-19). Crasset n’en resta pas moins sujet à l’inquiétude, subissant mille appréhensions pour sa santé, son emploi, ses obligations apostoliques. Il obtint enfin de posséder la calme lucidité ardemment désirée.
Il mourut à Paris, le 4 janvier 1692.

Michel OLPHE-GALLARD. Dictionnaire de spiritualité, tome II – 2e partie – 1953.