24 novembre 2006

DE L'IMPORTANCE DE L'ORAISON

selon saint Bonaventure

Ce saint et religieux exercice est loué et recommandé de tous les saints. Il est regardé comme le moyen d'acquérir la dévotion qui, bien qu'elle ne soit qu'une seule vertu, nous rend capables d'acquérir toutes les autres et, comme un puissant aiguillon, nous presse d'y travailler. Pour s'assurer combien cela est vrai, il n'y a qu'à voir combien saint Bonaventure le dit ouvertement:

« Si vous voulez souffrir avec patience les adversités et les misères de cette vie, soyez homme d'oraison.

Si vous voulez obtenir le courage et la force de vaincre les tentations de l'ennemi, soyez homme d'oraison.

Si vous voulez mortifier votre propre volonté avec toutes ses inclinations et ses appétits, soyez homme d'oraison.

Si vous voulez connaître les astuces de Satan et déjouer ses tromperies, soyez homme d'oraison.

Si vous voulez vivre dans la joie et marcher doucement dans les voies de la pénitence, soyez homme d'oraison.

Si vous voulez chasser de votre âme les mouches importunes des vaines pensées et des soucis, soyez homme d'oraison.

Si vous voulez nourrir votre âme de la moelle de la dévotion et l'avoir toujours remplie de bonnes pensées et de bons désirs, soyez homme d'oraison.

Si vous voulez fortifier et affermir votre courage dans les voies de Dieu, soyez homme d'oraison.

Enfin, si vous voulez déraciner de votre âme tous les vices et planter en leur place les vertus, soyez homme d'oraison.

C'est dans l'oraison que l'on reçoit l'union et la grâce du Saint-Esprit qui enseigne toutes choses. Je dis plus, si vous voulez vous élever à la hauteur de la contemplation et jouir des doux embrassements de l'Epoux, exercez-vous à l'oraison. Elle est la voie par laquelle l'âme s'élève à la contemplation et au goût des choses célestes. Voyez-vous déjà quelle est la vertu et quel est le pouvoir de l'oraison ? Mais pour prouver tout ce qui vient d'être dit, sans nous servir du témoignage des Ecritures divines, tenons-nous en à ceci : c'est que nous avons entendu et vu, et que nous voyons tous les jours un grand nombre de personnes simples qui ont obtenu tous les biens que nous avons énumérés et d'autres plus grands encore, par le moyen de l'exercice de l'oraison ».

Ici finissent les paroles de saint Bonaventure.

St Pierre d'Alcantara
(1499-1562)

*****

Extrait du Traité de l'oraison et de la méditation, traduit de l'espagnol par l'Abbé Cénat de l'Herm, introduction de Frère Ephraïm, Editions des Béatitudes — Burtin — 41 600 Nouan-le-Fuzelier.

14 novembre 2006

LA DIMENSION CONTEMPLATIVE

"acte unifiant de l'élan de l'homme vers Dieu"

1.— La dimension contemplative est radicalement une réalité de grâce, vécue par le croyant comme un don de Dieu qui lui permet de connaître le Père (cf. Jean 14, 8), dans le mystère de la communion trinitaire (cf. 1 Jean, 1, 1-3), afin de pouvoir goûter « les profondeurs de Dieu » (I, Cor. 2, 10).

Il ne s'agit pas ici d'entrer dans des problèmes nombreux et délicats concernant les divers modes de contemplation, ni de faire une analyse de la contemplation comme don infus par le Saint-Esprit.

Nous décrivons la dimension contemplative fondamentalement comme la réponse théologale de foi, d'espérance et d'amour par laquelle le croyant s'ouvre à la révélation et à la communion du Dieu vivant, par le Christ dans l'Esprit-Saint. « L'effort de fixer en Lui (Dieu) le regard et le coeur, que nous appelons contemplation, devient l'acte le plus élevé et le plus plein de l'esprit, l'acte qui, aujourd'hui encore peut et doit hiérarchiser l'immense pyramide de l'activité humaine » (Paul VI, 7-XII-1965).

Comme acte unifiant de l'élan de l'homme vers Dieu, la dimension contemplative s'exprime dans l'écoute et dans la méditation de la Parole de Dieu ; dans la communion de la vie divine transmise par les Sacrements, et de façon spéciale par l'Eucharistie ; dans la prière liturgique et personnelle ; dans le désir constant et la recherche de Dieu et de sa volonté dans les événements et les personnes ; dans la participation consciente à sa mission salvifique ; dans le don de soi aux autres pour l'avènement du Royaume. Il en résulte, dans le religieux, une attitude d'adoration humble et continue de la présence mystérieuse de Dieu dans les personnes, dans les événements, dans les choses: attitude qui manifeste la vertu de piété, source intérieure de paix et porteuse de paix dans tous les milieux de vie et d'apostolat.

Tout ceci se réalise sous la purification progressive de la croix, à la lumière et sous la conduite de l'Esprit-Saint, afin que nous puissions rencontrer Dieu en tout et en tous pour devenir « louange de sa gloire » (Eph. 1, 6).

Congrégation pour les Instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique : 1980 “La dimension contemplative de la vie religieuse”, 1.

29 septembre 2006

JEAN CRASSET – AUTEUR MYSTIQUE

Jean Crasset
(jésuite français, 1618-1692)

Né à Dieppe le 3 janvier 1.618, Jean Crasset entre au noviciat de la rue du Pot-de-Fer à Paris le 28 août 1638. Le maître des novices qui l'y accueille est Julien Hayneufve, nommé l'année suivante recteur du collège de Clermont. Peu s'en fallut que Crasset ne retrouvât Hayneufve à Rouen en 1652 comme Instructeur durant son « troisième an de probation ». Hayneufve, cette même année, cédait sa charge à Honorat Niquet arrivé de Rome où il avait été neuf ans théologien du général de la Compagnie de Jésus. Ces deux religieux ont eu leur part dans la formation spirituelle de Crasset, Hayneufve surtout, « spirituel insigne » (H. Bremond), dont nous verrons combien fut profonde l'influence sur son disciple. Il faut. leur adjoindre un autre jésuite plus effacé, Simon de Lessau, dont l'intervention fut décisive dans la yie spirituelle de Crasst.
Prédicateur apprécié, Crasset se fit entendre avec succès à Amiens et à Rouen. Le 8 septembre 1656, un sermon prononcé dans la chapelle du collège d'Orléans lui valut une censure épiscopale dont Godefroi Hermant fait état contre les jésuites (Mémoires, éd. A. Gazier, t. 3, Paris, 1906, liv. 15, p. 167-168). R. Rapin rejette la responsabilité de cet acte officiel sur le grand vicaire Musnier : ce jansénisant hostile aux Jésuites avait profité de la condamnation de Jansénius (1653) pour prendre contre ceux-ci une mesure vexatoire en interdisant au nom de l'évêque malade toute allusion publique à la bulle d'Innocent X et aux erreurs qu'elle visait (Mémoires, éd. L. Aubineau, t. 2, Paris, 1865, liv. 9, p. 165-166). Crasset aurait enfreint la consigne. La sentence qui lui interdisait de parler dans le diocèse ne fut rapportée que cinq mois plus tard, après amende honorable. L'enquête qui suivit l'incident avait pourtant disculpé entièrement l'orateur (Jean Crasset, Méthode d’oraison, ed. Roupain). Si nous en croyons Hermant, Crasset n'en continua pas moins à prêcher contre le Jansénisme. Le mémorialiste favorable à Port-Royal signale avec aigreur ses sermons à Paris, en 1663, dans la chaire de Saint-Barlhélemy (Mémoires, t. 6, p. 138)
A partir de 1669, Crasset est chargé de la congréga des Messieurs à la résidence de la rue Saint-Antoine. C'est là qu'il donne sa mesure d'homme spirituel : il prêche, il catéchise, il dirige des âmes. Lui-me a fait connaître la vie intime d'un ménage mystique dont il fut le directeur. Sa Vie de Madame Helyot, la publication des (Œuvres spirituelles de M. Helyot, conseiller du Roi, sont des documents révélateurs du mysticisme de certains laïques à la fin du grand Siècle. Crasset met, au service des chrétiens vivant dans le monde un talent littéraire et une expérience surnaturelle que peu de prêtres ou de religieux de son temps ont égalés. Ses fonctions auprès des laïques lui inspirent une forme attrayante et simple pour exposer les principes de la vie spirituelle, défendre la foi contre les attaques des libertins, éclairer les âmes sue le vrai sens des principales dévotions, consoler les malades et les moribonds. Les vingt-trois années qu'il fut directeur de la congrégation des Messieurs marquent une ère florissante pour cette institution : il avait organisé une maison de retraites dans les locaux de la résidence (aujourd'hui Lycée Charlemagne). Sa vie privée fut mêlée à celle d'un Bourdaloue, d'un Jacques Nouet, d’un Louis Maimbourg qui avaient leur célébrité. La maison professe de Paris était un centre ou se rencontraient non seulement la noblesse et la bourgeoisie, mais une clientèle fervente de tous les milieux : les enfants y avaient leurs catéchismes, les laquais leur congrégation, fondée par Crasset, et bientôt les ouvriers eurent la leur E. de Ménorval, Les Jésuites de la rue Saint-Antoine… et le Lycée Charlemagne, Paris, 1872, p. 130).
L. Jobert, collaborateur, pus successeur de Crasset, a laissé une biographie de celui-ci composée en partie d’après des notes intimes qu’on aimerait posséder in extenso. De naturel timoré, longtemps soumis aux peines intérieures, Crasset attribiait à sa vie d’oraison la grâce de paix qui lui fut accordée « après la fête de l’Ascension » en 1649. Simon de Lessau, son directeur de conscience au collège d’Amiens, dénoue la douloureuse crise d’âme et lui révèle la spiritualité de l’abandon (Méthode d’oraison, p. 18-19). Crasset n’en resta pas moins sujet à l’inquiétude, subissant mille appréhensions pour sa santé, son emploi, ses obligations apostoliques. Il obtint enfin de posséder la calme lucidité ardemment désirée.
Il mourut à Paris, le 4 janvier 1692.

Michel OLPHE-GALLARD. Dictionnaire de spiritualité, tome II – 2e partie – 1953.

28 mai 2006

JEAN DE LA CROIX

Le maître de la mystique

Juan de Yepes naquit en 1542, probablement le 24 juin. Il était fils de Gonzalo de Yepes et de Catalina Alvarez. Le couple habitait alors dans la pronvince d’Avila, à Fontiveros.
Six ans plus tard, en 1542, la famille Yepes déménage à Arévalo, mais ils n’y resteront pas longtemps, car en 1551, un nouveau déménagement les conduit à Medina del Campo.
Âgé de 17 ans, donc en 1559, Juan commence, chez les jésuites de Medina à suivre leurs cours d’humanités ; il les continuera jusqu’en 1563, année où il entre chez les carmes et prend alors le nom de Juan de San Matias, toujours dans la même ville.
Salamanque sera sa prochaine étape, entre 1567 et 1568. En effet, il y est envoyé et y donne des cours à l’Université et au Collège Saint-André.
Puis, en 1567, c’est sa prêtrise : il est ordonné prêtre et vient célébrer sa première messe à Medina del Campo, auprès des siens.
Mais cette année sera aussi une année particulière, car au mois de septembre il fait la rencontre de Teresa Ahumada que le monde entier connaît sous le nom de Thérèse d’Avila. Celle-ci lui parle de son projet de réformer le carmel, non seulement côté féminin, mais aussi celui des hommes, les carmes.
La grande mystique, parlant plus tard de ce saint carme, dira :
« Le père Jean de la Croix est l’une de ces âmes très pures que Dieu place dans son Église. Notre Seigneur lui a prodigué de grandes richesses de sagesse du ciel. »
1564-68 : Il professe et étudie à l’Université de Salamanque et au Collège Saint-André.
Le 28 novembre 1568 Jean de la Croix, avec l’aide du père Antonio de Jésus Heredia, comme, à Duruelo, la réforme prônée par Thérèse. Il sera Maître des novices jusqu’en 1571, non seulement à Duruelo, mais aussi a Mancera et Pastrana.
Lorsqu’en 1569 le couvent de Pastrana ouvre ses portes, Jean de la Croix y va pour mettre un peu de baume à l’austérité excessive alors appliquée dans ce couvent.
Au mois d’avril 1571 il est nommé recteur du Collège d’Alcala, mais il n’y restera que peu de temps, car l’année suivante il est nommé confesseur et aumônier de l’Incarnation, à Avila, charge qu’il occupera jusqu’en 1577.
« Enlevé le 2 décembre 1577 par des frères de l’ordre des Carmes, du monastère de l’Incarnation à Avila où il résidait comme confesseur ordinaire des religieuses, il est mis au secret dans le couvent des Carmes à Tolède. C’est là, en effet, dans le drame d’une nuit dont il ne voit pas la fin, qu’il compose ses premiers grands poèmes : en particulier, au temps de Noël, les neufs romances sur l’Incarnation et, au temps de Pâques, le Chant de l’âme et de l’Époux. Il s’évade du couvent le 17 août 1578, au lendemain de la fête de l’Assomption. Ces neufs mois d’enfermement à Tolède, terre natale de sa mère, sont pour lui temps de naissance à soi-même, temps qui lui aura permis de devenir pleinement créatif » (Carmel de France).
Après sa “libération“, il est nommé, au mois d’octobre, Prieur de Calvano, dans la province de Jaén, mais, là non plus, il ne restera pas longtemps, car l’année suivante, 1579, il devint Recteur du Collège de Baeza.
En l’année 1581, le Chapître des Carmes se tînt à Alcala ; Jean y est nommé troisième définiteur, Provincial et Prieur de Grenade. Il sera de nouveau réélu Prieur de Grenade en mai 1583.
En 1585, au mois de mai, le Chapître eut lieu à Lisbonne (Portugal). Jean y fut élu deuxième définiteur, avant d’être, en octobre de la même année, nommé Vicaire Provincial de l’Andalousie.
En 1586 il accompagne les fondations de Cordoue, de Manchuela, dans la province de Jaén et de Caravaca, dans celle de Murcie.
Lors du Chapître de 1587 qui se tînt à Valladolid, il fut nommé, pour la troisième fois, Prieur de Grenade, ce qui démontre que la “petite guerre” entre lui et ses compagnons était belle et bien finie. Pour preuve, lors du Chapître de 1588, qui eut lieu au mois de juin de cette année-là, à Madrid, le Père Jean de la Croix fut nommé Premier définiteur général, Prieur de Ségovie et troisième Conseiller de la “Consulta”.
Mais Jean de la Croix n’est pas d’une santé de fer et, peut-être que sentant sa fin arriver, il assista, en juin 1591 au Chapître Général qui eut lieu à Madrid et s’y démit de toutes ses fonctions.
« Alors qu’il a été présent au départ de la Réforme et qu’il en a assumé différentes responsabilités, sauf celle de supérieur provincial, il finit par être marginalisé de nouveau en 1591, chez les Réformés eux-mêmes. Un Chapitre général veut l’envoyer fonder au Mexique ; il se retire dans l’ermitage proche de La Peñuela, le 10 août, porteur d’une fièvre qui ne le quittera plus. Le 28 septembre, il se rend au couvent le plus proche à Ubeda, pour s’y faire soigner. Entouré des frères de la petite communauté, il meurt dans la nuit du 13 au 14 décembre 1991, après avoir demandé au Prieur de lire en guise de prière des agonisants le Cantique des cantiques qui avait chanté en lui toute sa vie”. (Carmel de France)
Il a put chanter alors ces vers qu’il avait lui-même composés :

Ô nuit qui m’a guidé
Ô nuit plus belle que l’aurore
Ô nuit qui as uni l’ami avec l’aimée
l’aimée en l’ami transformée.

Deux ans plus tard, au mois de mai 1593, son corps est transporté à Ségovie.
Il faudra attendre 1618, pour voir publiées, à Alcala, les œuvres du grand maître de la mystique.
Le pape Clément X le béatifia le 25 janvier 1675, mais il fallut attendre 50 ans pour le voir canonisé. En effet, ce ne fut que le 27 décembre 1675, que le pape Benoît XIII le canonisa.
Mais, la gloire de cet homme exceptionnel n’était pas encore à son comble — nous parlons du côté humain — c’est pourquoi, le 24 août 1926, le pape Pie XI le proclama Docteur de l’Église Universelle, avant que les espagnols ne le déclarent patron des poètes, le 21 mars 1952.
Jean Lacroix

27 mai 2006

QU'EST-CE QU'UN MYSTIQUE ?


Le mystique n’est pas seulement celui ou celle qui bénéficie de visions sensibles ou imaginatives ; de locutions intérieures, lévitations, bilocations ou tous autres dons surnaturels exceptionnels ; le mystique est aussi, et surtout, celui qui vit une vie intérieure pleine de recueillement, pleine de l’amour de Dieu ; le mystique est encore celui qui vit exclusivement pour Dieu, de Dieu et en Dieu, en conformant sa vie, le plus possible, aux enseignements évangéliques, enseignements laissés par Jésus lui-même, qui les vécut au plus haut degré, afin qu’en suivant son exemple, tous, se reconnaissent en Lui.
Le mystique est donc celui qui fait des deux premiers commandements de Dieu une règle de vie et qui les vit pleinement, sans se préoccuper nullement de tout autre attrait que la vie ou les circonstances de celle-ci peuvent mettre sur sa route.
Le vrai mystique ne pense qu’à Dieu exclusivement, ne tend qu’à chercher en toute chose à faire sa volonté, même si pour cela il doit souffrir, même si pour cela il doit donner sa vie. Ceci est le premier commandement de Dieu.
Le vrai mystique a le souci du salut des âmes et accepte sans rechigner, humblement et amoureusement, de participer à la rédemption du prochain. Voilà le deuxième commandement : aimez votre prochain…
Le mystique n’est point un fanatique, mais celui qui, habité par l’amour de Dieu, ne souhaite autre chose, n’a besoin de rien d’autre, ne s’intéresse à rien d’autre qu’à cet amour jaloux et amoureusement possessif qu’est l’amour de Dieu, vers lequel il tend sans cesse.
Le mystique est celui qu’au moindre appel se trouve tout entier en présence de son bien-aimé, qui répond toujours présent au moindre attrait de la Sagesse infinie, à la moindre sollicitation de la Miséricorde même de Dieu.
Le mystique est celui qui, en entendant prononcer « le Nom qui est au-dessus de tout Nom » (Philippiens, 2,9), le Nom de son bien-aimé, frissonne, se sent tout léger, le cœur plein de joie et les yeux remplis de larmes et, pour un peu qu’il ne puisse se dominer complètement, tout son corps est dans le tremblement, et son cœur comme un cheval fou, prêt à renverser tous les obstacles qui se dresseraient devant lui. Il a l’impression de ne plus vivre dans le monde, tellement sa sensation de légèreté et de joie surnaturelle surabondent dans tout son être. Il voudrait ne plus sortir de cet état de douce et merveilleuse tendresse, où la bonté divine le fait vivre de courts instants et, de ses lèvres, si tant est qu’il puisse articuler le moindre mot, seuls des mots d’amour lui échappent : « Jésus, je t’aime ! Jésus, je t’aime ! Jésus, je suis tout à toi! ».
Et puis, les sécheresses et les aridités si redoutées arrivent...
Mais, le vrai mystique sait très bien que ce sont là des moments nécessaires à la purification de son âme ; il sait que même s’il lui semble que le bien-aimé l’abandonne, le laisse dans un désert aride et pénible, c’est pour mieux le guérir de tout son péché, des toutes ses imperfections ; pour faire mourir en lui le vieil homme et le faire renaître, afin qu’il retrouve la toute petitesse, afin qu’il retourne en enfance, l’enfance spirituelle, sans laquelle il est difficile d’atteindre Dieu.
C’est —, comme le disent, aussi bien saint Jean de la Croix que sainte Thérèse d’Avila —, pendant ces moments — quelquefois très longs — où l’âme se trouve dans la sécheresse ou dans l’aridité — quelquefois les deux — c’est justement là que Dieu est d’avantage présent, d’avantage agissant dans l’âme, tel un jardinier qui prépare son jardin afin de pouvoir y planter les fleurs qu’il s’est choisies. Mais, auparavant il lui faut arracher et brûler les mauvaises herbes, bêcher tout le terrain, le fumer, attendre que la terre soit reposée et ne fasse plus qu’un tout, avec le fumier ; qu’une fois encore il la retourne, en prenant soin de retirer d’autres mauvaises herbes qui seraient encore restées ; qu’il l’aplanisse afin que, selon son plan, le moment venu, il puisse y planter les fleures odorantes et plus belles les unes que les autres.

Alphonse Rocha

24 mai 2006

QU'EST-CE QUE LA MYSTIQUE ?


Oui, qu’est-ce que la mystique ? Il semble que l’on continue à se tromper sur le sens des mots “mystique” et “révélation”, que l’on ose à peine prononcer, comme si on redoutait de se faire moquer. Est-ce parce que l’on ne comprend plus le vrai sens des mots, ou parce que, les ayant utilisés à tort et à travers, ils ont perdu toute leur saveur et leur sens profond ? Pourtant, tous ceux qui croient en Dieu sont des mystiques. Tous ceux qui communient en sachant ce qu’ils font, sont des mystiques. Les petits enfants qui entendent Jésus leur parler dans leur cœur et qui Lui répondent, sont des mystiques.

Qu’est-ce donc que la mystique ? N’est-ce pas tout simplement le fait d’avoir des relations avec Dieu ? Et quel est le vrai chrétien qui n’a jamais eu des relations d’amour avec Dieu ? Qui n’a pas prié, crié, voire pleuré devant Dieu ?

Tous ceux qui aiment leur Seigneur sont des mystiques. Pourquoi donc avoir peur des mots ? Est-ce parce qu’on a surtout peur de révéler sa foi ? Révéler sa foi, ce qui donne un sens à sa vie, c’est bien une révélation... Quand une personne comprend soudain, dans sa prière, le vrai sens d’une phrase de l’Évangile, d’une prière, etc., c’est bien une révélation. C’est une grâce que Dieu envoie à cette personne, et qu’Il peut envoyer à tout le monde, car Dieu n’exclut personne. Nous sommes tous des mystiques, nous tous qui croyons en Dieu et qui prions, et communions au Corps et au Sang du Christ. Nous sommes tous des mystiques, et nous avons tous des révélations.

Déjà on entend des cris :

– Mais il ne s’agit pas de cela !!! Nous voulons parler d’autres sortes de révélations, de celles qui probablement viennent d’imaginations malades de personnes déséquilibrées... “

Mais au fond, qu’en savent-ils ces gens qui se croient si malins, si sages, si équilibrés ? Connaissent-ils le cœur des personnes qu’ils critiquent et démolissent ? Pourquoi le Seigneur n’aurait-Il plus rien à nous dire ? La Révélation est achevée, terminée avec les dernières paroles des apôtres. C’est sûr. Mais avons-nous tout compris de ce que renferme la Sainte Écriture ? Avons-nous tout interprété correctement ?
Certes non… C’est pourquoi le Seigneur veut bien nous le rappeler de temps en temps, car Il sait très bien que nous oublions très facilement… Alors, Il veut avoir besoin — comme dans l’Ancien testament — avoir besoin de “porte-parole”, pour nous remettre dans le droit chemin, que bien souvent nous abandonnons, prenant des chemins détournés qui ne conduise nulle part, mais qui, surtout, nous éloignent de notre Créateur…

Arrêtons d’avoir des “idées” négatives sur les “messagers” et écoutons-les, plutôt que de les vilipender ou même les prendre pour des illuminés qui n’ont d’autre souci que celui de “raconter n’importe quoi”, pour se faire remarquer.

Pensons à cette vérité inexorable : “il n’y a pas de pire aveugle que celui qui ne veut pas voir ni de pire sourd que celui qui ne veut pas entendre”.
Alphonse Rocha